LE MENSONGE; LA UOLÈRE
(Éphésiens Æ: 96, 27.) à
que d’exagérations, que de réticences, que de tromperies, que d’impostures ! Le regard, les gestes, la parole, les écrits : tout est plein de fictions. Mensonges politiques, mensonges dans les affaires, mensonges en religion sous le nom de fraudes pies : où est-ce que le mensonge ne pose pas son pied hideux et tout couvert de fange! Hélas ! cé monde est devenu le séjour du mensonge depuis que Satan l'y importa du fond de Penfer [81], et les maux qu’engendre ce vice sont vraiment incalculables. Il en est peu qui dénotent plus sûrement un cœur non converti. Par cela même aussi, il n’en est aucun que le pécheur régénéré rejette plus résolüment. C’est une conséquence de ce qu'il a été « créé selon Dieu dans la justice et dans la sainteté de la vérité » (24). Enfant du Dieu vivant et vrat, disciple de celui qui est le chemin, la vérité et la vie, conduit par l’Æsprit de la vérité, il est impossible qu'il se plaise au mensonge. Tout ceci est renfermé dans le «c’est pourquoi » qui se lit en tête du verset 25. Maïs PApôtre y ajoute une considération grave, en rapport avec l’idée mère de l’épître : savoir, que l’obligation de parler vrai, chacun à son prochain, résulte de l’union que la foi établit entre tous les membres de
V’Eglisé. En sorte que si nous nous mentions les uns aux autres, ce
serait comme si notre main se portait au bas du corps lorsque la tête réclame son service. La véracité est le lien social par excellence; c’est aussi le corollaire et le complément de l’amour chrétien.
4374. (26, 27.) «Si vous vous mettez en colère, ne péchez point. » Cette manière de rendre le texte est moins exacte que celle-ci: « Mettez-vous en colère, et ne péchez point. » Dans les deux cas, on voit qu'il est une colère légitime, mais que cette colère peut aisément devenir coupäble. Il nous est parlé de la colère de Dieu et même de
la colère de l’Agneau (Apoc. 6 : 16); il y a donc une sainte colère, et
nous l'avons vu en Moïse [838] et en notre Seigneur Jésus-Christ (Mare 3 : 5). L'homme que le vice n’indigne pas, que les désordres les plus criants ne sauraient émouvoir, qui reste froid à l’ouiïe des blasphèmes de l’impiété ou des sophismes de l’hérésie, n’a ni zèle pour Dieu, ni amour pour les âmes. Mais combien ne nous est-il pas difficile, à nous pauvres pécheurs, de n’y pas mettre de la passion, pour péu surtout que notre amour-propre ou nos intérêts soient en jeu! Or le courroux de l’homme naturel se convertit promptement en insultes : c’est un feu intérieur qui dévore. Effet d’un soudain mouvement de haine, il dure et se prolonge même après l’occasion qui l’a excité ; tandis que la sainte indignation de lenfant de Dieu se change bientôt en prières
LE VOL; LES PAROLES. 303 (Éphésiens 4 : 28; 29, 30.)
et en pitié pour ceux qui sont l’objet de cette indignation. Sachons donc distinguer la colère de l’homme nouveau, colère compatible avec la douceur, d'avec la colère du vieil homme, fruit d’un caractère emporté, ou de pässions qui ne sont pas moins violentes parce qu’elles se contiennent. La première peut tourner à la gloire de Dieu ; mais, par la seconde, on donne prise à Satan, et l’abime est bien près. Car la colère enivre comme le vin, et dans Pivresse on ne sait ce qu’on dit ni ce qu’on fait.
4375. (28.) Il y a plus d’une manière de voler. Celui qui passe ses jours dans loisiveté , dérobe les sueurs de ceux qui travaillent, bien qu’il les paye; car s’il travaillait, lui aussi, le fardeau serait porté plus équitablement. Rappelez-vous ce que j'ai dit ailleurs sur les habitudes oisives d’une foule de gens à Fépoque des apôtres, et vous sentirez mieux l’importance de la recommandation contenue dans ce verset [3839]. Elle n’est d’ailleurs pas moins nécessaire aujourd’hui, en ce sens que loisiveté sera toujours la mère du vol et de mille sortes de vices. Ceci donc est encore du vieil homme. Par conséquent, les fidèles se feront un devoir des plus stricts d’employéer utilement leur temps, et de travailler à la terre ou aux arts mécaniques, s’ils n’ont pas d’autre genre d'occupation. Dans tous les cas , il ne s’agit pas ici d’occupations amusantes, mais de celles qui « donnent de la peine ; » et cela, non pas seulement pour ne plus dérober, mais « pour avoir de quoi donner à celui qui a besoin. » Lors donc que, par beaucoup de fatigues , nous nous sommes procuré le nécessaire, nous n’avons pas achevé notre tâche : il faut que nous prenions un surcroît de peine pour venir au secours dé ceux qui, malades ou âgés, orphelins et encore jeuñhes, ne peuvent pas gagner leur vie comme nous. C’est dire, en d’autres termés, que la bienfaisance n’est pas le privilége exclusif de ceux qui sont dans le bien-être.
4376. (29, 30.) Des actes, l'écrivain sacré passe aux paroles. Les paroles mauvaises qui sortent d’un cœur non converti, sont plus nombreuses encore que les mauvaises actions. Outre les mensonges, par où PApôtre a commencé, que de médisances et de calomnies, que de jurements et d’imprécations, que de moqueries et d'insultes, que de propos légers et indécents! Aucune de ces paroles ne doit souiller les lèvres d’un racheté de Jésus-Christ. Au lieu de cela, il faut que ses discours, appropriés aux circonstances particulières de ceux auxquels il s’adresse, servent à l'édification et communiquent la grâce du Seigneur. Sa vie tout entière doit être une prédication ; combien plus