CHRIST SEUL, NOTRE JUSTICE
(Philippiens 3 : 1-14; 2-7.
haut, lorsqu'il lui est donné de combattre longtemps ici-bas pour la gloire de son Sauveur. Ces pensées me paraissent sortir naturellement des paroles de l’Apôtre, et ce sont là des fruits du vrai dévouement, sans aucune teinte quelconque de fanatisme ou d’exaltation. Epaphrodite va donc partir, pour la joie commune des Philippiens et de Paul, celui-ci se réjouissant de ce qui réjouira ses frères; encore un beau trait de sa charité. Quand Epaphrodite s’éloignera de lui, l'Eglise entière qu’il représente s’éloignera pour ainsi dire; n’importe, un père est toujours heureux du bonheur de ses enfants.
4515. (8 : 1-14.) Nous avons ici une des pages les plus intéressantes et les plus profondes des épitres de Paul. Elle nous initie d’une façon particulière dans sa vie intime, tout en complétant les renseignements que nous avions déjà sur sa personne; mais il s’y trouve quelque chose de plus encore. On voit, de nos jours, certains hommes, qui, affectant de mettre la piété avant tout, attachent assez peu d'importance à la doctrine. C’est ce qu’on appelle le Zafitudinarisme. La plupart des latitudinaires le sont par incrédulité. Il est clair en effet que si l’on a l’esprit plein de doutes, on doit facilement penser que toutes les croyances sont bonnes, ou plutôt qu’il est assez indifférent de croire ou de ne croire pas. Mais je préfère m’en tenir à ceux qui arrivent là par le chemin d’une sorte de dévotion mystique, qu’on prend pour une très haute spiritualité. L'essentiel, pensent-ils, c’est d'aimer, c’est d’être humble, c’est de vivre en Dieu; et s’ils estiment encore la foi, c’est plus ou moins abstraction faite de son objet et de sa vertu justifiante. Ainsi la foi fervente du romaniste qui se confie en la vierge Marie, leur parait être, dans son essence, la même que la foi de celui qui regarde du cœur à Jésus-Christ pour être sauvé. Or, personne assurément ne fut plus spirituel que Paul. Qui jamais éleva plus haut l’amour, le renoncement, la vie intérieure, tout ce qui constitue la dévotion la plus intime? Nous en avons la preuve dans chacune de ses épitres. À linstant encore, il disait : « Pour moi, vivre, c’est Christ; » et ici même, par quelle exhortation renoue-t-il le fil de ses idées? « Au reste, mes frères, » et pour tout dire en un mot, « réjouissez-vous dans le Seigneur. Vous écrire les mêmes choses n’est point pénible pour moi, et c’est pour vous une sûreté. » Quelles que soient vos circonstances extérieures, réjouissez-vous; et pour sauvegarde contre le péché, réjouissez-vous encore; comme il est dit en Néhémie : «La joie de l'Eternel est votre force» (Néh. 8 : 40).
4516. (2-7.) Mais cette spiritualité si élevée de Paul l’empêche-
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t-elle d’exercer une jalouse vigilance sur les erreurs qui se glissaient dans les Eglises? Est-ce que les progrès des ans et ceux de la piété ont affaibli la répulsion que lui inspiraient les moindres déviations de la foi, lorsqu'il écrivait son épitre aux Galates? Est-il devenu plus tolérant, par exemple, à l’égard de l’erreur judaïsante ? Il s’en faut tellement, qu’il ne s’était jamais servi d’un langage aussi fort qu’en cet endroit. « Prenez garde aux chiens, » animaux hardis et sans pudeur; «prenez garde aux mauvais ouvriers ; » « prenez garde à l’incision,» employant, pour désigner la circoncision, un terme où perce un certain mépris. Non certes qu’il méprisât l’institution divine ; mais, auprès de la vraie circoncision, de celle «qui consiste dans le dépouillement du corps des péchés de la chair » (Goloss. 2 : 11), qu'était donc celle que les Juifs voulaient imposer aux rachetés de Jésus-Christ? « Cest nous, dit-il, qui sommes la circoncision, nous qui rendons en esprit not éniise à Dieu, et qui nous glorifions dans le Christ Jésus, et qui ne nous confions point en la chair. »
4517. Qui aurait pu cependant, mieux que l’Apôtre, mettre sa confiance dans l'extérieur, lui qui n’était pas un simple prosélyte du judaïsme, ni un fils de prosélyte, comme beaucoup peut-être de ceux qui faisaient tant les zélés; lui qui avait été circoncis dès son enfance en vrai fils d'Abraham; [ui qui, s’il n’appartenait pas à la tribu de Juda, descendait du fils cadet de Rachel, dont la tribu fut toujours fidèle aux successeurs de David; lui, dis-je, qui ne comptait parmi ses ancêtres que des Hébreux, qui s’était rattaché à la secte la plus rigide observatrice de la loi, qui avait montré son zèle jusqu’à persécuter ceux qui paraissaient la rejeter ; lui enfin dont la vie avait toujours été si régulière, la soumission aux formes si scrupuleuse, que nul ne pouvait s’estimer plus juste, quant à la justice légale ? Représentez-vous donc un homme, né de parents chrétiens, qui aurait été baptisé de bonne heure et entouré de beaucoup de prières; qui, instruit plus tard des vérités de la Bible, se serait joint à une des plus pures Eglises de la Réforme, qui s’en serait montré l’un des membres les plus zélés et dont la conduite aurait toujours été parfaitement honorable. Tel était Paul dans le judaïsme ; tels aussi les avantages qu’il envisageait autrefois comme son trésor, car il se croyait par là sur le chemin du ciel. Mais 1l avait compris enfin que, malgré leur excellence, ces prérogatives extérieures ne pouvaient le sauver, que même elles tendaient à sa perte, en le tenant éloigné du Christ par la confiance qu’il mettait en elles. Quoi donc! Est-ce que notre baptême, est-ce