ÉPITRE DE JACQUES
CCCXVIT. — Introduction. La joie dans les tentations; la patience: la prière; le pauvre et le riche; le mal vient de nous, et de Dieu le bien par le moyen de sa Parole; devoirs envers cette Parole.
4295. On s'accorde généralement à voir dans l’auteur de cette épître, non l’apôtre Jacques, frère de Jean, qui fut décapité par Hérode Agrippa, selon ce qui nous est rapporté au livre des Actes (42 : 2); mais le disciple éminent dont il est fait mention quelques lignes plus bas (17), et qui présida le concile, ou plutôt la conférence de Jérusalem (Actes 15). C’est de lui que Paul, écrivant aux Galates, place le nom avant ceux de Pierre et de Jean, les appelant tous les trois des colonnes; et ainsi s’explique, comme je lai dit ailleurs, la faveur qui lui fut accordée de voir Jésus, en particulier, après sa résurrection [3600]. On le désigne communément sous le nom de Jacques de Jérusalem, parce qu'il y résida constamment.et qu’il paraît avoir été, jusqu’à la fin de ses jours, au premier rang parmi les anciens de cette
INTRODUCTION. 257 (Jacques 1 : 1.) illustre Eglise. Ce fut auprès de lui, vous pouvez vous le rappeler, que, revenant d'Europe, Paul se rendit le lendemain de son arrivée, et par son conseil que, pour se montrer Juif au milieu des Juifs, il accomplit une cérémonie de purification dans le temple (Actes 21 : 18-26).
4296. Quelques-uns pensent que ce Jacques était le fils d’Alphée dont le nom se lit dans la liste des douze apôtres [2952]; mais comme il est appelé le frère du Seigneur, il est plus naturel de voir en lui le frère de l’apôtre Jude, de Joses et de Simon (Marc 6 : 3; Matth. 13 : 55). À ce compte-là, l’auteur de notre épître n’aurait pas été du nombre des douze. Cela n'empêche pas qu’il ne soit devenu comme Marc, comme Luc et comme Paul, un des organes du Saint-Esprit pour nous révéler la pensée de Dieu; et, s’il m'arrive de lui donner quelquefois le titre d’apôtre, je ne ferai que lui appliquer celui que l’Ecriture donne à Paul, à Barnabas, à d’autres encore, comme à notre Jacques en particulier, bien qu’ils ne fussent pas des douze. (4 Cor. 1 : 1; Actes 14 : 14; 9 Cor. 8 : 93; Gal. 4 : 19.) Sur quoi, je dois réppelér que les mots obbtre et envoyé sont, en grec, un seul et même mot. Jacques fut d’ailleurs, au témoignage de tous, même des Juifs non convertis, un homme d’une piété et d’une sainteté exemplaires. Le respect qu’on lui portait explique en partie la longue tolérance dont il fut l’objet, après que, de gré ou de force, les apôtres eurent tous quitté Jérusalem.
4297. Cependant, et c’est l’historien Josèphe qui raconte ce fait, le gouverneur Festus étant mort, et quelque temps s'étant passé avant qu’il eût un successeur, le souverain sacrificateur de cette époque, nommé Ananus, profita de la circonstance pour frapper les fidèles de Jérusalem dans la personne de leur vénérable conducteur. Jacques fut traduit devant le conseil, jugé et lapidé, comme autrefois Etienne, et ce fut ainsi qu’il entra dans la joie de son Seigneur. Cet événement doit s’être passé l’an 62 de l’ère chrétienne, par conséquent pendant que Paul était prisonnier à Rome. L’épiître de Jacques est donc nécessairement antérieure à cette époque, sans qu’on puisse savoir au juste de combien.
4298. (1 : 1.) Jacques ne se désigne pas par sa qualité de frère de Jésus-Christ, parce que s'il avait été tel durant les jours du Fils de l’homme, il ne l'était plus maintenant, si ce n’est aux mêmes condi- tions que tous les autres fidèles (Matth. 42 : 50). Il se présente comme
serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, ou plutôt, selon le IV ee
258 INTRODUOTION.
force et la vérité ux fidèles sortis toutes ses lettres, nce aux douze tribus Ja terre, les uns depuis six sibals et part et les Lo et nn A huit cents ans [3685.
= 24011. Ce n’est donc pas non plus à certaines Eglises que cette lettre
était destinée, comme celles de Paul aux Thessaloniciens, aux Galates, aux Corinthiens, aux Romains; mais c’est une lettre que le Saini- Esprit adresse à tous ceux qui croyaient. Aussi a-t-on, plus tard, imaginé de lui donner le nom de catholique, ce qui veut dire universelle, titre que s’arroge l'Eglise de Rome. Mais à le bien prendre, l’épitre de Jacques n’est pas plus universelle que celle de Pierre [4254], puisqu'elle s'adresse seulement «aux douze tribus. » Quant à la salutation, elle est belle et simple : c’est précisément celle que nous lisons en tête de la cireulaire du concile de Jérusalem, cireulaire écrite probablement par Fauteur même de notre lettre (Actes 48 : 93).
4299, {4 : 9-4.) Dès les premiers mots, on découvre le caractère particulier de cet écrit, ainsi que les circonstances morales de ceux qu'il devait instruire. Jacques commence par où Paul termine généralement, et, d’un bout à l’autre, il est fidèle à cet ordre d'idées. C'est-à-dire qu'il n’a point eu pour mission d'exposer les mystères et les dogmes de la foi, mais seulement d’en développer les conséquences pratiques, Les hommes avec lesquels il avait affaire possédaient l'Evangile, ils le professaient expressément, ils en saisissaient la signification, et l’on comprend que les Juifs convertis à Jésus-Christ n’avaient pas de peine à retenir la doctrine de la rédemption proprement dite, doctrine à laquelle tout PAncien Testament rend un si éclatant témoignage, Jésus, lAnge de Valliance éternelle, le Seigneur de la gloire; Jésus, victime sainte offerte pour l’expiation des péchés; Jésus, intercédant pour son peuple comme Moïse et Aaron; Jésus, VElu de Dieu par excellence, accomplissant en ses rachetés l'élection divine des patriarches : voilà ce qu’il n’était pas aussi nécessaire de rappeler à d'anciens Juifs qu'à d'anciens païens. Mais si, dans les premiers temps, les fils d'Abraham qui avaient cru, s'étaient imaginé que le salut en Christ était impossible sans la circoncision et les observances de la loi; si même à l'époque où Jacques écrivait, il s’en pouvait trouver encore qui fussent de cette opinion, il avait été facile de se jeter dans un excès tout opposé. Parce que Jésus-Christ nous
RFA TENTATIONS. 259 3% à
affranchit de la dance qui n’es rale, comme n affaiblir l'idée e Pierre avait prêc > premier jou:
sauye, non pas seulement . y nos md mais à plus en retirant chacun de nous de nos iniquités (Actes 2 : 38; 3 : 26); ou, en d’autres termes tirés des écrits de Paul et de Pierre, on avait pu oublier que le salut 5e compose essentiellement de ces deux grâces : la justification et Ja sanctification; la réconciliation avec Dieu par la foi en Christ, et l’obéissance à Dieu par cette même foi. Or c’est contre cette tendance à méconnaître le côté moral et pratique de l'Evangile. qu'est dirigée l’épitre de Jacques.
4300. (2.) S'il est vrai que tout homme iei-bas connaît la souffrance, parce que tous sont pécheurs; si, au témoignage de l'histoire, l’époque où l’apôtre écrivait fut une des plus calamiteuses (huitième année de Néron); si enfin, les fidèles d’entre les Juifs étaient particulièrement malheureux, se voyant haïs et vilipendés par les païens, plus haïs encore et souvent persécutés par leurs frères en la chair, on comprend que l’apôtre ait commencé ses instructions comme il le fait. Sans reproduire la remarque qui a paru déjà plus d’une fois dans ces Etudes sur le mot épreuve, dont le sens est aussi celui de tentation [4260!, je dirai seulement que cette remarque est particulièrement nécessaire en ce lieu, vu que le premier mot, et le verbe d’où il dérive, se retrouvent aux versets 19, 13 et 14 de ce chapitre. Toute souffrance donc est une tentation au découragement et au murmure, une tentation à douter de Dieu, une tentation à chercher de fausses consolations et à employer de mauvais moyens pour être délivré; et si nous souffrons à cause de notre foi, il y a tentation à renier le Seigneur. Cela n'empêche pas que notre apôtre, convertissant en précepte ce que Pierre avait posé comme un fait (1 Pierre 4 : 6), ne nous dise, à l’exemple de Jésus-Christ (Matth. 5 : 12), de nous réjouir dans les diverses épreuves que nous rencontrons sur notre chernin, bien qu'elles renferment toutes quelque tentation.
4301. {3), La raison, c’est que dans les tentations la foi s'exerce et se fortifie, comme dans la fatigue d’un voyage, nos forces physiques : rappelez-vous le sacrifice d'Abraham. La foi, se fortifiant, produit la patience ; mot qui, dans l’original, indique, non pas cette soumission morne et froide que peut inspirer le désespoir lui-même et que les
e, envisager la loi, même FA loi monsciences, faire pps de la grâce pour nt du devoir, ouhjier en un mot ce que
260 LA PATIENCE. LA PRIÈRE. LE COUR HÉSITANT. (Jacques 1 : 4; 5-8.)
païens connaissent aussi bien que nous, mais une soumission pleine d'attente. «J'ai patiemment attendu l'Eternel, »disait David (Ps. 40 : 1). «L'œuvre de la patience ;» c’est dire, comme pour Pœuvre de la foi, (4 Thess. 4 : 3), une patience ouvrière, active, persévérante, portant du fruit; patience qui est la perfection même et tout ce qu’il y a de … plus accompli dans l’homme, vu notre état présent de souffrances con- tinuelles (4); patience que la foi seule peut donner, car c’est par la foi que celui qui est destitué de tout possède tout {1 Cor. 3 : 22); et si, dans les épreuves de la vie, sa foi, riche en consolations, le revêt de patience, on peut bien dire que rien ne lui manque.
4302. (5-8.) L’apôtre introduit ici un mot qui, sous la plume de Paul, signifie ordinairement la connaissance des mystères de Dieu et la foi en sa révélation (1 Cor. 2 : 6, 7); mais qui, dans l’épître de Jacques, doit s'entendre des dispositions morales que donne la foi, plutôt que de la foi elle-même : ce mot est celui de sagesse. L’invitation qu’il nous fait, c’est d'adresser à Dieu des prières pour obtenir la patience et une patience parfaite. «Si quelqu'un manque de sagesse. » Cela veut dire manifestement : « Si quelqu'un sent ce qui lui manque, déplore sa débilité, désire le changement de son cœur insoumis, « qu’il demande à Dieu; » invitation qui s'applique d’ailleurs à tous les besoins de notre vie morale, et qui est accompagnée de paroles bien encourageantes. Elles rappellent un mot solennel de notre Seigneur (Luc 114 : 13); et en effet, Dieu donne à quiconque demande ; il donne de bon cœur : ce n’est pas comme nous, qui regrettons quelquefois ce que nous avons donné, et il est impossible qu’il ne répande pas sa grâce sur ceux auxquels sa grâce même inspire le désir d’être sanctifiés. « Mais il faut demander en foi, sans hésiter ; » c’est-à-dire avec une parfaite confiance dans la promesse de Dieu et avec une ferme volonté de suivre les directions de son Esprit. Rien de plus misérable que la condition d’un homme qui éprouve des besoins de sanctification et qui n’implore pas avec décision le secours d’en haut. Son âme est agitée, comme les eaux de la mer poussées çà et là par le vent. Mieux vaut cela, dira-t-on, que la surface unie d’un étang bourbeux et empesté, image de l’homme qui ne se soucie nullement de purifier son cœur. En effet, toujours est-il que « celui qui hésite ne recevra quoi que ce soit du Seigneur. » Son indécision, ou, selon l’étymologie du mot grec, sa double âme, sa double volonté, le tire tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. C'est ainsi qu'il ne parvient pas à se fixer en Dieu; et pourquoi? parce qu’il ne croit pas d’une foi
LE PAUVRE ET LE RICHE. 261 (Jacques 1 :9-11; 19.) vivante à ses promesses, ou parce qu fl n’a pas vraiment à cœur de sortir du péché; peut-êt ie: par ces deux raisons tout ensemble. 4303. (9-11.) Des mille souffrances infligées à l’humanité, il n’en est pas de plus générales ni de plus vivement senties, en certains
temps, que celles qui résultent de la différence des conditions. Jac-
ques va parler aux pauvres, puis aux riches; mais ce ne sera pas pour prêcher, en démagogue, un nivellement impossible et qui n’aurait:
pas les heureux résultats qu’on suppose. L’invitation qu’il adresse aux pauvres, pauvres des biens de ce monde, mais riches des biens de la foi, cela s’entend, c’est de se gloritier dans leur élévation. Jésus- Christ a connu l’indigence, et il a de la sorte ennobli la pauvreté; Jésus-Christ est venu annoncer l’Evangile à des pauvres, selon les prophètes (Luc 4 : 18); il a pris pour ses premiers envoyés des hommes sans fortune, et le pauvre qui croit en lui possède des biens qui valent mieux que tous les trésors du monde. Vrai Lazare, il a des maux dans ce monde, mais encore un peu de temps et il aura ses biens, les richesses immuables ; veuve de Sarepta, il ne laisse pas, malgré son indigence, de posséder toujours quelque peu d’huile, fruit béni d’un travail qu'accompagne la prière ; puis, il a dans le cœur ce qui est plus que la vie : la grâce de l'Eternel, et dans le ciel, un Sauveur, un ami, un frère; et ce frère, c’est le Roi de gloire. « Que le pauvre se glorifie donc dans son élévation ! »—« Que le riche à son tour se glorifie de son huriliation, » savoir, celui qui est riche en la foi non moins qu’en biens de la terre, cela s’entend aussi de soi-même; car le riche mondain n’a quoi que ce soit dont il puisse se glorifier. L’Eternel vient-il à souffler sur sa prospérité, elle s’évanouit ; et s’il souffle sur sa vie, les biens dont il se vante ne lui pronr pas la délivrance. Ce n’est donc point dans ce qui les fait grands aux yeux des hommes qu’ils peuvent se glorifier. Mais s’il leur a été donné de sentir leur pauvreté spirituelle, de voir le néant des avantages terrestres dont ils étaient fiers jadis; si, maintenant humiliés, ils se sont approchés de la croix; s’ils se sont intérieurement dépouillés de tout pour suivre Jésus; si, malgré leur position enviée de tant de gens, ils sont devenus un objet de mépris et d’insultes à cause de leur foi : voilà une humiliation dont ils ont à se glorifier, en sousentendant cette parole de Paul et de Jérémie : «Que celui qui se glorifie se glonifie dans le Seigneur» (4 Cor. 4 : 31).
4304. (12.) Quelles que soient du reste les afflictions dont il s’agisse, heureux l’homme qui, étant dans la souffrance, la supporte
Nue)