L’'UNITÉ DE L'ESPRIT
(Éphésiens 4 : 7-10; 11-13.)
temps, cache d'énormes différences de vues et de grandes aberrations de la foi, ne doit pas être confondue avec l’unité de l’esprit. Celle-ci peut subsister malgré de nombreuses différences, et il n’est pas en notre pouvoir de la détruire. Mais elle peut cesser d’être évidente, et c’est un grand mal (Jean 47 : 23); elle peut s’affaiblir, ce qui est un mal plus considérable : dans tous les cas, elle ne peut se maintenir que par la paix (Jacq. 3 : 18), et la paix, par l'amour et par l’humilité. En résumé, et pour bien comprendre ce passage difficile, supposez l'Eglise une dans sa foi, comme là foi elle-même est une; de cette unité d’esprit résultera sans doute un état de paix entre toutes les parties de l'Eglise; mais c’est la paix finalement qui entretient l'unité d’esprit, là où elle existe, encore plus que celle-ci n’entretient la paix. On aura beau se trouver d'accord sur tous les points, si l’orgueil et l’'égoïsme s'emparent des cœurs, l’unité disparaîtra; c’est ce que l’histoire de l'Eglise n’a que trop démontré. Et puisque de nos jours les disciples du Christ semblent chercher partout à retrouver unité spirituelle dès longtemps perdue, veuille le Seigneur leur faire comprendre que, si l’unité de l’esprit suppose une foi commune, elle est, d'autre part, impossible sans charité et sans humilité !
4368. (7-10.) Plus on médite sur ce sujet, plus on s’assure que ce qui nuit à l’union des vrais chrétiens (je ne parle que de ceux-là), ce n’est pas la diversité qui peut exister dans leur foi, quant à des points de second ordre ou même d’une certaine importance. Il est vrai que tous. n’ont pas reçu la grâce dans la même mesure, mais enfin tous l'ont reçue du Seigneur; et qui est-ce qui la leur a mesurée, si ce n’est lui? Selon la prophétie (Ps, 68 : 18), après être monté aux cieux, il a brisé la chaîne des captifs pour les mener captifs après lui, et il a distribué aux hommes les dons de son Esprit. Celui donc qui a beaucoup recu ne doit pas se glorifier, comme s’il ne l’avait pas reçu (1 Cor. 4 : 7), et, qu'il ait reçu peu ou beaucoup, il n’en est ni plus ni moins l'esclave du Seigneur, ainsi que tous les autres (Rom. 14 : 4, 10). Voilà quant à nous. Quant au Seigneur lui-même, remarquez, je vous prie, qu'avant de monter au ciel, il était dede volontairement sur la terre, pour y vivre dans le plus profond abaissement; puis, s’il est monté au ciel, c’est afin de remplir toutes choses : La cieux par sa présence et nos cœurs par son Esprit. Tout cela ne nous dit-il pas : Soyez un en Christ; mais pour être un, soyez humbles?
4369. (11-13. put les dons que le Seigneur a distribués aux hommes depuis son ascension, l’Apôtre énumère diverses catégories de
LES MINISTÈRES. 299 (Éphésiens 4: 11-13.)
ministres de la Parole qui avaient annoncé Jésus-Christ au monde, et qui n'avaient pu le faire qu’en vertu des dons merveilleux du Saint- Esprit. Qui est-ce en effet qui avait envoyé Pierre, Jean, Matthieu, Paul et les autres ? Qui est-ce qui avait répandu l’esprit de prophétie sur Agabus et sur les filles de Philippe l’évangéliste? Qui avait fait de Timothée, de Tite, de Marc et de Luc des prédicateurs de la Bonne Nouvelle? Comment Apollos, Lucius, Manahem étaient-ils devenus, par leur connaissance approfondie du salut, bergers (pasteurs) et docteurs au milieu de l'Eglise? Toutes ces fonctions, distinctes de celles des anciens ou évêques, avaient pour champ d’opérations l’Église entière et l’Eglise de tous les temps, au lieu que celles des anciens ne s’exerçaient que dans une Eglise particulière. Et tandis que celles-ci ne supposaient pas nécessairement une effusion extraordinaire du Saint-Esprit, il la fallait au contraire pour être apôtre, prophète, évangéliste, pasteur et docteur de la manière que le furent les hommes que j'ai nommés et leurs pareils. Ces ministères ne sauraient se retrouver dans nos Eglises tels qu’ils furent exercés jadis. Toutefois nous possédons aussi nos missionnaires ou apôtres, nos évangélistes, nos prédicateurs et nos docteurs; ceux-ci, paissant et conduisant les troupeaux de Jésus-Christ par l’enseignement de la saine doctrine, comme les anciens les conduisent ou les paissent par une direction de tous les moments (1 Pierre 5 : 1, 2). Or, ces offices sont institués pour produire au sein de l'Eglise l'unité de la foi et de la connaissance de Jésus-Christ. Je sais, hélas! que, bien souvent, les docteurs divisent plutôt que d’unir, témoin soit ce qui s'était passé à Corinthe et ce que nous a dit Jacques sur la manie du doctorat. Je sais que tout docteur n’est pas un vrai docteur (Matth. 7 : 15), et qu’il en est un seul dont nous devions recevoir les leçons avec une confiance implicite, savoir Jésus-Christ (Matth. 23 : 10). Il est pourtant des docteurs dignes de respect. Je n’entends pas seulement les apôtres, dont la voix fut la voix même du Seigneur (Luc 40 : 46; Jean 17 : 20); mais tous ceux qui suivent fidèlement leurs traces, bien que dans linfiemité. Si donc vous en rencontrez qui, s’efforçant de travailler au perfectionnement des saints, fassent l’œuvre de vrais ministres, c’està dire de serviteurs et non de maîtres ; et si vous les voyez désireux de rassembler les membres épars du corps de Christ, alors, vous les tiendrez pour de vrais envoyés du Seigneur, et leur ministère pour un don de sa grâce. En vous plaçant sous leur conduite, vous obéirez au Saint-Esprit, et vous marcherez ainsi vers l’état d'homme fait, vers
300 L'ACGROÏISSEMENT EN JÉSUS-CHRIST. L'HOMME NATUREL. (Éphésiens 4: 14-16; 17-24.)
la mesure de la stature de la plénitude du Christ, ou de la perfection,
selon le sens de ce mot plénitude [4363].
4370. (14-16.) C'est par le ministère des docteurs vraiment animés de l’Esprit de Dieu , que le Seigneur nous transporte de l'enfance à Pétat d'homme fait, qu’il donne de la solidité à nos convictions, qu’il nous enseigne à discerner l’erreur sous ses formes les plus séduisantes, et qu'il nous la fait repousser avec résolution. À leur exemple, nous dirons et nous soutiendrons la vérité par amour pour nos frères, autant que par amour pour elle, et nous la dirons et soutiendrons avec douceur et avec un zèle affectueux. C’est le seul moyen pour que lEglise fasse de réels progrès. Ni la vérité sans la charité, ni la charité sans Ja vérité ne peuvent y conduire, à supposer que la vraie charité se concile jamais avec l’erreur. Mais par ces deux voies réunies, l’Eglise entière prend son accroissement comme le corps humain, dont toutes les parties se développent harmoniquement, la tête s’élevant à proportion que le corps s’accroit. Or, dans l’Eglise, c’est Christ qui est la tête. C’est lui qui par son Esprit distribue à tous les fidèles Les grâces et les forces nécessaires à leur croissance ; et le corps ne saurait prospérer dans cette union des membres entre eux et de Christ avec tous, sans que Christ, tête du corps, n’en recueille Ia gloire.
4371. (17-24.) Mais tout ceci suppose qu’on est passé de la mort à la vie (2 : 1), ou, en d’autres termes, qu’on ne marche plus à la manière de la généralité des homines. C’est un tableau saisissant que celui de la dégradation morale des païens, tel que l’Apôtre le fait ici, en des traits qui nous rappellent un tableau tout semblable (Rom. À : 18-32), et il n’est que la trop fidèle représentation de ce que sont, aujourd’hui même, les hommes non convertis. Fiers de leurs lumières naturelles et des forces de leur intelligence , ils font de la raison ou du sentiment intime la source unique de leurs principes moraux. Mais, depuis la chute, l’âme humaine est enveloppée de ténèbres (le cœur aussi bien que la tête), et elle s’égare par de faux raisonnements. Non pas à tous égards, sans doute; mais en matière morale et religieuse, ce qui est incontestable. Cela vient de ce que la vie spirituelle et la vie intellectuelle ne sont pas une seule et même chose [88]. Aussi longtemps qu’un homme n’est pas converü, 1l est homme ayant une âme, une âme grande et forte peut-être, mais une âme qui n’a pas l'Esprit [3960]. Etrangers à la vie de Dieu, à cause de leur ignorance naturelle, comment donc kes pécheurs irrégénérés pourraient-ils con-
LE VIEIL HOMME ET L'HOMME NOUVEAU. 301 (Éphésiens 4 : 25.)
naître la vraie route et y marcher? Cette ignorance de Dieu et de ses pensées vient, elle-même, de l’endurcissement du cœur. Satan a tellement passé et repassé sur ce terrain, que nul grain de la semence ne peut y pénétrer (Matth. 13 : 4, 19). Comme nous l’avons déjà dit plus d’une fois, ce sont les désordres de l’impureté qui conduisent surtout à cet endurcissement, et l’endurcissement, à son tour, détruisant toute douleur et toute honte, précipite de plus en plus dans l’infamie.
4372. Mais si vous avez été réellement à l’école de Jésus-Christ, si vous avez compris et reçu la vérité, telle qu’elle est sortie de sa bouche etde celle de ses apôtres, vous possédez une lumière supérieure à celle des plus profonds philosophes et des sages les plus renommés. Bien que votre manière de vivre ait été, pendant plus ou moins longtemps et de diverses façons, fort opposée à la volonté de Dieu, maintenant vous avez appris de Jésus-Christ à rejeter le vieil homme et à revêtir l’homme nouveau. Elle est frappante l’image qu’emploie ici Apôtre. Avant la conversion, on est enveloppé de péché, comme d’un vêtement long, lourd et embarrassant; mais le pécheur converti, nouveau Bartimée (Marc 10 : 50), a rejeté ce manteau de souillure et d’iniquité, pour revêtir la robe de noces, les vêtements du salut. Ce vieil homme, d’ailleurs, consiste surtout dans la convoitise [837; en sorte que nous ne devons pas mesurer notre culpabilité devant Dieu sur les actes coupables qué nous avons commis, mais encore plus sur les pensées légères et sur les mauvais désirs de nos cœurs. Or, si le vieil homme consiste essentiellement dans les pensées et les affections, c’est aussi à ce qui constitue l’homme nouveau. De charnel, l’entendement devient spirituel, et ce renouvellement est produit par le pouvoir infini du Dieu fort. Qui d’autre que le Créateur pourrait donner au cœur méchant de l’homme les saintes pensées d’un ange ?
4373. (25.) Entrant dans les détails, la Parole de Dieu va nous dire, non par voie d'exposition, mais d’exhortation, ce qui caractérise, soit le vieil homme dont il faut se dépouiller, soit le nouvel homme qui se développera nécessairement en nous , si Christ y habite par la foi. Rien n’est plus constaté, chez l’homme naturel, que la disposition au mensonge. Il ment par intérêt, il ment quelquefois simplement pour mentir. Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, semble antipathique aux hommes. Et ils se connaissent si bien les uns les autres en ce point, que la société, justement défiante, refuse de croire quelqu’un des siens, s’il n’a pas juré de dire vrai. Dans toutes les circonstances de la vie, que de ruses, que de flatteries, que d’inventions,