ÉPITRE DE JUDE
COCXUI. L'antinomianisme; | RTE
4630. L'auteur de cette épitre, Jude ou Judas, se distingue de celui chez qui Paul se rendit à Damas (Actes 9 : 11) et de Judas surnommé Barsabas (Actes 45 : 4. 39), en se désignant comme le frère de Jac- CURPE pat où il faut entendre l’auteur de L'épltee le énérable ancien frère ï Seigneur (Matth. 43: 8 : res 6: 3), et nous | dev ons. voir . lui l’apôtre désigné aussi dans les Evangiles sous les noms de Lebhée et de Thaddée, bien que quelques- uns sojent d’une autre opinion [2951]. La dernière fois qu'il a été fait mention de lui, c’est quand nous l'avons vu adresser au Seigneur cette question : « Comment se fait-il que tu te feras connaître à nous et non pas au monde? ?» (Jean 44 : 29.) Oni ignore d’ailleurs ce qu'il devint depuis la Pentecôte ou plutôt depuis qu’il eut quitté Jérusalem ayec tous les autres, plusieurs années après cet événement.
4631. On ignore également À à quelle époque et à qui Judas. écrivit sa lettre. Cependant, en conclut du verset 47 qu’elle fut composée assez tard ; très probablement après la mort de Paul et de Pierre, par mnt après celle de Jacques frère de Jean (Actes 12), et de plusieurs autres sans doute, dont la mort ne nous.est racontée. nulle part avec certitude. Quant à ceux qui devaient la lire les premiers, ils sont, comme dans la seconde épitre de Pierre, désignés en termes généraux (1); mais ces termes rappellent les pois fondamentales de la foi. Pour Jude, non moins que pour ses frères dans l’apostolat, tout vient en première ligne d’un appel de Dieu ; ; Puis, çe qui Caractérise ceux quiont reçu cet appel d’une manière ‘efficace, c'est qu'ils sont sanctifiés, sanctifiés en Dieu le Père, c’est-à-dire par un. effet de leur communion avec lui; enfin, ceux que le Père appelle et sanctifie, œuvre spéciale du de Esprit, Jésus-Christ les conserve, les garde, car il ne saurait avoir souffert en vain, C’est sur eux. que sont IRYOQUÉES toutes les grâces de Dieu, miséricorde, paix et amour, pour qu’elles se multiplient dans leurs âmes (2).
4632. Si l’on compare cette épitre avec la seconde de. Pierre, on ne saurait douter que Jude ne l’eùt sous les yeux; car sans la citer expressément et sans la copier, à: bien dire, il en reproduit plusieurs
ARROMNENE. ii (Füde 3; F1.) ot
idées le SaineÉeprit aVänt voulu, dé la dorté, les mettré en plus grand relief. On a vu quelque chose dé semblable pour le prophète Michée, rélativémént à Esaie. Mais si nous continuons le parallèle, nous renarquerons que, dans l'épitre de Pierre, ce qui est dit dés faux docteurs est une prophétie; tandis que, ah cellé de Jüdé, 1! s’agit, hélas! d’un fait accompli. Püis, tandis que, chez l’un, il n’est question que des docteurs; éhéz Patti, on voit déjà lé mal ne sant l'Eglise mêmé. Enfin, tañdis que Pierre introduit ce sujet occasiénnellemént, Judas en fait fé fond principal de son exhortatiôn. Il écrit à ses frères « touchant le salut qu'ils possédaient en commun, les Suppliant de combattre pour là foi qui a été transmise une fois aux saints» (3). La foi est la propriété des Saints: une propriété déterminée qui leur a été transmise par les the inspirés de Dieu ; uné propriété continuellement menacée, et qui ne se conserve pas sans efforts et sans beaücoup de luttés.
4633. (4-19.) La foi des saints est attaquée par le péché non moins que par l’erreur. Au momént 6ù l’apôtre écrivait, de fausses doctrinés, sémées par des hommes dépourvus de sainteté, avaient déjà gagné du terrain dans l’Eglisé; en sorte qu'il importait de prémunir les disciples contre la contagion de l’hérésie et du vice. Ceux qui se laissent séduire par les faussés doctrines les propagent ordinairement avec plus de zèle que les inventeurs (Matth. 23 : 15). Tandis, que les docteurs spéculent ét écrivent, leurs adhérents parlent et Ps or chacun sait combien ést puissante sur la multitude la parole des ignorants et quel est l'entrainement de l'exemple. Le premier crime que l’apôtre reproche à ces impies, c’est de changer la grâce de Dieu en impudicité ét dé renier l'autorité souveraine de Jésus-Christ, Dieu et Seigneur. Bien qué l’antinomianigme (car c’est bien de cela qu'il. s’agit, comme dans l’épitre de Pierre), bien, dis-je, que l’antinomianismé ne recèle pas toujours une telle mmoralté il ne laisse pas d’être uné doctrine impie. Sous prétexte d’exalter la grâce, les promoteurs dé cette hérésie abolissent la ee malgré ce qu’en ont dit et Jésus-Christ et ses apôtres (Matth. 5 : 17; Rom. 8.: 31). À force de glorifiér Christ uniquement comme ne ils le privent de ses droits dé seigneurie, et c’est ainsi qu'ils mettent Christ au service du péché (Gal. 2 : 47). Puis, en se prétendant suffisamment conduits par le Saint-Esprit pour n'avoir plus besoin des préceptes de la Parole, ils ouvrent une large voie à l’accomplissement des, désirs de la chair. De tels hommes, dit l’apôtre, sont inscrits dès longtemps pour Île
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(Sude 419.) jugement, et ils peuvent lire leur sentence dans le sort que Dieu a fait. aux impies de tous les siècles.
4634. Voyez effectivement ce que devinrent dans le désert ceux qui, délivrés du joug égyptien, se révoltèrent contre l'Eternel; voyez l’état des anges déchus; voyez la terrible destruction de Sodomeet de Gomorrhe! Les premiers périssent, et pas un d’eux n’entre au pays de Canaan; les autres, Gevenus des anges de ténèbres, sont des, pri-. sonniers qui attendent dans les chaînes l’exécution de leur arrêt de mort, et le territoire occupé jadis par les villes de la plaine du Jourdain, semble brûler encore, offrant une redoutable image du feu préparé aux anges de Satan et aux hommes sans piété. Ceux-ci, livrés à leur propre sens, prenant leurs rêves pour des réalités, souillent leur chair de toutes manières et se soulèvent contre l’autorité établie de Dieu, soit dans lEtat, soit dans l'Eglise. C’est sur ce dernier point que le Saint-Esprit insiste particulièrement, en citant un fait qui ne nous est pas révélé ailleurs et qui demeure enveloppé d’ane grande obscurité. Aucune des explications qu’on a données de ce passage ne me satisfait entièrèment ; je préfère done m’en tenir à l'instruction dont l’Esprit de Dieu l’accompagne. Mais je dois commencer par en faire sentir la nécessité.
4635. On ne saurait douter que, par la grâce qui leur a été faite, les rachetés de Jésus-Christ ne soient réellement plus rois que tous les rois de la terre; il est incontestable, en même temps, que, dans l'Eglise, ils sont tous également revêtus des fonctions sacerdotales (1 Pierre 2 : 9). On ne saurait douter non plus qu’un jour ne doive venir où les saints régneront avec leur Sauveur et où ils exerceront avec lui le jugement, même sur les anges qui ne conservèrent pas leur origine (Dan. 7 : 18, 27; 1 Cor. 6 : 3). Conclure de là que les disciples de Jésus-Christ ne doivent aucune obéissance à l’autorité civile, parce qu'il à plu au Père de leur donner le royaume (Luc 12 : 32), et qu'ils n’ont à reconnaître aucun conducteur dans l'Eglise, parce qu'ils sont tous conduits par l Esprit de Dieu (Rom. 8: 14), c’est ce que ne fera jamais celui dont la foi est réelle, vivante et éclairée. S'il croit aux promesses, il croit aussi aux commandements, et les commande- \ ments, à ces deux égards, sont précis (Rom. 43 : 1-6; Héb. 13 : 17). Mais supposez la foi morte de lPantinomien, alors la révolte contre tout établissement humain dans l'Etat (4 Pierre 2 : 43) et. contre toute administration régulière dans l'Eglise (Rom. 12 : 8; 1 Thess. 5 : 49 ; 4 Tim. 9 : 17) devient très possible, l’antinomien ne considérant
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(Jude 4-19.)
pas que se soulever contre l’autorité établie de Dieu, c’est se soulever contre l’autorité de Dieu lui-même. Or, cette supposition s’est réalisée, en certains temps, d’une manière effrayante. De nos jours même, outre l’impiété qui règne dans le monde christianisé et qui se traduit par tant d’insubordination et d’anarchie, on a, dans le sein de l’Eglise, le spectacle de certains désordres qui proviennent toujours de quelque conception antinomienne et d’un abus de la liberté (1 Pierre 2 : 16).
4636. Mais malheur à ceux qui poussent l’antinomianisme jusqu’à ses conséquences! Oui, malheur à eux, parce qu’ils marchent dans le chemin de Caïn, qui offrait un culte à PEternel et qui fut meurtrier; de Balaam, qui prophétisait au nom de l'Eternel et qui faisait de l’argent son Dieu ; de Coré et de ses complices, qui, sous prétexte que tous les membres de Passemblée étaient consacrés, se révoltèrent contre Moïse et Aaron. Au temps de l’apôtre, des hommes de ce caractère se rencontraient avec l’Eglise dans ses agapes; mais ils y étaient d’horribles taches, et c’est par des imäges pleines de force et de vérité que le Saint-Esprit caractérise de nouveau, et leur indignité et la fin qui leur est réservée (2 Pierre 2 : 17-22), Comme des nuées que le vent chasse dans une chaude journée d’été et qui passent sans répandre la pluie bienfaisante qu’attendait le cultivateur; comme un arbre qui annonce au printemps des fruits superbes que la pourriture détruit avant la maturité, ou plutôt comme un arbre mort dans ses racines; comme des vagues impétueuses qui, blanches à la surface, sont pleines du limon qu’elles ont soulevé et dont l'éclat n’est que de l’'écume; enfin, comme ces étoiles filantes, qui brillent un instant et disparaissent : tels sont les hommes qui, invoquant le nom de Christ, ne se retirent pas de l’iniquité (2 Tim. 2 : 19). |
4637. Ils ressemblent donc, en définitive, aux impies d'avant le déluge, sur lesquels le pieux Enoch prononça la parole foudroyante qui se lit ici. Conservée par la tradition des Juifs, le Saint-Esprit, en la citant, atteste l'authenticité de cette parole, qui nous est une preuve des avertissements que Dieu fit adresser aux impies de ce temps-là [186]. Nous y voyons de plus que s’il n’a pas renvoyé de déluge sur la terre, ce n’est pas que le monde ait été moins méchant depuis Noé, puisque lapôtre applique aux impies de son époque ce qu'Enoch avait dit de ses contemporains [217]. Puis, les ayant encore caractérisés par quelques traits pleins de vérité, il rappelle que les apôtres, ses collègues, avaient aussi prophétisé sur ces mo-
(Jude 20, 21; 22, 23.) queurs qui marcheraient selon leurs désirs (4 Tim. 4 : 4; 2 Pierre 3 : 3); gens entièrement charnels, dit Jude après Paul; gens qui n'ont que l'âme et non l'Esprit [3960]; gens qui finissent toujours par se séparer de l'Eglise, lorsque celle-ci est vraiment ce qu’elle doit être (19). Ce genre de séparation n’a aucun rapport avec celle que Paul dut provoquer à Ephèse (Actes 19 : 9).
4638. (20, 21). Reposons-nous de ce triste tableau en méditant les admirables exhortations par lesquelles Judas termine son épître. Il Pa commencée en suppliant les saints de combattre pour la foi, et maintenant il les invite à s’édifier eux-mêmes sur leur très sainte foi. La foi de l’antinomien n’est pas sainte, mais oui bien la foi vraie ; car elle a pour auteur le Saint-Esprit, elle nous unit intimement au Saint d’Israël, elle nous met en possession des saintes promesses de Dieu, et par cela même elle nous sanctifie. Il ne suffit pas à cet effet que nous nous sentions toujours prêts à combattre pour la vérité; il faut que la vérité, solidement établie dans nos cœurs, y devienne le fondement sur lequel s'élève tout édifice de notre salut : justification et sanctification. Après quoi, nous prierons par l'Esprit-Saint ; c’est-à-dire que nous présenterons à Dieu des prières qui ne seront pas le fruit d’un pénible travail de mémoire ou d’une savante méditation, mais celui d’une impulsion réelle de l'Esprit. Ces deux devoirs, joints à l’attente du Seigneur Jésus-Christ, nous sont présentés comme le moyen de nous conserver dans l’amour de Dieu, qu’on entende par là notre amour pour lui, ou son amour pour nous. Voilà certainement le chrétien complet et réel. Vivre en regardant à « Celui qui vient, » s’affermir dans la foi, fonder sur elle toute son activité, prier par le Saint-Esprit dont on est devenu le temple, et demeurer ainsi dans l’amour de Dieu : tel est, dis-je, le chrétien, à le considérer isolément.
4639. (22, 93.) Mais il vit au milieu des hommes, et son plus vif désir est d’en sauver le plus grand nombre possible. Dans ce but, il emploie tous les moyens à sa portée et sollicite, sur tous les tons, les pécheurs à se convertir, Usant de ce tact que donne la charité, s’il parle aux uns avec compassion et tendresse, il fait pour d’autres, s’il le faut, gronder les tonnerres de la loi, afin de ravir hors du feu ceux qui s’y jettent par la plus inconcevable insouciance. Quant à luimême, il a horreur de l’atmosphère de péché dans laquelle il est obligé de vivre; mais si ses yeux et ses oreilles se trouvent en contact perpétuel avec des souillures de toute espèce, son cœur les repousse résolûment. Non par une sainteté qui lui soit propre, ni par ses forces
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naturelles, ni même par l’efficace de sa piété. Hélas ! de quels péchés ne se souillera-t-il pas s’il est un instant abandonné à lui-même! C’est ce que l’apôtre rappelle dans sa belle doxologie. Dieu est le seul sage; Dieu est notre Sauveur (ou notre Sauveur est Dieu) ; c’est par lui seul que nous pouvons être gardés ; à lui seul enfin qu’appartient la gloire de ce qu’il peut y avoir de bon au dedans de nous ! (24, 95.)