CCCXXIX. — Partie morale de l’épitre
4453. (3 : 1-4.) Il n’y a ni religion, ni philosophie qui n’aient leurs dogmes, et qui, de ces dogmes, ne déduisent une morale : c’est l'arbre portant son fruit, et le fruit ne saurait être meilleur que l’arbre. La morale évangélique diffère de toutes les autres, non-seulement par l’excellence divine de ses préceptes, mais encore par la base sur laquelle ils reposent, et par l'union bien plus intime qui existe entre eux et les vérités du salut. Le devoir y résulte de la foi, non d’une manière arbitraire, ni comme une simple conséquence logique ; mais comme un fait sort d’un autre fait, qui est sa cause. Pour mieux dire, celui qui croit en Jésus-Christ de tout son cœur est sanctifié par sa
348 LA VIE INTÉRIEURE, (Colossiens 3 : 1-4.)
foi même : sa foi est une sainteté. Ce résultat moral provient de lunion que la foi établit entre l’âme du fidèle et Jésus-Christ, par la vertu puissante et sanctifiante de l'Esprit. C’est ce que nous voyons dans les premières lignes de ce chapitre. Si nous croyons, réellement et du cœur, qu'après avoir expié nos péchés Jésus-Christ s’est réveillé d’entre les morts et qu’il s’est assis à la droite de Dieu, nonseulement nous savons que, nous aussi, nous ressusciterons et régnerons éternellement avec lui; mais par le fait, nous sommes, dès à présent, comme ressuscités avec lui. Se convertir, c’est mourir quant au péché et quant au monde présent, pour vivre de la vie de Dieu en Jésus-Christ. Outre la vie apparente, extérieure, que nous continuerons de mener ici-bas : vie terrestre et matérielle, mais non charnelle; vie de combats, par cela même qu’elle est spirituelle ; vie de misères, vie trop souvent languissante et désolée; outre cette vie, dis-je, nous possédons une autre vie qui est la vraie : vie ignorée des hommes de ce siècle, inappréciable aux sens, vie « cachée avec Christ en Dieu, » vie de prières et de saintes pensées, vie qui n’est pas sans activité extérieure, mais dont l’activité a pour force motrice tout un ensemble de sentiments qui la rendent vraiment spirituelle et céleste. Ainsi, « Christ est notre vie, » non-seulement parce qu’il nous a rachetés de la mort, mais parce qu'il vit en nous et que nous vivons en lui; comme aussi par la raison que le mobile de notre activité, c’est l’espoir de la gloire qui nous est réservée pour le moment de son retour. Cela étant, 11 va de soi-même que nos pensées habituelles sont «aux choses qui sont en haut et non à celles qui sont sur la terre. »
4154. Remarquez cependant que l’Apôtre ne dit pas : « Etant réveillés avec le Christ, vous cherchez sans le vouloir et comme machinalement ou instinctivement, les choses d’en haut; vous pensez de vous-mêmes et sans effort à ces choses et non à celles de la terre... » Il dit, sous forme d’exhortation et de commandement : « Cherchez... » « pensez... » (1, 2). En effet, si la morale évangélique sort du dogme, comme l’arbre sort de ses racines; si l’on peut dire des croyants, que l'arbre, étant devenu bon, le fruit sera bon nécessairement (Matth. 12 : 33), 1l ne faut pas oublier que la foi n’exerce pas sur nous une influence matérielle, ni en quelque sorte magique. Il s’agit donc ici de nécessité morale et non d’une autre. Ce n’est pas comme d’une rivière à laquelle on aurait creusé un nouveau canal, et qui est contrainte de s’y jeter parce qu’on a barré l’ancien. Affranchie de l'esclavage du péché, notre volonté est plus réelle que jamais. Avant