CHRIST, SOURCE DE TOUTE SAGESSE
(Colossiens 2 : 1-3; 4-93.)
4443. (2: 1-3.) « Je veux que vous sachiez combien je souffre, afin que vous soyez consolés:! » Le rapprochement de ces idées peut sembler étrange, et toutefois l'expérience a confirmé cette parole du Saint- Esprit. Lorsqu'une Eglise voit ses fidèles conducteurs persécutés pour la cause de la vérité, 1l y a de la douleur dans les âmes, mais les consolations sy multiplient. On sent le besoin de se serrer les uns près des autres et de s’aimer d’autant plus qu’on est plus haï du monde : c’est alors qu’il se fait de grands progrès dans la connaissance des mystères de Dieu et dans la certitude de la foi. Le mot « mystère » reparaît ici, mais avec une application différente de tout à lheure. Là , c'était le mystère de notre union avec Christ par la foi, selon les plans de la miséricorde divine, plans cachés pour un temps et maintenant révélés; ici c’est le mystère de la nature divine, savoir de la nature «de celui qui est Dieu et Père, et du Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance, » C’est par ces derniers mots que Paul entame ce qu’on regarde comme le sujet principal de sa lettre, et ils signifient que Jésus-Christ étant la source et la vivante expression de toute vraie connaissance et de toute vraie sagesse, le pécheur irrégénéré en est nécessairement dépourvu; tandis que celui qui croit en Jésus-Christ possède la sagesse, de même que l'acquéreur du champ où le trésor était caché, devint aussi propriétaire du trésor (Matth. 13 : 44). ;
444%. (4-93.) Paul, averti par Epaphras que de graves erreurs menaçaient de se répandre dans les Eglises de Colosses et du voisinage, vient y opposer la parole puissante du Saint-Esprit. Ces erreurs paraissent avoir été de trois sortes : des erreurs philosophiques, des erreurs judaïques et des erreurs ascétiques. De tout temps, l’idolâtrie des Phrygiens avait aimé à s’entourer de mystères , et leurs dispositions naturelles les portaient aux spéculations subtiles de la dialectique, ou, dirai-je, aux rêveries de l’imagination. Or on pense que les Juifs hostiles à PEvangile, profitant de cette circonstance et se gardant bien d’ailleurs d’attaquer ouvertement les convictions nouvelles des Colossiens , qu’ils voyaient trop affermis , avaient cherché
à les détourner de la simplicité de la foi, comme cela était arrivé chez ‘les Galates, mais d’une autre manière. On croit en particulier qu’ils essayaient de rehausser dans les esprits les anciennes ordonnances de la loi, en alléguant que le Dieu qui avait parlé par Moïse était supérieur à Jésus-Christ, quelque éminent que fût celui-ci. Et comme il n°y avait pas moyen d’amener les Colossiens à chercher leur salut dans
ERREURS DIVERSES. 343 (Colossiens 2 : 4-7.) l’accomplissement de la loi, ils se rabattaient à leur recommander cerlaines pratiques de dévotion, les leur présentant comme une sainteté supérieure , ajoutée à la sainteté commune et vulgaire ; c’est ce que j’ai appelé des erreurs ascétiques.
4445. En relisant les deux premières pages de l’épitre, vous remarquerez que les paroles de Paul s’adaptaient admirablement à la situation, et qu’elles combattaient l’erreur avant même de l'avoir signalée ; car voici à quoi elles reviennent : Il y a une connaissance sublime dans laquelle nous devons faire de constants progrès; c’est la connaissance de la volonté de Dieu, la connaissance même de Dieu en Jésus-Christ. Il y a des mystères; mais ces mystères, révélés par la Parole de Dieu, sont encore plus remplis de consolations et d’espérances que d’obscurités. Ne les tenons pas pour des vaines chimères , car ils ont leur corps êt leur réalité en Jésus-Christ, l’image du Dieu invisible, le Créateur de tout ce qui existe. Il porte en lui tous les trésors de la sagesse et de la connaissance de Dieu : qui croit en lui, jouit de cette sagesse, en même temps qu’il obtient l’entière rémission de ses péchés. Enfin la vie chrétienne, vie de Christ lui-même habitant en nous, est une vie de foi, d’espérance et d'amour; et là où ces trois choses se trouvent, il ne reste pas de place pour de vaines pratiques de dévotion. C’està-dire que si quelqu’un croit de tout son cœur en Jésus-Christ, il n’a que faire des élucubrations de la philosophie, ni des observances du formalisme, ni des raflinements d’une prétendue sainteté supérieure à celle du commun des fidèles. On dit que la meilleure manière de réfuter l’erreur, c'est d'établir la vérité : vous voyez que, sous la conduite du Saint-Esprit, PApôtre suit bien cette sage méthode. Cependant il est souvent nécessaire d'ajouter une réfutation plus directe.
4446. (4-7.) « Or je dis ceci, afin que personne ne vous trompe par de faux raisonnements avec des discours séduisants. » Notre cœur, plein de mal, se laisse plus facilement gagner paï le sophisme que convaincre par une saine argumentation ; et si aux sophismés on sait joindre des discouvs qui flattent nos passions, on nous mène où l’on veut. En religion, comme ailleurs, c’est l’histoire d’une foule d’aberrations, et nous allons voir quel est le moyen de nous prémunir contre ces funestes influences. Il paraît que l'Eglise de Colosses n’était que menacée, car l’Apôtre rend un beau témoignage à l’ordre qui y régnait et à la fermeté de sa foi, Mais il ne faut pas attendre d’être atteint pour se mettre en garde. Or, la meilleure défense contre toute espèce d’erreurs, c’est « de marcher en Jésus, le Christ, le Seigneur,
44 « PHILOSOPHIE. FORMALISME, (Colossiens 2 : 8-23.)
tel qu’on l’a reçu; » c’est de se tenir en défiance des idées nouvelles, de celles surtout qui nous présentent l'Evangile sous un aspect différent de celui qui donna le paix à notre âme, et voudraient nous faire entrer dans une voie qui ne füt pas celle de notre conversion. Ce n’est pas que nous n’ayons à faire des progrès en lumières, en sainteté, en assurance; mais l’extension des racines d’un arbre est Ja condition indispensable de son accroissement, et nul édifice ne peut s’élever solidement que sur les fondations qui le soutiennent, En conséquence, nous devons nous affermir et nous développer dans la foi, telle qu’elle nous a été donnée. C’est en Christ que nous avons à nous enraciner toujours plus; en lui que nous devons nous édifier; et quelle bénédiction, que sa grâce suilise à tout ce dont notre âme a besoin !
4147. (8-23.) Si, au lieu de cela, nous cherchons dans la philosophie ou dans les inventions de la sagesse humaine, le complément prétendu de nos connaissances morales et religieuses; si nous pensons devoir ajouter l’observance de certaines cérémonies à la profession de notre foi, et corroborer notre salut par certains actes arbitraires d’humilité et de mortifications non ordonnées, nous retournons en arrière, vers une religion tout humaine, et nous nous dépouillons de Jésus-Christ en voulant nous revêtir d’autre chose que de sa pure grâce. Voyez en effet ce que l’Apôtre dit de la philosophie : elle n’est qu’une déception (8). Les systèmes philosophiques se détruisent les ups les autres, et malgré les prétentions des philosophes, aucun d’eux n’a jamais pu rendre compte des mystères du temps et de l’éternité. Institutions humaines, éléments du monde, la philosophie ne saurait valoir mieux que les philosophes, et les philosophes sont tous de pauvres pécheurs, « ennemis de Dieu par leur entendement, dans leurs œuvres mauvaises, » étrangers par conséquent à la vérité et incapables de la découvrir. En est-il un seul qui puisse nous donner ce que nous donne Jésus-Christ, à ne parler que de ses leçons? En est-il un seul, surtout, qui puisse mourir pour nous, comme l’a fait Jésus-
PE Christ pd homme, et vivre en nous, comme le fait Jésus-Christ, Fe parce qu’il est Dieu?
4248. Voyez ensuite ce que dit VApôtre des observances cérémo-
“hole (46-20). Il ne pouvait parler de celles que l’obscurcissement
de la foi introduirait plus tard dans l'Eglise, au mépris des enseignements les plus clairs de l'Evangile; mais ce qu’il dit des cérémonies du culte juif s'applique avec bien plus de force aux cérémonies d’in-
ASCÉTISME. 345 (Colossiens 2 : 8-23.)
vention moderne. La différence entre les animaux purs et impurs, les fêtes, les nouvelles lunes, le sabbat, se fondaient sur l'institution divine; ce n'étaient toutefois que l’image de l'avenir, une religion élémentaire, et une religion de ce monde au prix de la foi qui est en Jésus-Christ. Retourner de lui à ces éléments, c'était lâcher le corps pour l’ombre, descendre du ciel pour revenir sur la terre ; et que dirons-nous s’il s’agit de cérémonies qui ne viennent pas de Dieu? Or, il en est de telles, dans les Eglises même qui ont répudié les erreurs du romanisme.
4449. Voyez enfin ce que dit l’'Apôtre de certain culte qu’on offrirait aux anges par une sorte d’humilité, comme si lon n’osait pas aller à Dieu directement (raison qu’allèguent les catholiques pour justifier leur recours à l’intercession des saints) (18); voyez ce qu'il ajoute sur cette autre humilité qui, pour rendre l’obéissance plus parfaite et plus méritoire, veut faire au delà de ce que Dieu commande et s’abstenir de ce qu’il n’a pas défendu! (21-23.) Volonté propre! s’écrie Paul; témérité de pensée! chemin de la corruption! Oui; et la Parole de Dieu est ici d’une vérité particulièrement frappante. Rien n’est plus orgueilleux qu’une fausse humilité, et rien n’est plus faux que l’apparente humilité d’un culte arbitraire, tout composé de pratiques ascétiques. S’imposer à soi-même une loi qu’on estime plus haute et plus sainte que la loi de Dieu ! en d’autres termes, aspirer à une sainteté plus sainte que celle dont Dieu nous a donné le patron dans les Ecritures! c’est l’enflure la plus effrayante d’un entendement tout charnel, et l'expérience prouve qu’on n’aboutit souvent par là qu’à une plus grande dépravation de cœur et de mœurs. Nous, chrétiens évangéliques, nous ne connaissons que par ouï-dire les fruits empoisonnés des prétendues austérités de certains ordres religieux et de certains dévots de l'Eglise romaine ; mais ceux qui ont vu les choses de près affirment avec Dieu que, « par l’abus, elles sont toutes à la corruption. » Or, bien qu’à un moindre degré, l’on en peut dire autant des voies mystiques dans lesquelles marchent bon nombre de protestants. Ph À
4450. Si, par les motifs que je viens de développer, nous devons à être sur nos gardes contre la philosophie, contre le formalisme et contre une fausse spiritualité, nous le devons encore à d’autres titres. D'abord, quant à la philosophie, celle qui ne conduit pas à Jésus- Christ ne peut être que fausse dans sa base, par la raison que toute la plénitude de la divinité « habite en lui corporellement» (8, 9). Il est à
IV En