LA FOI MORTE
(Jacques 2 : 14-17.) Moïse, foi d’une multitude non moins grande quand Jésus prêchait en Judée, foi de Judas l’Iscariote, d’Ananias et de Sapphira, de Simon le Magicien et de beaucoup d’autres auxquels 1l est fait allusion dans les épîtres de Paul. Cet apôtre, dont la mission particulière fut de proclamer, d'exposer, de défendre la doctrine du salut par grâce, par la foi, n’a pu le faire sans dire ce qu’il entendait par ce dernier mot; et vous pouvez vous souvenir que la foi, selon Paul, est une vie et non une théorie. Elle a son siége dans le cœur, non dans la tête ; elle est en action, non en paroles seulement. Par elle on s’unit à Christ, et, par cette union, l’on est justifié et sanctifié tout ensemble, puisqu'elle nous fait avoir part à l'Esprit de Christ non moins qu’à son sang. En sorte que, si nous sommes sauvés par la foi, c’est à supposer cette foi vivante. Telle est la doctrine du Saint-Esprit par la bouche de Paul; nous lavons retrouvée tout entière dans l’épitre de Pierre, et voici maintenant cette doctrine telle que ce même Esprit nous la donne par le ministère de Jacques.
4315. Dans les lignes précédentes, 1l avait rappelé linviolabilité de là loi de Dieu, et ses paroles reviennent à dire qu’en nous plaçant sous une loi de liberté, Dieu ne nous à pas donné la liberté de mépriser sa loi. Or ce n’est pas ainsi que l’entendent de soi-disant chrétiens qu’on est convenu de désigner sous le nom d’anfinomiens, mot qui signifie adversaires de la loi. Parce que le salut s’obtient par la foi et non par les œuvres, parce qu’il procède de la grâce et non de la loi, il leur semble que les disciples de Jésus-Christ n’ont plus à s’inquièter des commandements; et quand on leur rappelle les obligations morales, 1ls se retranchent derrière les promesses de Dieu, ils s’en font une arme contre lui, et ils s’écrient : À quoi donc sert la foi, pour qu'on vienne ainsi nous replacer sous la loi? C’est à de tels hommes que le Saint-Esprit dit à son tour : « De quoi sert-il, si quelqu'un dit avoir la foi et qu'il n’ait pas les œuvres? la foi le peut-elle sauver ?»
4316. (14-17.) Remarquez, je vous prie, que PApôtre ne s'attaque pas à la for, mais à la profession de la foi. Il ne dit pas : « De quoi sert-1l, si quelqu'un a la foi : » mais : «De quoi sert-l, si quelqu'un dit avoir la foi.» On ne saurait avoir la foi sans les œuvres ; mais on peut dire qw’on a la foi, sans qu’on la possède réellement et tout en demeurant dans le mal. On n’est pas incréduie, et pourtant on ne croit pas ; on pense croire, on le pense très fermement; on livrerait son corps aux flammes plutôt que de renoncer à ce qu’on appelle sa foi (4 Cor. 43 : 3), et pourtant c’est une foi prétendue : la preuve, c’est
LA FOI MORTE. . 269 (Sacques 2 : 18, 19.)
qu’elle ne porte pas de fruit; sarment stérile, qui appartient au cep et qui n’en est pas moins destiné à se voir retranché (Jean 46 : 9). Les « œuvres » dont il est ici question ne sont pas celles d’un sec formalisme, ou d’une obéissance servile : la foi morte est susceptible d'œuvres de cette nature. Il ne s’agit pas non plus d’une perfection de sainteté à laquelle le fidèle aspire courageusement, mais qu’il ne prétend pas atteindre ici-bas [4129]. Ces œuvres sont le crucifiement du vieil homme, la consécration de soi-même au Seigneur, une lutte incessante contre le péché et un progrès constant vers le bien; vie intime et pourtant active, vie de dévouement, dont le principe est la foi au Sauveur qui nous a rachetés, dont l’auteur est le Saint-Esprit qui nous a été donné, dont la fin, ou l’objet, est la gloire de Celui qui nous à aimés le premier. L'homme en qui ces œuvres ne se trouvent pas peut dire qu’il a la foi, mais il n’est pas dans la foi. Ce qu’il appelle de ce nom, et ce qui, je le répète, n’est pas proprement de l’incrédulité, ne saurait pas mieux le sauver, que de bonnes paroles ne peuvent rassasier un malheureux affamé, ou réchauffer le corps débile de celui qui manque de vêtements. Cette foi, dit l’apôtre , est morte «en elle-même. »
4317. (18, 19.) Le propre de la foi vraie, c’est d’être ouvrière, ou, comme on dit, active; et, bien qu’il n’entre pas dans les habitudes du fidèle de faire un complaisant retour sur soi-même, il n’est aucun pécheur converti qui ne puisse, au besoin, montrer comment, depuis sa conversion, sa vie entière et certains actes en particulier se sont accomplis sous la sainte influence de sa foi. Le chrétien de nom parle aussi de ses œuvres, et même il le fait sans y être provoqué; mais qu'on examine, et l’on verra qu’il n’y a rien en lui qui ne puisse se trouver chez ceux qui n’ont pas la foi. Parlera-t-il de sa paix et de ses espérances? Mais les mondains savent aussi se faire certaines espérances et une certaine paix. Parlera-t-il de l'honnêteté de ses mœurs? Mais 1l est aussi d’honnêtes mondains dont les habitudes sont exemplaires. Je ne prétends donc pas que la foi morte soit absolument improductive. Voyez les démons. Ils croient, dit l’apôtre , et leur foi n’est pas sans efficace; mais c’est une efficace de mort : «ils croient et ils frissonnent. « Témoin soient les cris qu'ils poussaient en présence de Jésus (Matth. 8 : 29); témoin l’effroyable mort de celui au cœur duquel Satan mit la pensée de livrer son Seigneur. Si Judas eût été complétement incrédule, les remords ne l’eussent pas dévoré; et s’il eût été croyant, sa douleur l’eût conduit repentant aux pieds de