‹ Études élémentaires et progressives de la parole de Dieu Nouveau TestamentChapitre 197 sur 286 · PRIX DE L'ÉPÎTRE · texte numérisé non relu

PRIX DE L'ÉPÎTRE

(Fhilémon 8-22.) c’est ce qu’on peut croire également; mais qu’il ait, comme on le dit, exercé son ministère à Bérée, et qu'il y soit mort martyr de sa foi, c’est ce qui me paraît, sinon improbable, du moins très problématique. :

4490. Ceci me conduit à remarquer encore une fois combien peu les Ecritures ont été destinées à nous transmettre l’histoire de l’homme. Il n’est pas un de ces illustres ouvriers de Dieu : Paul, Pierre, Jean, Timothée, Luc, même de ceux qui occupèrent une place secondaire, tels qu'Onésime, ou Aquilas, ou le geôlier de Philippes, par exemple, sur qui nous n’eussions été heureux d’avoir plus de détails. Curiosité si naturelle que les fidèles qui vécurent dans les siècles postérieurs, recueillirent tout ce qu’ils purent trouver de renseignements sur ces premiers témoins de la vérité, antiques monuments de la grâce de Dieu, au risque de mêler quelquefois la légende avec l’histoire. Comment se fait-il que les auteurs sacrés n’aient pas cédé avant tous à cette tendance? C'est qu’ils ont écrit sous linspiration divine; or, le Saint-Esprit, dans son livre, ne parle des hommes que selon leurs rapports avec la révélation de Dieu.

4491, Cest ainsi que l’épitre à Philémon, perle de grand prix dans le riche écrin de la sainte Ecriture, ne nous a pas été donnée pour nous faire connaître Philémon, ni Apphie, ni Archippe, ni Onésime; ce n’est pas non plus comme une anecdote destinée à nous initier plus profondément dans l’admirable caractère de Paul. Par les instructions que renferme cette lettre, elle a sa place, et une place considérable, dans la révélation divine. Vous avez pu vous en convaincre au moyen de l’étude abrégée que je viens d’en faire. Quand elle ne servirait qu’à nous montrer comment les principes chrétiens doivent diriger les enfants de Dieu en toutes circonstances , quelle grande utilité n’aurait-elle pas! On ne voit que trop de gens qui n’appliquent leur foi qu'aux grandes choses et aux grandes occasions ; mais ce n’est pas ce que le Seigneur attend de nous (Luc 16 : 10).

4492. Que parlé-je de grandes choses et de grandes occasions ? Tout ne devient-il pas grand lorsqu'on l’envisage de haut et qu’on le rapporte à Dieu? Et l’événement en particulier qui donna lieu à la lettre de Paul, était-il si insignifiant ? Là-dessous se cachait la grande question de l’esclavage. Même en faisant abstraction des connaissances que Paul recevait immédiatement du Saint-Esprit, il pouvait prévoir qu’un jour cette institution tomberait devant le dogme de la fraternité et de légalité chrétiennes (Matth. 23 : 8; Gal, 3 : 28); mais aussi

DONNÉES HISTORIQUES. 367 (Philémon 22. Philippiens Æ: 1.)

longtemps que l’institution durait, elle conférait des droits qu’il fallait respecter. Dans tous les cas, admirez comment, sur ce point aïnsi que sur tant d’autres, les premiers prédicateurs de l'Evangile se sont, à Pexemple du Seigneur, abstenus de s’ingérer dans les affaires civiles et politiques [3132, 3196, 33591. Cette parfaite unité de marche ne leur est pas venue d’eux, mais du Saint-Esprit, qui conduisait leurs pas et leurs lèvres.

4493. (22.) Pour terminer ce que j'ai à dire sur cette épiître, au moment où Paul lécrivait, il avait l’espoir que sa captivité aurait bientôt un terme, et il comptait pour cela sur les prières que, de toutes parts, on adressait au Seigneur. Il paraît toutefois que son espérance fut trompée. D’où nous concluons deux choses : l’une, que inspiration divine ne donnait pas la toute-science, ainsi que je crois Pavoir dit précédemment; l’autre, que si nous devons avoir une grande confiance dans les prières des enfants de Dieu , il ne faut pas oublier qu’ils prient souvent avec ignorance de ce qui est le meilleur. Est-ce une raison pour ne pas prier, ou pour ne prier qu’en tremblant ? Non, certes ; car enfin Dieu nous dit de l’invoquer, et s’il arrive que des prières ferventes, du genre de celles dont nous parlons , ne sont pas toujours exaucées, qui dira néanmoins combien de délivrances, dès les temps anciens jusqu’à nos jours, ont été accordées aux prières du peuple de Dieu ?

ÉPITRE AUX PHILIPPIENS.

CCCXXXII. — Données historiques. Le retour du Seigneur.

4494. L'Eglise de Philippes, la première Eglise fondée par Paul dans notre Europe, était, avec l’Eglise de Thessalonique, celle qu’il envisageait lui-même comme la couronne de son apostolat (4 : 4 ; 4 Thess. 2 : 19). Ce n’est pas qu’elles se distinguassent par le nombre ou par Véclat des dons spirituels : sous ces deux rapports Corinthe les surpassait probablement, sans parler d’autres Eglises encore; mais nulle part l’Apôtre n’avait semé avec plus de larmes, etnulle part non plus il n’avait moissonné avec plus de chants de réjouissance (Ps. 426: 5). Depuis qu’il avait planté l'Evangile en Macédoine, dix ans avant sa translation à Rome, il n’avait cessé de prendre le plus vif intérêt aux

(Philippiens Æ:15, 16; 18.2: 25-30. A: 91. H : 1; 13, 4 : 22.) chères Eglises de cette contrée : ses lettres en font foi. Il les avait visitées à plusieurs reprises, et vous vous souvenez que c’est à Philippes qu’il passa la dernière Pâque avant de se voir privé de la liberté pour tant d'années [4089]. Au printemps de l’an 61, époque, selon nos calculs, de son arrivée dans la capitale de l’empire, il y avait juste trois ans qu’il avait échangé la douce société de ses frères de Philippes, contre la prison qui lattendait à Jérusalem, puis à Césarée et finalement à Rome. Heureuse captivité, qui nous a déjà valu quatre épitres admirables et à laquelle nous devons également celle-ci.

4495. Les Philippiens avaient eu l’inappréciable privilége d’être les seuls de qui Paul avait voulu recevoir des secours pécuniaires, non qu’ils fussent plus riches que les autres, mais parce qu’il avait pour eux une affection toute spéciale (4: 15, 16). Quand ils le surent à Rome, et qu’ils purent craindre que l’Apôtre n’eût pas de quoi fournir à son entretien , dans la maison qu’il avait louée et où il devait probablement pourvoir à sa nourriture comme à celle du soldat qui le gardait (Actes 28 : 30), ils lui avaient envoyé de l'argent par Epaphrodite, un des leurs (18). Celui-ci étant tombé dangereusement malade et les Philippiens ayant été dans une vive inquiétude à son sujet, Paul se hâte de le leur renvoyer, aussitôt rétabli, et il lui remet la lettre qui va nous occuper (2 : 25-30).

4496. Tout indique qu’elle doit avoir été écrite à une époque assez reculée de la captivité de Paul, peut-être même après les deux ans mentionnés au livre des Actes (28 : 30, 31). À ce moment, pense-t-on, Luc aurait été obligé, par une cause quelconque, de quitter Rome, ainsi que les autres amis nommés dans l’épître aux Colossiens (4 : 10-14), et cela expliquerait pourquoi Paul n’en fait aucune mention, à moins que ce ne solent eux précisément qu’il désigne par cette expression : «les frères qui sont avec moi» (4: 21). Dans la première hypothèse, Timothée serait demeuré seul avec lui (1 : 1). Ce qui prouve d’ailleurs que cette lettre n’a pas été écrite de très bonne heure, c’est le temps qu’il avait fallu pour qu’on sût à Philippes dans quelle position était l’Apôtre et pour que, de Philippes, on eût pu envoyer Epaphrodite à Rome. Il fallait aussi qu’on eût pu recevoir à Philippes de ses nouvelles et que Paul eût appris lPanxiété dans laquelle on y était sur ce frère; sans compter ce qui nous est dit ici des progrès que l'Evangile avait faits à Rome par le ministère de Paul, progrès si grands que le prétoire et la cour de Néron comptaient maintenant plusieurs disciples de Jésus-Christ (4 : 13; 4: 22) Ajoutons à cela que le procès

LES ANCIENS ET LES DIAGRES. 369 (Philippiens 1 : 1.) de Paul avait pris alors, semble-t-il, un nouveau tour et que sa captivité était devenue plus dure. Cependant il ne perdait pas Pespérance de se voir élargi. Cest ce qui arrive quand on a le sentiment de son innocence; et puis, c'était un moyen dont Dieu se servait pour soutenir le courage de son serviteur et plus encore celui des Eglises.

4197. Gette épitre est d’un caractère tout spécial. Ce n’est pas un traité de théologie tel que Pépiître aux Romains ou celle aux Ephésiens; elle n’est pas destinée, comme les épîtres aux Galates et aux Colossiens, à s’opposer à invasion de certaines erreurs : si l’on voulait faire un rapprochement, on pourrait la comparer avec la première épître aux Thessaloniciens. Ici comme là, ce sont les épanchements d’un cœur affectueux, entremêlés de la proclamation des grandes vérités du salut et d’exhortations à la sainteté. Mais il y a de l’une à Pautre des différences qui proviennent, soit de la situation de V’Apôtre, soit de ce que l'Eglise de Philippes n’en était pas aux commencements de la vie chrétienne. Mes lecteurs comprennent, d’après cela, qu’ils vont avoir sous les yeux deux objets d’un intérêt extrême, bien qu’ils ne soient pas nouveaux pour eux : la personne de notre cher apôtre, de ce Paul qui peut bien être appelé le père spirituel de PEurope, et l’aimable Eglise de Philippes, la sœur aînée de toutes les Eglises qui ont fleuri dès lors sur la terre de Japhet.

4498. (4 : 1.) Cette Eglise s'était assez accrue pour avoir à sa tête, outre des anciens , un certain nombre de diacres. Ceux que j'appelle anciens, le texte les nomme évêques, c’est-à-dire surveillants ou inspecteurs; et ceux que j'appelle diacres, il les nomme serviteurs. Me référant à ce que j'ai dit sur ces deux ministères [40922, 3929, 42891, je me borne à faire observer que, dans tous les cas, les évêques d’alors ne ressemblaient nullement aux princes ecclésiastiques qu’on désigne de nos jours par ce titre, en certaines Eglises. Au lieu d’un évêque, d’un seul, dirigeant ce qu’on appelle un diocèse, c’est-à-dire un territoire qui renferme de soi-disant fidèles par centaines de milliers, ici, au contraire, dans une seule ville, dans une ville où l’Eglise, entourée d’une population païenne, ne comptait peut-être ses membres que par centaines, nous avons plusieurs évêques. Admettez que les évêques ou surveillants étaient de simples anciens, et leur nombre s'explique ; mais non pas autrement. Si d’ailleurs je viens de dire que ces évêques. et ces diacres étaient à la tête de l'Eglise de Philippes, c'est une manière de parler. Ils étaient à sa tête, comme un guide, dans nos montagnes, marche devant les voyageurs; comme un ser-

370 LE VOŒU APOSTOLIQUE.

(Philippiens 1: 2;3, 4; 5-8.)

viteur qui porte un flambeau précède ceux qu’il éclaire ; car le Chet de l'Eglise, c’est Jésus-Christ, et l’Eglise ne saurait avoir deux têtes. Aussi remarquerez-vous que, dans sa salutation, Paul nomme d’abord «les saints dans le Christ, Jésus, qui sont à Philippes » c’est l'Eglise tout entière; puis viennent les surveillants et les serviteurs de cette Eglise, qui, bien que faisant partie de l’ensemble, s’en détachent néanmoins, comme ayant été mis à part ou consacrés aunom du Seigneur pour l’œuvre de leur ministère.

4499. (2.) Rien ne se ressemble plus que les vœux par lesquels Paul commence et termine ses épitres. Il n’y a pas, pour le disciple de Jésus-Christ, deux manières d’être heureux, saint et fidèle ; et s’il ne peut souhaiter à ceux qu’il aime rien qui vaille mieux que la grâce et la paix du Saint-Esprit, de la part de Dieu Le Père et du Seigneur Jésus-Christ, pourquoi ne le dirait-il pas, et toujours dans les mêmes termes? En de certaines bouches, cela pourrait devenir une vaine formule ; mais dans la bouche de Paul, c'était un vœu jaillissant du cœur et portant la bénédiction avec lui; c'était une parole sérieuse et réfléchie, et non pas un « Dieu vous bénisse! » dit sans y penser. Je n’en veux pour preuve que les versets suivants (3, 4). Si vous les rapprochez de 1 Thess, 4 : 2, 3, il vous semblera que c’est la pure reproduction de la même pensée ; mais examinez de près, et vous verrez qu’il dit aux Thessaloniciens : « Je ne cesse de penser à vous et de bénir Dieu à votre sujet; » tandis qu’il dit aux Philippiens : « Je ne puis penser à vous sans bénir Dieu, » où « Quand je pense à vous, je ne puis que bénir Dieu. » Quelle vérité, tout à la fois de situation et d’expression! Paul, écrivant de Corinthe à ses frères de Thessalonique, peu de temps après les avoir quittés et quand Timothée, avec Silas, venaient de lui en apporter des nouvelles , devait avoir le cœur tellement plein de leur souvenir, que, chaque jour, le malin, le soir, à tout moment, il s’occupait d’eux devant le Seigneur, Mais beaucoup d’'Eglises sont venues dès lors prendre une place dans ses pensées, une foule d'événements nouveaux s’y retracent, et sa prison, où tant de gens le visitent, le laisse moins à ses idées, que lorsqu'il fabriquait ses tentes dans l'atelier d’Aquilas. Aussi ne dit-il pas aux Philippiens : «Nous rendons foujours grâces à Dieu pour vous... nous rappelant sans cesse l’œuvre de votre foi, ete, » (4 Thess. 1 : 2, 3); mais : « Je rends grâces à mon Dieu foutes les fois que je me souviens de vous. » C'était bien souvent sans doute, mais non pas continuellement.

4500. (5-8.) Dès les premiers jours et sans discontinuer, les Philip-

LA PRIÈRE APOSTOLIQUE. 371 (Philippiens 1 : 9-11.)

piens avaient pris un vif intérêt à la prédication de l'Evangile. Ils ne ressemblaient donc pas à certaines Eglises, qui, mortes bien qu'ayant l'air de vivre, ne s'inquiètent pas des âmes qui périssent près d’elles et au loin. Aussi Paul n’avait-il aucun doute qu’ils n’appartinssent réellement au Seigneur. Le Saint-Esprit avait commencé une bonne œuvre en eux, et il était impossible qu’il ne l’achevât pas et qu’il ne les préparât pas pour le retour de Jésus-Christ, événement dont notre apôtre parle toujours comme étant près de chacun. En nourrissant cette conviction, il ne faisait d’ailleurs qu’obéir à la vive affection qu'il leur portait et que rien n’avait pu effacer, ni ses épreuves personnelles, ni ses travaux évangéliques. «Dieu m'est témoin, leur dit-il, que je vous chéris dans les entrailles de Jésus-Christ, » ce qui signifie, si je ne me trompe, que, se plaçant dans le cœur même de Jésus, il avait pour eux un amour tout semblable à celui de Christ pour ses rachetés. Quant aux prières que Paul lui adressait en faveur

de ses chers Philippiens, elles sont dignes de toute notre attention. 4501. (9-14.) Paul demandait à Dieu de les faire abonder de plus en plus dans l’amour, ce caractère par excellence des rachetés de Jésus; mais il voulait que ce fùt un sentiment éclairé, et non aveugle, comme l’est toute affection qui n’est que le simple développement de la sensibilité. S'il y a une connaissance qui enfle et à laquelle lApôtre oppose quelque part la charité (4 Cor. 8 : 1), il en est une aussi qui vient au secours de la charité, qui en seconde les progrès, et sans laquelle, le cœur parlant seul, on est comme un coureur agile qui ne sait où il va. Connaître toujours plus à fond l'amour du Seigneur envers nous et les obligations que cet amour nous impose, acquérir de la sorte le tact spirituel qui fait discerner, à chaque instant, ce qui convient et ce qui ne convient pas; voilà certainement ce qui ne se trouve pas également chez tous les chrétiens, et chez les nouveaux convertis moins que chez les autres. Ce que Paul demandait done pour les Philippiens, c’était une grâce de perfectionnement. Vous pouvez. vous en convaincre par les motifs qui lui dictaient sa prière. « Afin, dit-il, que vous sovez purs et sans achoppement pour le jour de Christ, étant remplis de fruits de justice qui sont par le moyen de Jésus-Christ à la louange et à la gloire de Dieu. » Paroles où nous retrouvons ces quatre grands principes de la morale évangélique : premièrement, que nous devons nous proposer en toutes choses la gloire de Dieu ; en second lieu, que c’est par les bonnes œuvres que nous le glorifions; en troisième lieu, que nous ne pouvons faire de bonnes œuvres

Page 1