UNE PROPHÉTIE
(KE Wimothée 3 : 1-9.)
CCCXXVII. — Prophéties; inspiration des Écritures; circonstances de l’Apôtre; salutations.
4419. (3: 1-9.) La prophétie contenue dans cette portion de lépitre, admirable comme tableau de l’homme non converti, n’est pas, comme prophétie, une des plus frappantes, si l’on veut. Cependant le Saint-Esprit seul à pu informer l’Apôtre, que, tout au rebours de ce qu’il était naturel de présager, la prédication de l'Evangile serait loin de métamorphoser le genre humain, mais que la méchanceté des hommes irait plutôt en empirant. Tout ceci, sans doute, ne s’applique pas à ceux qui, connus de Dieu, se retirent de l'injustice (2 : 49); qui, faisant partie de la maison de Dieu, y sont des vases à honneur (21). Je ne sais même si on peut l’entendre des personnes dont la profession de foi est démentie par leur conduite, vases de la maison, mais vases à déshonneur {2 : 20). La prophétie s’applique plutôt à ce quelque chose d’inouï jusque-là, à ce quelque chose sans nom, qu’on appelle, par une étrange alliance de mots, le monde chrétien, foule immense de gens qui ne sont plus païens, qui ont une certaine forme de piété, qui font de chrétien le synonyme d’honnête homme, qui se choquent en conséquence si on leur en refuse le titre, mais qui se choqueraient encore si l’on voulait prendre au sérieux leurs prétentions, parce qu’au fond ils ne professent pas la foi. Voilà ceux dont la société et l’influence sont plus funestes que celles de païens déclarés, et dont l’Apôtre nous dit prophétiquement de nous détourner, à nous qui, plus avancés dans les derniers Jours que ne l’étaient Paul et Timothée, vivons en des temps où la prophétie $’accomplit avec des proportions gigantesques.
4420. Quel est en effet le spectacle que nous offre le monde tel que l'a fait la civilisation moderne, fruit à quelques égards du christianisme, mais bien plus d’une philosophie faussement amsi nommée et d'institutions religieuses encore moins vraies que cette philosophie même? L’égoisme, l’amour de l’argent, la bonne opinion de soi, Porgueil, les propos et les écrits les plus blasphématoires, le relâchement de l’autorité paternelle, une ingratitude générale parce qu’on se croit tout dù, une absence totale de moralité dans les affaires, le manque de cœur et d’indulgence, des calomnies publiques et effrontées, un défaut de modération en toutes choses ,le mépris du genre humain et principalement des hommes pieux, la trahison sous toutes ses
LA VRAIE PIÉTÉ TOUJOURS PERSÉCUTÉE. 329 (KE Wimothée 3 : 10-13.)
formes, la violence, effet d’un orgueil indomptable, enfin un amour effréné pour les plaisirs des sens, tout cela entremêlé de certaines formes de piété : n'est-ce pas le tableau qu'offre généralement le monde de notre époque? Du temps de Paul et de Timothée, il y avait déjà de ces gens « qui aiment la volupté plus que Dieu, et qui ont une forme de piété, tandis qu’ils en renient la force. » Nouveaux pharisiens, qui dévoraient les maisons des veuves et pour prétexte faisaient de longues prières (Matth. 23 : 14); ennemis de la vérité, comme Jannès et Jambrès, noms des principaux magiciens de Pharaon, à ce qu'on pense. De tels hommes ne manquent pas de rencontrer, parmi les femmes surtout, des âmes avides d’un formalisme stérile, comme le leur; mais il est pourtant impossible que leur folie échappe à tous les yeux et que, par conséquent, elle entraîne tout le monde.
4491. (40-13.) Heureux ceux qui ayant reçu, ainsi que Paul, la mission de prêcher l'Evangile, peuvent invoquer, comme lui, le témoignage de leurs disciples au sujet non-seulement de leur doctrine, mais de leur conduite tout entière! Heureux même, heureux surtout (osons le dire après notre Seigneur), lorsqu'ils ont aussi à parler avec Paul de leurs persécutions et de leurs souffrances ! 1l est remarquable qu’il rappelle à Timothée celles d’Antioche, d’Iconie et de Lystre, préférablement à toutes les autres (Actes 13 et 14). Il en avait essuyé de plus terribles dès lors; mais celles-ci se rattachaient au commencement de ses travaux missionnaires et à la conversion de Timothée. On comprend, par ces deux raisons, que Paul se plût à en rappeler le triste et glorieux souvenir. Observons du reste avec lui, que, s’il est rare de voir ceux qui n’ont que la forme de la piété souffrir pour leur foi prétendue, il est infiniment plus rare que ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ ne soient pas persécutés de manière ou d'autre. Il y a une piété que le monde aime, ou que du moins il laissera toujours parfaitement tranquille; mais ce n’est pas la piété décidée du racheté de Jésus, cette piété à part, si peu connue des hommes qu'ils Pappellent hypocrisie, et toutefois assez connue d’eux pour qu’ils la redoutent, pour qu’ils la proscrivent comme un crime, ou que du moins ils ne se croient jamais assez prémunis contre elle. En sorte que si le chrétien échappe au mépris et à la persécution, c’est bien plus par ses coupables complaisances que par un effet de la tolérance des gens du monde. Quant aux hommes méchants et imposteurs, dit l’Apôtre, «ils progresseront de pis en pis, égarant et