‹ Études élémentaires et progressives de la parole de Dieu Nouveau TestamentChapitre 119 sur 286 · PAUL DEVANT FESTUS · texte numérisé non relu

PAUL DEVANT FESTUS

(Actes 25 : 13-27.) horrible persécution : Paul et bien d’autres saintes victimes, y laissèrent leur vie. En attendant, ce fut par une admirable direction de la Providence, que, pour en avoir appelé à César, l’'Apôtre dut tout à la fois, d'échapper à une mort immédiate de la part des Juifs, et d’annoncer l’Evangile à Rome, ainsi que le Seigneur le lui avait dit expressément (23 : 11).

4224. (13-27.) Mais il devait encore, avant cela, rendre témoignage devant un de ces grands de la terre que l'Evangile a tant de peine à atteindre (Actes 9 : 15). Le roi Agrippa dont il est ici question, était fils d’Hérode Agrippa, et par conséquent frère de Drusille, la femme de l’ex-gouverneur Félix. Il n’avait que dix-sept ans à la mort de son coupable père [3750] ; et en conséquence, lorsqu'il vint rendre visite au nouveau délégué de l’empereur, il pouvait avoir trente-trois ans. Bérénice était sa sœur. D’une extrême beauté et de mœurs fort légères, elle est connue dans l’histoire par les relations qu’elle eut, plus tard, avec deux illustres généraux romains, devenus empereurs l’un et l’autre, après avoir servi de verges à Dieu pour châtier les Juifs : je veux parler de Vespasien et de Tite. Mariée d’abord avec un prince cilicien, nommé Ptolémon, elle l’avait quitté pour suivre son frère, avec qui les auteurs du temps prétendent qu’elle entretenait de criminels rapports. Tels étaient ces puissants du siècle devant qui le vénérable Paul allait encore avoir à s’expliquer. Agrippa ne possédait en cette affaire aucun droit de juridiction, car il ne régnait que sur quelques provinces étrangères à la Palestine ; si donc Festus le mit au fait de ce qui concernait Paul, et s’il fit comparaître celui-ci en sa présence, ce fut par pure courtoisie, et, en quelque sorte, pour occuper quelques-uns des instants que ses hôtes lui donnaient.

4225. Le gouverneur, sachant donc l'intérêt qui se rattachait à la personne du prisonnier, amena la conversation sur son sujet, racontant au prince ce qui s'était passé, et déclarant que, quant à lui, il ne voyait là qu’une vaine dispute de religion, relative à un certain Jésus, mort, que Paul soutenait être vivant. C’est pourquoi, il aurait assez volontiers renvoyé l'affaire au sanhédrin, si Paul n’avait réclamé qu’elle füt portée à la connaissance de Néron, qu’en appelait Auguste, comme de nos jours on dirait Sa Majesté. Mais Agrippa, Juif de naissance, comprenait mieux que Festus la portée de Passertion de Paul. Si Jésus, après avoir été mort, était vraiment ressuscité, ce n’était donc pas un imposteur, ce Galiléen dont Hérode Antipas, le grand oncle d’Agrippa, s'était si indignement joué [3503], que Pilate avait lâche-

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(Actes 26 ; 1; 2-23.) ment livré aux Juifs, et que ceux-ci avaient crucifié : c'était au eontraire le Christ, le Fils de Dieu, comme il l'avait dit et comme ses disciples le prêchaient de lieu en lieu. Agrippa exprima done le désir d'entendre Paul, et Festus y consentit d’autant plus volontiers, qu’il lui importait à lui-même de eonnaître à fond son histoire ; car il paraît que Félix ne lui avait laissé que des renseignements incomplets.

4226. Représentez-vous l’assemblée que vit alors la salle d'audience du magnifique palais de Césarée. Sur deux siéges élevés, Agrippa et Bérénice, éclatants de jeunesse et de beauté , non moins que d’or et de pierreries, et à côté d’eux le gouverneur romain revêtu de sa longue toge. Autour de leurs personnes se presse tout ce que la ville comptait d’ofliciers supérieurs et de gens dedistinetion ; et c’est là qu’on amène, le corps lié d’une chaîne, un homme âgé, mais plus vieux encore par ses fatigues et par ses souffrances que par les années. Il vient la tête nue, d’un pas ferme sans doute, mais lent et grave; il dirige sur tout ce monde un regard humble et charitable, maïs pénétrant; et, après que Festus a dit pour quel sujet on se trouve réuni, Agrippa donne à Paul la permission de parler (26 : 1). Celui-ci, profitant, dans l'intérêt de sa cause, du silence qui se faisait autour de lui, moins par respect pour ses cheveux blancs que pour les augustes personnages qui allaient l'entendre, étendit la main et prononça un discours qui ressemble aux précédents par les idées fondamentales, mais qui en diffère autant que les circonstances mêmes dans lesquelles il fut prononcé,

4297. (2-23.) Paul se félicite d’avoir à parler devant un prince qui était au fait des coutumes juives et des questions qui se rattachaient à la vraie foi; et, comme il était impossible qu’il ne parlât pas beaucoup de sa personne, il se recommande à la patience de son royal auditeur. Il commence donc par rappeler ce qu'avait été sa jeunesse : une jeunesse exemplaire, au point de vue du pharisaïsme strict. Alors déjà , 1l espérait en la promesse que Dieu avait faite à leurs pères, et il y espérait à la manière des Juifs de toutes les tribus. Ce n’était pas dire qu’à cette époque il en comprit le vrai sens. Quoi qu'il en füt, s’il Se voyait maintenant persécuté, la raison en était dans sa foi, et sa foi d'aujourd'hui avait pour objet la promesse de Dieu, comme la foi de sa jeunesse et comme celle de tous les Israélites vraiment dignes de ce nom. Quel était donc son crime? C'était de croire que Dieu peut ressusciter les morts, qu’il avait en effet ressuscité Jésus de Nazareth, et que, de cette manière, Jésus avait été déclaré Fils de Dieu , le Fils de la promesse, le Messie ou le Christ; Paul ne dit pas tout ceci, mais

(Actes 26 : 2-93.) c'est évidemment le sens de son exclamation, ainsi que la suite le prouve. Car il raconte comment il avait lui-même refusé de croire à la résurrection de Jésus ; comment il s’était joint avec fureur à ceux qui persécutaient ses disciples, et comment nul peut-être n’avait poussé aussi loin que lui la haine de ce nom-là et de ceux qui l’invoquaient. S’agissait-il de mettre les saints en prison? il y pourvoyait; de les faire mourir? il y donnait sa voix ; de les contraindre à renier Jésus et ainsi à blasphémer? il les y contraignait par des supplices : non content d’assouvir sa rage dans la ville de Jérusalem , il poursuivait

les fidèles jusque dans les villes étrangères.

4298. Ceci conduit naturellement l’Apôtre à parler de sa conversion, preuve de fait, et preuve si concluante que Jésus-Christ est vraiment ressuscité. Ce récit, mis en regard des deux précédents, donne lieu aux mêmes observations [4204]. Nous y voyons reparaître ces mots supprimés dans le discours de Jérusalem : «Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon; » mais il s’y trouve aussi quelques omissions, entre autres la question de Paul à Jésus : « Seigneur, que veuxtu que je fasse? » puis tout ce qui concerne Ananias. Cette dernière suppression s'explique par la considération que nous avons ici pour la première fois, dans son entier, ce qui fut dit à Paul par le Seigneur, quand il lui apparut sur le chemin de Damas, prophétie dont toute la carrière de Paul a été l’admirable accomplissement. Enfin, nous apprenons en cet endroit que tous ceux qui étaient avec Paul tombèrent par terre, et que le Seigneur lui parla en langue hébraïque, ce qui explique pourquoi, dans les deux autres récits, il y a Saül! Saül! et non Saul! Enfin, à Pappui de ce que j'ai dit plus haut sur /a voix entendue par tous ct sur /a parole entendue seulement par Paul [4205], je pourrais faire remarquer qu’il dit ici (verset 14) : « J’entendis une voix qui me parlait. » Toujours done ces deux idées distinctes de voix et de parole, même dans un récit qui ne fait pas mention de la circonstance essentielle du chapitre 22, verset 9.

4999. Il résulte de ce narré, comme des précédents, que Paul, autrefois incrédule, avait persécuté Jésus-Christ dans la personne de ses discipies ; qu’il aurait continué cet horrible train si le Seigneur ne lui était apparu sur le chemin de Damas; que, pour lui apparaître, il fallait qu'il se füt relevé d’entre les morts ; enfin, que tout le ministère subséquent de PApôtre était le résultat et la preuve du grand fait de la résurrection de Jésus-Christ. Ce ministère pouvait d’ailleurs se résumer en deux mots : Paul avait prèché, tant aux Juifs qu’aux na-

(Actes 26 : 24-32.)

tions, le devoir de se convertir. Voilà le vrai motif de son arrestation, les Juifs ne voulant pas entendre parler de conversion pour eux, ni de salut pour les païens. Néanmoins, Paul, préservé merveilleusement, subsistait encore, et 1l était toujours prêt à déclarer, conformément à la parole de Moïse et des prophètes, que le Christ devait souffrir, et que, chef des ressuscités, il devait annoncer la lumière, non-seulement au peuple juif, mais aussi aux nations.

4230. (24-32.) Ge discours est tout ce qu’on peut de plus mesuré, de plus fort et de plus complet dans sa brièveté. Histoire de la vie de Paul, sa défense personnelle, prédication du salut : rien n’y manque. Il nous frappe moins, parce que nous Pavons lu et relu; mais il n’en fut pas ainsi de Festus et d’Agrippa. Festus, adorateur des faux dieux, autant du moins qu’un homme de sa condition pouvait l’être; Festus, étranger, dans tous les cas, aux grandes questions de la foi, ne put entendre Paul sans admirer son éloquence, mais en même temps sans concevoir des doutes sur la solidité de son jugement. Folie pour les Grecs, avait dit notre apôtre {1 Cor. 1 : 23); folie pour Festus, voilà ce qu'était l'Evangile. Résurrection, pardon, sanctification, conversion : mots dépourvus de sens pour le pauvre Romain; aussi dit-il à Paul : « Tu es hors de sens! » Hélas! que de païens parmi nous! Que de Festus, chez les petits et chez les grands ! Combien, qui, plus coupables que lui, parce qu’ils vivent tout entourés de lumière et de grâce, traitent d’insensés les disciples du Sauveur! Il y a quelques années que, dans le pays où j'écris ces lignes, un ministre de Jésus- Christ fut traduit devant les tribunaux pour un crime analogue à celui de Paul. Comme Paul, il présenta lui-même sa défense; et après lavoir entendu, un homme éminent dans le barreau s’écriait : «Que de talents, mais que de folies! » Pauvre Festus! il est mort maintenant, et Paul vit!

4231. Non! je ne suis pas hors de sens, lits l’'Apôtre avec une sainte hardiesse, et jen prends à témoin le roi lui-même. Effectivement, tout ce que Paul avait raconté était de notoriété publique : les faits principaux ne pouvaient être niés, bien qu’on s’efforçât de les dépouiller de leur véritable signification. Quant à Agrippa, voyez en quels termes Paul ose l’apostropher. Que le jeune roi crût aux prophètes d’une foi vivante et eflicace, ce n’est pas sans doute ce que Paul voulait dire; mais il faisait profession d’y croire, il avait du respect pour la Parole de Dieu, il consentait à ce que les questions religieuses fussent décidées par elle. C’est quelque chose assurément,

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mais ce n’est pas encore la foi qui sauve. Agrippa le sentit; Agrippa fut ébranlé, si ce n’est convaincu, et il dit à Paul : « Tu me persuades à peu près d’être chrétien. » C’est là-dessus que Paul soulevant ses chaînes lui dit : « Plût à Dieu que non-seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’entendent aujourd’hui, vous devinssiez et à peu près, et tout à fait, tel que je suis, à la réserve de ces liens. » Etudions d’abord cette réponse.

4932. Elle est admirable de franchise et de charité. Oui, il importe à tout homme de devenir chrétien : aux rois, aux gouverneurs, aux généraux d’armées et aux gens de cour, comme à leurs subordonnés et aux plus misérables d’entre les hommes. Oui, il est beaucoup de gens qui croient à la Bible de la même manière qu’Agrippa, et qui ne sont pas plus chrétiens qu’il ne l'était. Ne serons-nous pas effrayés du sort que se préparent toutes ces âmes, et notre désir le plus vif ne sera-t-il pas de les voir embrasser la foi qui nous a procuré la paix et qui console toutes nos douleurs? Peut-être sont-elles grandes les douleurs que nous endurons à cause de notre foi. N'importe; nous ne laisserons pas de solliciter les pécheurs à nous suivre au pied de la croix ; mais, comme Paul, sans leur souhaiter les maux par lesquels il plaît au Seigneur d’éprouver notre fidélité.

4233. Ce fut probablement la perspective de ces épreuves qui fit hésiter le jeune prince à la conscience duquel le Saint-Esprit venait de s’adresser par la bouche de Paul. Un roi jeune encore qui se convertit! Un descendant du grand Hérode qui incline sa couronne d’or devant la couronne d’épines du Crucifié! Un grand de la terre qui accepte le nom de chrétien, ce nom de mépris que les disciples de Jésus recevaient parmi les païens, comme celui de nazaréens parmi les Juifs! Cela s’est vu plus tard; savoir lorsque ce nom est devenu un nom honorable, et lorsque les princes ont cru affermir leur trône en le plaçant à l’ombre de la croix. Mais à ce moment, Agrippa, se mettre au nombre de ces gens-là! Agrippa, se donner à cette secte honnie! Et pour tout dire, Agrippa, renoncer aux plaisirs et aux vanités du siècle « pour vivre selon les règles de la tempérance, de la justice et de la piété! » (Tite 2 : 142.) C’est à quoi lappelait la grâce de Dieu, et il le comprit; mais il aima mieux les ténèbres que la lumière, et il demeura volontairement l’esclave de Satan (Jean 3 : 19). Hélas! malheur à qui éteint le Saint-Esprit! Malheur à qui, ému par les attraits de la grâce, se fait violence pour y résister! Agrippa vécut encore plus de quarante ans depuis qu’il avait entendu Paul; il fut

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