LA PAROLE DE LA CROIX
(X Corinthiens 1 : 18-21.)
leur propriété qu’ils vous ont baptisés? Et parce que l’homme dont lé Seigneur s’est servi dans le but de vous amener à lui, est mieux doué que tel autre, en appartenez-vous d'autant plus à Jésus-Christ? Or, comme Paul « tournait tout ce discours» sur lui-même, il en est conduit à bénir Dieu de ce qu’il n’avait du moins pas à craindre de voir se former une coterie qui püt dire : Et nous, nous sommes les baptisés de Paul! car il n’avait baptisé personne à Corinthe, sinon Crispus, ancien chef de la synagogue (Actes 18 : 8), Caïus {son hôte, comme nous le verrons ailleurs), et la maison de Stéphanas, les premiers convertis de PAchaïe (1 Cor. 46 : 17). Du reste, il attachait si peu d'importance à l'acte du baptême, comparativement à la prédication de la Bonne Nouvelle, qu’il ne se rappelait pas s’il avait baptisé quelqu'un d'autre. À défaut de cela, ce n’était pas son éloquence ou sa philosophie qui aurait pu lui faire une secte d’admirateurs ; car il avait annoncé la Bonne Nouvelle, sans y mêler quoi que ce soit qui sentit l’homme, de peur d’affaiblir le grand mystère de la croix et d’en rendre la prédication infructueuse.
3955. (18-21.) Un racheté de Jésus né saurait prononcer ce mot solennel, «la croix de Christ,» sans que tout son cœur se porte de ce côté. Aussi voyons-nous PApôtre s’interrompre, pour s’arrêter quelques moments sur cet important sujet. Ce n’est pas, à bien dire, une digression, puisqu'il s'agissait de ramener les Corinthiens à plus d’humilité et de charité. La parole de la croix, dit Paul ; la prédication qui, du haut de ce bois infâme et béni, nous est faite, et sur notre profonde misère, et sur l’amour imcompréhensible de Dieu; cette parole de la croix, parole de malédiction contre le péché et parole de grâce en faveur des élus, semble une folie incroyable, non pas à tout le monde, mais à ceux qui se perdent : car, pour ceux qui se sauvent, c’est la puissance de Dieu. Qui le savait mieux que Paul? Par la croix, il était passé de la mort à la vie. D’orgueilleux, devenu humble, et de persécuteur, persécuté, il avait trouvé la paix et la sainteté au pied de la croix de Jésus. Il avait aussi compris, par expérience, la prophétie que le Saint-Esprit met ici sous sa plume (Es. 29 : 14). Luimême fut une fois un de ces sages et de ces intelligents, un de ces scribes et de ces disputeurs du siècle, dont Dieu avait brisé la vaine sagesse par la parole de la croix ; car, par elle, Dieu rend folle la sagesse de ce monde; c’est-à-dire que la sagesse de homme, toute sa philosophie n’est qu’aberration d'esprit, en comparaison de ce que le monde appelle folie dans l'Evangile et qui est la vraie sagesse. Bien
LA PAROLE DE LA CROIX. 11 (EH Corinthiens HE: 9292-95; 26-31.)
plus, c’est par un effet de la sagesse adorable de Dieu que les sages du monde, même un Socrate, n’ayant pas connu Dieu par leur sagesse, il a voulu sauver les croyants au moyen de la prédication de la croix, toute folle et absurde qu’elle parait à la vaine raison de homme.
3956. (22-95.) Folie pour tout le monde, la parole de la croix Pétait surtout pour les Grecs. Le Seigneur du ciel et de la terre, mort dans le plus infâme supplice ! Quant aux Juifs, ce qu’ils voulaient alors, comme du passé et sans que cela püt les convertir, c’étaient des miracles [3178, 3183]. Mais nous, dit Paul, sans nous mquiéter des exigences, ni des uns, ni des autres, nous prêchons Jésus-Christ crucifié, le laissant être pour les uns une folie, pour les autres un scandale où une occasion de chute (Luc 2 : 34), mais sachant que, pour ceux qui sont appelés d’une vocation intérieure et efficace par le Saint-Esprit, il est la puissance et la sagesse de Dieu, le moyen par lequel Dieu triomphe des résistances du monde et s’empare des âmes qu'il a élues.
3957. (26-31.) Pour preuve, voyez, dit-il aux Corinthiens , voyez quel a été parmi vous l’effet de l’appel divin. Bien des personnes avaient été converties; entre elles, quelques sages, quelques puissants, quelques nobles, mais ce n’était pas, il s’en fallait, le plus grand nombre. Au contraire, des gens que le monde appelait fous, des petits et des faibles, de ces hommes qui ne comptent pas et qu’on dédaigne ; voilà de quoi se composait essentiellement l'Eglise, voilà par qui cependant Dieu agissait avec puissance, voilà ceux qui allaient exercer une influence irrésistible sur les peuples. Et d’où vient que Dieu choisit les choses faibles pour confondre les fortes, et non pas les fortes pour confondre les faibles? C’est afin que les forts et les sages soient convaincus d’impuissance dans les choses de Dieu, et qu'aucune char n’ait à se glorifier devant lui. Le grand péché de l’homme, c’est d’avoir voulu s'élever [82]: la grande sagesse de Dieu est de nous abaisser, et de nous abaisser si bien, que, lorsqu'il lui plaira de nous relever, il n’y ait, dans ce relèvement même, rien qui puisse nous enorgueillir. C’est pour cela qu’il ne permet pas que nous trouvions ailleurs qu’en la croix de Jésus-Christ, sagesse, justice, sanctification et rachat. Ilest vrai que, si nous croyons, toutes ces grâces nous sont acquises; mais remarquez d’abord que si nous croyons ou, comme le dit l’Apôtre, si nous sommes en Christ, c’est par lui et par sa grâce; remarquez ensuite que si Jésus-Christ est notre sagesse, notre justice, notre sanc-