LES DOCTEURS
(Jacques 3 : 1,2.)
Là, 1l relève, console, réjouit Pâme abattue du pécheur humble et repentant; ici, il veut jeter l’effroi dans l’âme qu’endort une fausse sécurité. Ces deux déclarations réunies résument toute l’œuvre du salut, lequel consiste à être tenu pour juste et rendu juste par la foi, en même temps qu’elles proclament Dieu comme le Dieu de toute miséricorde, et aussi de toute sainteté [4107].
CCCXIX. — La manie du doctorat; les péchés de la langue; la fausse et la vraie sagesse; la paix; les passions; l'humilité et ses fruits: l'orqueil et ses manifestations.
4391. (3 : 4,2.) La foi morte, avons-nous dit [4317], porte aussi des fruits, mais des fruits qui ne valent pas mieux qu’elle; et comme eile se concilie parfaitement avec une connaissance assez approfondie des Ecritures [1 Cor. 8 : 1), elle se trahit souvent par des habitudes ou des inclinations doctorales, contre lesquelles le Saint-Esprit prémunit 101 l'Eglise de Dieu. Celle-ci a besoin de docteurs, c’est incontestable : le Seigneur lui en donna dès le commencement (1 Cor. 42 : 28); et, s’il n’y a plus parmi nous personne qui soit docteur à la manière de Barnabas, de Niger, de Lucius, de Manahem et de Paul (Actes 13 : 1), nous ne devons pas hésiter à envisager comme docteurs de la part de Dieu, les frères qui, bien instruits des Ecritures et animés d’une foi vivante, ont reçu le don de l’enseignement. Encore est-il que, dans une Eglise particulière, la trop grande abondance de docteurs, vraiment qualifiés, peut avoir des inconvénients assez graves. Les points de vue sont divers; et si, de cette diversité, jaillit quelquefois une plus vive lumière, il peut en naïtre aussi des discussions pénibles, et même des divisions. Cet état de choses fait aussi peser sur une Eglise plus de responsabilité ; car si elle ce distingue par le nombre de ses docteurs, il faut qu’elle se distingue par les fruits de sa charité.
4322. Ce qui est vraiment fâcheux pour une Eglise, c’est lorsque tous ou la plupart veulent s’ériger en docteurs. Non qu’il soit dans la pensée de Dieu qu’un seul ait le monopole de la Parole; car il faut au contraire que l'Eglise puisse profiter des grâces qui sont faites à chacun pour Putilité de tous, et il peut y avoir, dans une congrégation, plusieurs frères auxquels le Saint-Esprit saura donner, au besoin, des paroles propres à lPédification commune. Mais, mieux vaut encore une Eglise habituellement édifiée par un de ces docteurs qui savent
LES DOCTEURS. PÉCHÉS DE LA LANGUE. 273 (Facques 3 : 3-12.)
«tirer de leur trésor des choses vieilles et des choses nouvelles» (Matth. 43 : 52), qu’une Eglise où tous feraient la fonction de docteurs, sans vocation véritable. C’est bien alors qu’on s’expose à recevoir une condamnation d’autant plus grande. Il y a, généralement, dans la passion de parler une excessive imprudence, et cette imprudence n’est pas moindre s’il s’agit des choses de Dieu. De tous les péchés, il n’en est pas qui se commettent plus aisément que ceux de la langue ; or, de quelle gravité ne sont-ils pas, lorsqu'on se donne comme étant la bouche de Dieu , l’interprète de sa Parole, et qu’on s’aventure en des discours qui, loin d’édifier, peuvent si facilement détruire ?
43923. (3-12.) À cette occasion, nous avons ici tout un enseignement sur le devoir de s’observer dans l’usage qu’on fait du beau don de la parole. C’est la reprise d’une idée précédente (4 : 26), mais avec des développements pleins d'intérêt et de force. La langue de l’homme est tour à tour comparée au mors qu’on met dans la bouche des chevaux pour les dompter et les diriger; au gouvernail qui se soumet le plus grand navire, en dépit des vents et de l’élévation des ondes; à un feu qui, commençant par de faibles étincelles, peut devenir un vaste incendie; enfin, à un serpent, plein de venin mortel. C’est « de l’abondance du cœur que la bouche parle, » a dit le Seigneur; mais la parole réagit sur le cœur, et l’on ne saurait dire ce qui est le plus fréquent, ou des doctrines erronées et dangereuses engendrées par les mauvaises passions de leurs inventeurs, ou des mauvaises passions et des actes répréhensibles auxquels on s’excite par des doctrines irréfléchies et peu conformes à la vérité : le docteur s’enseigne lui-même. Quant à la puissance d’une parole éloquente pour entraîner dans un sens ou dans un autre, personne ne saurait la contester, Au sein de l'Eglise surtout, qui ne sait l’action qu’exercent les discours des docteurs ; particulièrement, hélas! ceux des docteurs qui ne le sont que par leur propre volonté ? Qui n’a eu connaissance d’Eglises où l’on s’assemblait pour bénir notre Dieu et Père par l’organe de nombreux discoureurs, et d’où l’on ne sortait qu'avec des paroles de dénigrement, de mépris, de censure, «de malédiction,» contre ceux qui ne pensaient pas à tous égards comme soi? Paroles d’amour pour Dieu et de haine contre ses enfants. Monstruosité non moins grande que si un olivier produisait des figues , ou que si une fontaine jetait par la même ouverture de l’eau salée et de l’eau douce.
4324. J’applique tout cet enseignement à l'influence des docteurs dans l’Église, ce qui me paraît la pensée principale du Saint-Esprit ;
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