ÉPITRE AUX GALATES
CCEXCI. — Données historiques. Sujet de l’Épitre.
3879. Les récits précédents nous ont fait connaître deux excursions de Paul dans la Galatie, l’une à l’époque de son second voyage missionnaire (Act. 16 : 6), l’autre avant son long séjour à Ephèse (418: 93). La seconde excursion en Galatie eut pour point de départ Antioche, où Paul se reposait des fatigues de sa dernière mission. C’est à Antioche qu’avait été soulevée, plusieurs années auparavant, la grande question de la liberté chrétienne, sujet de cette lettre-ci; d’Antioche qu'était partie la députation qui provoqua la conférence de Jérusalem (14 : 26; 15 : 2), et les fidèles d’Antioche, plus en rapport avec les gentils que ceux de Jérusalem [3739], furent constamment les plus chauds défenseurs des droits que les païens convertis avaient à la grâce de Jésus-Christ, sans être obligés de passer auparavant par le judaïsme. On comprend, d’après cela, qu’ils devaient être attentifs plus que personne aux tentatives qu’on pouvait faire contre cette liberté, et que les Eglises de Galatie ne purent être menacées sans qu'ils en fussent promptement informés. De à vint la résolution que prit Paul de commencer par elles son troisième voyage missionnaire. Or, ce fut, pense-t-on généralement, après les avoir visitées et durant son séjour à Ephèse, que PApôtre leur écrivit, soit parce qu’il apprit que le mal, un moment arrêté par sa présence, re-
DONNÉES HISTORIQUES. 95 (Galates Æ:18; 13,16, 4 :9; 2; 17.)
prenait un nouveau cours (4 : 18), soit parce que le Saint-Esprit a voulu qu’il nous restât quelque chose de cette importante discussion, On voit en effet, par plusieurs endroits de l’épître (notamment 4 : 43 et 46), qu’au moment où Paul traçait ces lignes il avait été deux fois en Galatie, la première fois pour y annoncer la bonne Nouvelle (13), la seconde fois pour ramener les Eglises dans le chemin de la vérité (16). On y voit aussi (4 : 9) qu’il ne fait que répéter ici par écrit ce qu'il avait dit de bouche peu auparavant, et par conséquent dans le voyage entrepris exprès pour traiter ce sujet avec eux.
3880. L’épitre aux Galates abonde en renseignements historiques. Elle nous apprend d’abord qu’il existait plusieurs Eglises dans la Galatie (4 : 2). D'où il suit que les prédications de Paul y avaient eu, par la grâce de Dieu, des succès d’autant plus remarquables, qu’on ne rencontrait pas, parmi ces descendants des barbares Gaulois [2568], beaucoup de Juifs et de synagogues par qui ils eussent pu être préparés à recevoir le Messie. De ce fait, je crois pouvoir conclure, en général, qu'il se forma, par le ministère des apôtres, beaucoup plus d’Eglises que celles qui sont spécialement nommées dans les Actes et dans les Epitres. Ce n’a point été la pensée du Saint-Esprit de nous donner une histoire complète de son œuvre et comme une statistique des Eglises primitives ; il a voulu seulement nous faire savoir ce que fut cette œuvre, ou comment elle se fit, afin qu’on la continuât de la même manière dans tous les siècles, autant que les circonstances le permettraient,
3881. Voici, en second lieu, un détail historique qui montre que, à même où le saint auteur du livre des Actes a été le plus cireonstancié, il n’est pas entré dans son plan de n’omettre aucun événement (17). Paul parle d’un voyage en Arabie dont Luc ne fait point mention [3721]. On en peut inférer que ce voyage fut très court. En tout cas, ce fut bien de Damas que, à son retour d’Arabie, Paul regagna Jérusalem pour la première fois depuis sa conversion. Celle-ci est le grand événement d’où il date tous les faits importants de sa vie, et le retour à Jérusalem eut lieu trois ans après. Le livre des Actes nous dit d’une manière générale que Barnabas le rapprocha des apôtres, et Paul lui-même nous apprend ici qu'il ne vit que Pierre et Jacques, le frère du Seigneur [3747]. Il ajoute qu’il ne passa que quinze jours à Jérusalem, lors de ce premier voyage, et Lue nous explique ce prompt départ en nous disant que sa vie y avait été en danger {Actes 9: 29). Paul, conduit par les frères à Césarée, partit de là pour Tarse,
(Galates 1 :21, 22; 2: 1.)
sa ville natale (Actes 9 : 30), et il nous raconte ici (21) que, depuis Jérusalem, il alla dans les régions de la Syrie et de la Cilicie, inconnu de visage aux fidèles de la portion du pays qu’il traversa (22). Tout ceci nous apprend indirectement que Paul se transporta de Césarée à Tarse, non par mer, mais par terre, et qu’ainsi il dut traverser Antioche, circonstance qui n’est pas sans intérêt, si elle n’est pas d’une grande importance. Ce fut en effet d’Antioche, qu’un peu plus tard, Barnabas alla chercher Paul à Tarse (Actes 11 : 95).
3882. Tout ceci est en parfait accord avec le livre des Actes, bien qu'avec des différences qui montrent que ni l’auteur des Actes n’a copié l’auteur de lépitre, ni l’auteur de l’épitre n’a copié le livre des Actes. Voici une autre donnée historique (2 : 1) moins facile à concilier avec ce qui est raconté par Luc. Jusqu'au moment où nous sommes parvenus, l’histoire de Paul mentionne quatre voyages à Jérusalem : trois ans après sa conversion, celui que nous venons de rappeler; puis, avec Barnabas, pour porter la collecte d’Antioche, environ deux ans après [3742]; ensuite un troisième voyage, postérieur de quatre ou cinq années, pour ce qu’on appelle le Concile [3777]; le quatrième enfin, quatre ans plus tard, à son retour de Corinthe [3868]. La question est de savoir auquel de ces quatre voyages Paul fait allusion dans son épitre. À première vue, il semble qu’il s’agisse plutôt du troisième, de ce voyage qu’il fit avec Barnabas, comme il est dit ici, et dont l’objet fut le même que celui de l’épiître, la question de la liberté chrétienne. Mais il est impossible de compter quatorze ans depuis la conversion de Paul jusqu’à ce voyage. Aussi les auteurs qui adoptent cette opinion font-ils remarquer que, au lieu de lire «quatorze ans après, » il n’est pas impossible de traduire : « il y a quatorze ans. » Pour compléter l’accommodement des faits, ils pensent que Paul écrivit aux Galates vers la fin de son ministère, savoir donc quatorze ans après son troisième voyage à Jérusalem. Mais dans son troisième voyage, Paul se rendit à Jérusalem chargé d’une mission de la part de l'Eglise d’Antioche; tandis que, dans celui qu’il mentionne ici, ce fut ensuite d’une révélation. C’est pourquoi, je me persuade plutôt que nous avons ici le voyage dont le livre des Actes ne fait que prendre note, sans même nommer Jérusalem (Actes 18 : 29), et qui tombe effectivement dans la quatorzième année depuis la conversion de Paul. L’épître, complétant les Actes, nous apprendrait ainsi que Paul, de retour à Antioche après sa longue demeure en Macédoine et en Achaïe, y retrouva Barnabas, revenu sans doute de-
TITE. 31 (Galates 2 : 1-3; 11-16. 4: 13.) puis longtemps de lile de Chypre (Actes 15 : 39), et que, cette fois encore, il l’eut pour compagnon de voyage à Jérusalem.
3883. (2 : 1-3.) Avec eux se trouvait aussi dans ce moment un Jeune Grec, nommé Tite, dont le livre des Actes ne fait aucune mention. Nous ne savons d’où il était originaire, ni quand il fut converti, mi à quelle époque il devint un des compagnons d’œuvre de Paul. Plus tard, il reçut de l’Apôtre une mission qui atteste la grande confiance qu’il lui inspirait. Tite était un autre Timothée, avec cette différence que, var sa mère comme par son père, il était païien de naissance. Paul nous apprend qu'il ne voulut point le faire circoncire, par la raison même que certains Juifs l’exigeaient impérieusement.
3884. Quelques lignes plus bas (11-16), il rapporte un débat qui eut lieu entre Pierre et lui, débat dont le livre des Actes ne parle aucunement. Il est difficile, mais peu nécessaire, d’en déterminer la date. Peut-être était-ce un fait récent lorsque Paul écrivait sa lettre, car il n’y avait pas si longtemps qu’il était encore à Antioche.
3885. Parmi les données historiques que renferme l’épître aux Galates, il en est peu qui offrent plus d'intérêt que celle à laquelle nous arrivons (4 : 43). Nous avons vu dans le livre des Actes (16 : 6), que Paul et Silas, ayant traversé la Phrygie et la Galatie, auraient voulu pousser plus loin, mais qu'ils en furent empêchés par le Saint-Esprit; ici, nous apprenons qu'ils ne se seraient peut-être pas même arrêtés un jour en Galatie, si Paul n’y avait été retenu par une grave indisposition ; car c’est ainsi qu’on doit traduire ce texte : « Vous savez qu’à cause d’une imfirmité de la chair je vous annonçai ci-devant la bonne Nouvelle. » Or, au témoignage de l’Apôtre lui-même, cette infirmité était à la fois pénible et repoussante. Il l’appelle une tentation en sa chair, comme pour dire, ou que la douleur aurait pu facilement le pousser au murmure, ou bien que l’aspect de sa maladie aurait pu éloigner de lui ceux auxquels Dieu lenvoyait prêcher l'Evangile. Quelques-uns pensent que cette maladie avait son siége dans l’organe de la vue. Ils s'expliquent ainsi ce qui est dit deux lignes ensuite (15), et ils y voient la raison pour laquelle Paul, voulant écrire aux Galates de sa propre main, n'avait pu le faire qu’en grosses lettres (6 : 11), ce qui est la vraie traduction, Quoi qu’il en soit, c’était donc avec un corps malade que notre Paul travaillait, si actif, à l’avancement du règne de Dieu; c’est accablé de doulcureuses infirmités qu’il avait quitté la Galatie pour passer à Troas et de là en Macédoine; c’est sur une chair souffrante qu’avaient frappé les verges