ÉPITRE AUX HÉBREUX
CCCXXXV. — Introduction; divinité et humanité de Jésus-Christ; Jésus et Moïse comparés. — Sérieux avertissement. — La Parole vivante.
4533. Cette lettre, ou plutôt ce discours, ne portant de signature ni au commencement ni à la fin, il y a quelque incertitude sur son véritable auteur. Tous les docteurs dignes de quelque créance sont d'accord qu’il est d’un des apôtres ou de quelqu'un de leurs associés, tels que Luc, Barnabas ou Apollos , et par ces noms mêmes on le rattacherait au ministère de Paul. L'opinion commune lattribue à
INTRODUCTION. 391 (Hébreux 13 : 23, 24; 22.)
Paul en personne, mais cette opinion est fortement combattue, depuis assez longtemps. Je ne dirai pas les raisons qu’on allègue de part et d’autre. Mes lecteurs ne me les demandent sûrement pas : ils préfèrent que je leur explique lépitre. Je dois pourtant leur dire qu'après avoir examiné la question le mieux qu’il m’a été possible, je suis demeuré convaincu, avec bien d’autres, que nous avons encore ici un écrit de l’'Apôtre auquel le Saint-Esprit a donné une si grande place parmi les premiers prédicateurs de l'Evangile. Il était en Italie quand il le composa; son cher Timothée, après avoir été mis en prison, avait été relâché, et Paul l’attendait pour faire un nouveau voyage en Orient (43 : 23, 24), d’où il résulte que Paul lui-même avait alors, comme en écrivant aux Philippiens, quelque espoir de recouvrer sa liberté. D’autres pensent que ce fut à son retour d’Espagne, si toutefois il y alla jamais, et que la persécution de Néron vint l’envelopper avant qu’il pût faire le voyage dont il parle ici : ce sont des questions . sur lesquelle Pépitre ne nous fournit pas de renseignements.
4534. Si d’ailleurs Paul ne s’y nomme pas et s’il n’ajoute pas ses salutations ordinaires, c’est, quant au second point, comme dans l’épître aux Ephésiens, parce qu’il écrivait plutôt un traité qu’une lettre; quant à l’absence de son nom, elle peut s'expliquer par les relations dans lesquelles il avait toujours été avec ses frères hébreux. Bien que Paul fût demeuré Juif avec les Juifs et qu’il n’eût jamais cessé de leur porter un intérêt dont ses lettres font foi (Rom. 9 : 1-5 ; 40 : 1), il est sûr que sa vocation avait été auprès des Gentils, que sa prédication s’en était ressentie, que son ministère s’était exercé hors de l’influence juive; et comme il y avait parmi les chrétiens juifs, même les plus pieux, des frères qui judaïsaient à l’excès, on comprend que ceux-ci devaient nourrir de fâcheuses préventions contre Paul : nous en avons vu jadis quelques traces [4197]. De là viendrait que lPApôtre, non pour se cacher, mais pour heurter le moins possible, n’aurait pas mis son nom en tête de son écrit. Cela explique aussi la forme suppliante par laquelle 1] le termine (22). Mais quoique Paul n’eût pas de vocation spéciale auprès des Juifs, et que ce fût plutôt le lot de Pierre (Gal. 2 : 7,8), Dieu a voulu que Paul à la fin de sa carrière, écrivit pour les Hébreux, comme il avait voulu que Pierre prêchât l'Evangile dans la première assemblée de païens (Actes 40). Le Saint-Esprit rend ainsi témoignage à l’unité de l’œuvre, non moins qu'à l’unité de la doctrine.
4535. Qu'il y ait d’ailleurs des différences notables entre ce traité et les autres écrits de Paul, c’est ce qu’on ne saurait contester; mais
392 DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. LE GRAND RÉVÉLATEUR. (Hébreux 1 : 1.)
quelle différence n’y a-t-il pas entre l’épitre aux Romains et la première aux Thessaloniciens, entre les épîtres aux Corinthiens et les épitres à Timothée, même entre l’épître aux Ephésiens et celle aux Philippiens, deux lettres écrites en des circonstances fort semblables! Quelle différence aussi entre le discours de Paul à Antioche de Pisidie et son discours à l’Aréopage ; et si nous avions le récit de tous les témoignages qu'il a rendus au Seigneur, que de diversités encore n’aurions-nous pas! Le sujet de lépître aux Hébreux est d’une tout : autre nature que celui des épitres précédentes ; les personnes à qui Paul écrit, sont aussi d’une autre origine. Ainsi s’explique, par exemple, pourquoi cet écrit abonde beaucoup plus en citations de l'Ancien Testament. Mais sont-elles moins nombreuses dans le discours d’Antioche dont je parlais tout à l'heure, discours prononcé devant la Synagogue, comme celui-ci est adressé à des hommes sortis de cette même Synagogue ?
4536. Le sujet que discute lPApôtre, c’est la comparaison de la nouvelle alliance avec l’ancienne, sujet souvent touché par Jui dans ses lettres. Le fond de son discours peut se diviser en deux parts : l'une traitant de la personne du Christ, l’autre de sa sacrificature, ce qui est entremêlé et suivi d’exhortations diverses, notamment d’exhortations à la fidélité ou à la persévérance. Et comme cela se fait avec de continuelles références aux institutions de Moïse et aux paroles des prophètes , il n’est pas de livre du Nouveau Testament qui jette plus de jour sur les anciennes Ecritures , ni qui nous enseigne mieux la vraie manière de les interpréter. C’est, du reste, un des caractères aussi de lépître aux Romains et de celle aux Galates, sans parler des autres.
4837. (4 : 1.) Pour établir la supériorité de la nouvelle alliance ou de la nouvelle économie sur l’ancienne, du Nouveau Testament sur l'Ancien, l’Apôtre commence donc par traiter de la personne de Jésus- Christ. Dieu a parlé. Dès l’origine des siècles, il a parlé aux pères de la famille humaine, Adam et Noé, et plus particulièrement aux pères du peuple d'Israël ; non pas une fois, mais à diverses reprises; non d’une seule manière, mais par des visions, des songes, des missions d’anges, des apparitions de sa gloire; 1l a parlé sous forme d’ordres, de menaces, de promesses, de récits, de prophéties, remplissant de son Esprit les hommes dont il daigna faire ses organes auprès du monde. Mais tout ceci n’était qu’une préparation, et quand les derniers jours sont venus (Es. 2 : 1), les derniers dans les temps de la
DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST. 393 (Hébreux 1 : 2-4; 5-14.) révélation, « Dieu, dit l'Apôtre, nous a parlé par le Fils. » C’est lui qui a consommé la révélation de Dieu aux hommes.
4538. (2-4.) Celui-ci est lhéritier (Matth. 21 : 38 ; Rom. 8 : 17), le possesseur de toutes choses, et par conséquent notre Maître et Seigneur. Par lui ont été faits les siècles, c’est-à-dire tout ce qui, ayant eu un commencement, possède une existence dont la durée se compte en jours, mois et années (Coloss. 4 : 46). Il est la vivante image du Père, celui en qui Dieu a manifesté la gloire de son essence (Coloss. 4 : 15), en sorte que si quelqu'un l’a vu, ila vu le Père (Jean 44 : 9). C’est lui enfin qui soutient, dirige, gouverne toutes choses par sa parole puissante ou à sa pure volonté (Matth. 28 : 48; Philip. 8 : 21). Tel est le Fizs dans sa nature divine et antérieurement à l’envoi qui a été fait de sa personne pour compléter la révélation de Dieu. Mais cet accomplissement de la révélation de Dieu n’a pas eu lieu seulement en paroles. Le Fils a fait par lui-même la purification de nos péchés, car il s’est offert pour nous à la mort de la croix; après cela, il est rentré dans sa gloire, s’étant assis à la droite de la Majesté dans les lieux très hauts (Eph. 1 : 20). Si bien que, malgré son humiliation, et dans cette nature même qui fut humiliée, il est et demeure infiniment au-dessus des anges, le nom qui lui est donné par le Père étant bien plus excellent que le leur (Philip. 2 : 40).
4539. (5-14.) I est vrai que, dans l’Ancien Testament, le Fils-de Dieu est appelé l’Ange de l’Eternel, Ange de l'alliance ; mais il n’est aucun ange à qui Dieu ait jamais dit, comme au Psaume second : «Tu es mon Fils, toi, je t’ai engendré aujourd’hui; » ou, comme ailleurs, parlant de Salomon, type du Messie : «Je lui serai pour père et il me sera pour fils » (2 Sam. 7 : 14). Puis, au moyen de paroles extraites de divers psaumes messianiques , PApôtre montre toujours mieux la supériorité du Fils sur les anges. Les anges adorent le Fils, et tandis qu'entre ses mains ils sont semblables aux vents et aux flimmes de feu dont il fait ses ministres, le Fils est Dieu, un Dieu qui règne éternellement, un Dieu que Dieu a oint d’une huile d’allégresse au-dessus de tous ceux qui sont parfois appelés fils de Dieu, comme lui-même quelquefois reçoit le simple nom d’ange. Cest lui qui a fondé la terre et créé les cieux, et si les cieux et la terre doivent être transmués, lui au contraire, il est permanent à toujours. Enfin ce ne saurait être un simple ange, celui avec lequel Dieu partage sa gloire et sa puissance, celui auquel il promet une victoire éclatante sur quiconque ne croit pas en lui. Quoi de plus? il est le Roi,