RIGHE ET PAUVRE
(Jacques 5 : 1-6.) n’est que vanterie et jactance, selon les expressions de l’apôtre. Il est tel, depuis qu’il a voulu être comme Dieu [81], et qui ne voit ce qu’a de condamnable une telle disposition ? Pour être dans lordre, il ne suffit pas, sans doute, de dire à tout propos : Si le Seigneur le veut, si Dieu le permet. Ce peut n’être là que de vaines paroles et par conséquent le nom de Dieu pris en vain; toutefois, si nous sommes chrétiens, nous savons ce qui est dû à Dieu, et «il y a péché en celui qui sait faire le bien et qui ne le fait pas. » Prise dans sa généralité, cette maxime à de quoi nous humilier tous, à moins que nous n’ayons assez d’orgueil pour nous persuader que nous n’avons-jamais fait le mal le sachant et le voulant.
CCCXX. — Riche et pauvre; la patience et la joie; la prière en faveur des malades; la confession mutuelle: le chrétien sauvant ses frères.
4334. (5 : 1-6.) L’apôtre va maintenant reprendre une idée qu’il Wavait fait que toucher en passant. Si, dans son indigence, le pauvre porte l’image de celui qui fut pauvre pour nous, afin que, par sa pauvreté, nous fussions rendus riches (2 Cor. 8 : 9 ); les riches, de leur côté, sont, à beaucoup d’égards, les représentants de Dieu sur la terre, les administrateurs de ses biens, dans l'intérêt de tous. Or, quoiqu'il y ait, de nos jours, une foule de gens dont l’opulence n’est qu’une insulte à la misère publique et sur qui les reproches et les menaces de l’apôtre tombent d’aplomb, c'était pis encore à l’époque où il écrivait. Se trouvait-il au sein même de l’Eglise des hommes qui, abusant de leur position, opprimassent les pauvres et ne songeassent qu’à vivre dans les délices? On a peine à le croire. La parole du Saint-Esprit aurait donc été destinée à ceux d’entre les riches de ce monde que l’épitre de Jacques pouvait attendre tôl ou tard. Ne nous faisons cependant pas d’illusion sur un point de cette gravité. Parmi ceux qui semblent le plus attachés à l'Evangile, n’en est-il point qui laissent rouiller leur argent et leur or, au lieu de les employer à l’utilité commune? N’en est-il point qui regrettent à ceux qu'ils emploient leur chétif salaire, qui cherchent à réduire ce salaire au-dessous du possible, qui peut-être même emploient le pauvre et lui font attendre longtemps ce qu’ils lui doivent? N’en est-il point enfin qui se soucient peu des misères d’autrui, pourvu qu’ils aient abondamment de quoi satisfaire leur sensualité? À de tels riches, il
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(Sacques 5 : 7-11; 12.) faut crier, avec l’apôtre : « Pleurez avec hurlements, à cause des misères qui viennent sur vous... Vous avez amassé un trésor pour les derniers jours. » Oui, un trésor; mais c’est le trésor de la colère de Dieu et d’une misère éternelle.
4335. (7-11.) Et aux pauvres, que dira le Saint-Esprit? Les excitera-t-il à la guerre contre les riches, parce qu’il y a beaucoup de mauvais riches ? Non; c’est la patience qu’il leur recommande : la patience, devoir général de ceux qui souffrent; et il présente comme motif, la proximité de l’avénement du Seigneur et de son juste jugement. La plupart des philosophes socialistes qui, de nos jours, se préoccupent de la misère des classes pauvres, font un vif reproche aux chrétiens de ce qu’ils ne voient à ce mal d’autre remède que la patience. L’accusation est exagérée; mais en se plaçant à leur point de vue, on comprend et cette exagération et l’accusation elle-même. L’éternité n’est pour eux qu’un vain mot; la venue de Jésus-Christ, une chimère, si même ils en ont jamais oui parler; et, la vie présente étant tout à leurs yeux, il est naturel qu'ils envisagent comme une amère dérision les invitations à la patience. I n’y a pour eux qu’un banquet, celui de la vie; ils voudraient que tous y eussent égale place. Leur malheur et leur crime, comme ceux de tant de pauvres, c’est de tenir pour rien «le banquet des noces de l’Agneau. » Le motif allégué par l’apôtre n’a de force, j’en conviens, qu’auprès de ceux qui croient en Jésus-Christ. Quant aux autres, sans dire que la société soit dépourvue de tout moyen d’adoucir leur triste position, il est sûr que le seul vrai remède serait que leur âme se convertit.
4336. Comme exemple de patience et comme encouragement, l’'apôtre nous montre l’agriculteur qui ensemence ses champs et attend la récolte pendant plusieurs mois; les prophètes qui parlèrent au nom du Seigneur, et qui, pauvres pour la plupart, souffrirent de terribles persécutions de la part des hommes; Job, sur la tête duquel s’amoncelèrent tous les genres d’afflictions, et qui retrouva le bonheur lorsqu'il se fut résigné ; le Seigneur lui-même enfin, modèle suprême et universel, lui qui, non-seulement a souffert et souffert avec patience les maux les plus injustes, mais qui, du ciel, fait descendre sur nous les compassions et les miséricordes de sa croix.
4337. On ne discerne pas très bien le nœud qui unit la pensée du verset 49 avec celle des versets précédents. Il semble pourtant que ces deux pensées ne doivent pas être saus quelque connexité; puisque, au verset suivant, nous voyons l’apôtre revenir à son sujet qui est
LA PATIENCE ET LA JOIE, 281 (Jacques 5 : 13; 14,15.) l’exposition des devoirs du chrétien dans les maux de la vie. Serait-ce peut-être que l’impatience $e trahit souvent par des jurements et des imprécations? Quoi qu'il en soit, nous avons ici la reproduction presque littérale d’un enseignement de Jésus-Christ, enseignement auquel je me contente de renvoyer mes lecteurs (Matth. 5 : 33-37).
4338. (13.) Du reste, la patience chrétienne, ainsi que je le disais il n’y a pas longtemps [4301], n’est pas la sombre résignation du païen ou du musulman, qui, ployant la tête sous les coups du destin ou de la fatalité, supporte sans murmures les maux les plus douloureux, par la seule raison qu’il n’y peut rien changer. Le chrétien dispose au contraire d’un moyen puissant pour détourner de lui la calamité, ou, à défaut de cela, pour changer sa tristesse en actions de grâces. La prière est ce moyen, par la volonté du Seigneur. La prière, on l’a dit, est la main qui remue la main de celui qui remue le monde. Mes lecteurs ne sauraient avoir oublié les nombreuses promesses de la Parole de Dieu faites à celui qui prie, ni les exemples également nombreux qu’elle nous présente de prières admirablement exaucées.
4339. Soit que le Seigneur nous exauce quand nous l’invoquons dans nos détresses, auquel cas nous devons le glorifier (Ps. 50 : 45), soit qu'il ne le fasse pas; si nous sommes du nombre de ceux qu’il aime, nous aurons toujours mille sujets de nous réjouir en lui, et nous donnerons cours à cette joie en chantant des cantiques. Le cantique peut exprimer des prières, des supplications, et même la douleur, ainsi que nous le voyons par les psaumes de David; le cantique, néanmoins, est surtout l’expression de la joie, non des joies terrestres, mais de celle que produit le Saint-Esprit (Rom. 44 : 17). Aussi voit-on des chrétiens qui, sur leur lit de mort, demandent qu’on chante près d'eux les louanges du Seigneur, s’efforçant de joindre leur voix affaiblie à celle de leurs amis. Les cordeaux du sépulcre ont beau les envélopper, la grâce de Dieu remplit leur cœur, et ils disent avec PEcriture : « O mort, où est ton aiguillon ? où est, séjour des morts, ta victoire ? Grâcés à Dieu qui nous donne la victoire par le moyen de notre Seigneur Jésus-Christ » (4 Cor. 45 : 55).
4340. (5 : 14, 15.) De toutes les peines d’ici-bas, il n’en est pas de plus générale, de plus humiliante quelquefois, de plus funeste par ses conséquences, de plus dure à la chair, que la maladie. Ni l’âge, ni la fortune, ni le rang, ni aucune prévoyance ne peuvent nous en préserver constamment, parce que la maladie est le commencement de la mort, une mort en petit, et que, tous étant pécheurs, il faut que