EXHORTATIONS PATERNELLES
(E Corinthiens Æ: 6-13; 14-21.)
dénigrer ceux de qui l’on se détache, et il arrive, la plupart du temps, que ces derniers ont infiniment plus de droits à notre confiance et à notre affection. Tel était le cas à Corinthe. Des partis n’avaient pu s’y former, sans qu’on eût d’abord tâché d’affaiblir dans les cœurs l'autorité qu’y exerçaient justement Paul et ses collègues. Il rappelle donc à quel titre ils avaient parlé de Jésus-Christ et des mystères de Dieu. Il se rend témoignage d’avoir été fidèle dans la décharge de son mandat; tout ce qu’on peut demander d’un administrateur. Il fait sentir d’ailleurs combien sa position le mettait au-dessus des jugements humains. En paix dans sa conscience, ce n’était pourtant pas là-dessus qu’il comptait pour être justifié devant Dieu; toujours est-il que Dieu seul devait être son juge. C’est lui qui fera venir au grand jour ce qui est caché dans les cœurs; lui qui distribuera, sans erreur, la louange ou le blâme, grande raison pour ne juger personne avant le temps.
3966. (6-13.) Si d’ailleurs l’Apôtre a tout le long parlé d’Apollos et de lui, c’est par ménagement, Il n’a pas voulu afficher les noms des coupables, anciens de l’Eglise probablement; puis il a eu intention de montrer que, füt-il question de Paul et d’Apollos, encore y aurait-il eu du péché dans leurs débats et dans la passion qu'ils mettaient à se distinguer, en élevant aux nues quelques-uns de leurs docteurs aux dépens des autres. Il est vrai que tous ne reçoivent pas la même mesure de grâces; mais encore, qui établit cette différence ? Et si tout vient de Dieu, pourquoi se glorifier comme si on s'était fait soi-même ce qu’on est? Afin que les Corinthiens sentissent mieux l'indignité de leur conduite, Paul oppose leur vaine gloire à sa propre situation. Dans ce langage doucement ironique qu’un père se permet avec ses enfants : « Vous, leur dit-il, vous êtes riches et rassasiés; vous régnez, vous êtes forts et prudents; tout est honneur pour vous, et nous...» Relisez ce morceau plein d’une éloquence divine. Non-seulement vous y verrez la misérable vie que menaient les apôtres du Seigneur, et les sublimes sentiments dont les revêtait
PEsprit de Dieu, en regard de leurs persécuteurs; mais encore vous comprendrez tout ce qu'il y avait d’odieux dans la conduite de disciples qui passaient leur temps à se disputer la prééminence, tandis que leurs maîtres et leurs pères en la foi se voyaient traités comme les balayures du monde.
3967. (14-21.) Oui, c’est en sa qualité de père que Paul parle aux
Corinthiens; non pour les couvrir de honte, mais pour leur témoi-
DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE. L’INCESTUEUX. 83 (HE Corinthiens % : 1-5.)
gner son amour. C’est aussi par cette raison qu'il les exhorte à suivre son exemple dans les souffrances et dans les humiliations. Afin de se rappeler à leur souvenir, il avait prié Timothée de les aller voir, Timothée déjà connu d’eux et l'enfant bien-aimé de Paul (4 Tim. À : 2). C'était probablement depuis le départ de ce jeune disciple pour la Macédoine que la députation et la lettre des Corinthiens étaient arri- vées à Ephèse; mais auparavant déjà l’Apôtre avait pensé à eux. Bien plus, il songeait lui-même très sérieusement à leur faire bientôt une visite [3875], pour ramener dans le devoir ceux qui, profitant de son éloignement, s’arrogeaient une autorité qui ne leur appartenait pas, et pour juger si les hommes qui prenaient le ton si haut en son absence tenaient réellement leur pouvoir de Celui à qui appartient le royaume de Dieu. Mais si je vais, dit PApôtre, sera-ce avec la verge d’un père qui se voit dans la douloureuse nécessité de corriger ses enfants, ou sera-ce avec amour et dans un esprit de douceur? Il ne répond pas à cette question; la suite ne montre que trop ce qu’il craignait d’être obligé de faire.
CCXCVII. — L'incestueux; discipline; les procès; ce qui est permis n'est pas toujours convenable; l'impureté, le célibat, le mariage, l'esclavage; les veuves; les viandes sacrifiées aux idoles; le salaire dû aux prédicateurs de l'Évangile.
3968. (5 : 1-5.) Un horrible désordre régnait dans une des familles de l'Eglise de Corinthe. Au vu et au su de tous, un homme avait pris pour femme sa belle-mère. Les Corinthiens s’étaient bien gardés d’en parler dans leur lettre, mais l'Apôtre en avait été informé par le bruit public, car ce crime était universellement connu : il avait scandalisé les idolâtres mêmes. « Et vous vous êtes enflés, dit PApôtre. Vos cœurs peuvent se livrer à l’orgueil, tandis que vous devriez être tous dans le deuil, jetner et prier, jusqu’à ce que celui qui à fait cette œuvre de ténèbres füt ôté du milieu de vous!» Voilà donc le premier devoir de la discipline. Il faut que l'Eglise s’humilie profondément, lorsque quelqu’un de ses membres s’écarte avec scandale du droit chemin. Mais dans le cas actuel, il ne s’agissait pas de s’en tenir là. Avec une solennité d'expression qui ne saurait échapper à personne, l’Apôtre, bien qu’absent de corps, mais présent d’esprit, pro- nonce au nom du Seigneur Jésus, les Corinthiens et son esprit étant assemblés, et la puissance du Seigneur étant avec eux, que cet homme
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(E Corinthiens 5 : 6-8; 9-13.) soit livré au Satan pour la ruine de la chair, afin que l’esprit puisse être sauvé dans le jour du Seigneur Jésus. Il est clair, d’après ces paroles mêmes, que Paul agit ici en vertu des pouvoirs extraordinaires qui lui avaient été conférés avec l’apostolat ; car personne aujourd’hui ne pourrait juger à distance, ni livrer qui que ce soit au Satan, n’importe le sens qu’on donne à cette formule. Il n’est pas moins clair ni moins remarquable que, malgré les pouvoirs extraordinaires dont il était investi, l’Apôtre ne pense pas pouvoir prendre cette décision disciplinaire sans le concours de l’Eglise (vous et mon esprit étant assemblés, dit-il) ; seulement, le cas était si grave, le crime si manifeste, l'urgence tellement grande, qu’il ne doute pas de l’assentiment de ses frères. On ne saurait disconvenir, d’autre part, qu’il n’y ait une très grande obscurité dans la sentence elle-même. J’ai dit ailleurs comment on cherche à l’expliquer [3921].
3969. (6-8.) Quelle que soit au reste la nature de la discipline ecclésiastique, répétons avec l’Apôtre que les fautes d’un seul invitent l'Eglise entière à s’humilier. Il y a une certaine solidarité entre tous les fidèles; la honte de l’individu devient celle de tous et le péché étend aisément ses rayages; c’est comme une pâte dont la masse entière se pénètre du levain qu’on y a déposé (Gal. 5 : 9). Il faut donc qu’une Eglise fasse son possible pour que, purifiée du vieux levain, elle soit une nouvelle pâte, chaque fidèle étant un des pains sans levain de la pâque dont Jésus-Christ est l'agneau. Les Corinthiens assurément ne faisaient pas la Pâque des Juifs; ils avaient toutefois, ainsi que nous, une grande fête à célébrer sans cesse, en vertu de la délivrance que Jésus nous a procurée par son sang. Mais pour que nos cœurs ressentent la Joie de cette fête, il faut qu’au lieu de la malice et de la méchanceté qu’ils recèlent, ils soient remplis de sincérité et. de vérité par le Saint-Esprit. Ainsi, maintenir la pureté du corps de
JEglise, et à cet effet, se maintenir chacun dans la pureté, telle est |
la condition requise pour être en fête continuelle devant le Seigneur.
3970. (9-13.) Ce double devoir se lit en traits fort nets dans les paroles que PApôtre ajoute immédiatement, Il avait, paraît-il, écrit aux Corinthiens une précédente lettre qui ne nous a pas été conservée, par la raison sans doute qu’elle ne traitait que d’un seul point, lequel se trouve exposé plus amplement dans celle-ci. Paul leur avait enjoint de ne pas se rencontrer avec des hommes de mœurs déréglées; par quoi il avait entendu, non pas les hommes légers et dépravés dont le monde est plein, car il faudrait pour cela sortir du monde ; mais ceux
LES PROCÈS. 85 (£ Corinthiens 6 : 1-9.)
qui, se nommant frères, vivaient dans la dissolution, ou dans l’avarice, ou dans une habitude quelconque de péché notoire. Bien qu’ils se nommassent frères, ou plutôt à cause de cela, il était interdit de s’associer avec eux, de vivre dans leur intimité, d'accepter des invitations chez eux, comme de les inviter chez soi. Membres gangrenés de l’Eglise, il importait de leur faire sentir qu’on les tenait pour tels, et c’est en les évitant, en les signalant de la sorte (2 Thess. 3 : 14), après les avoir toutefois avertis et repris (Gal. 6 : 1), que le méchant devait être Ôté de l’assemblée. Sous la loi, d’où cette parole est extraite (Deut. 47 : 7), on faisait mourir les profanateurs et les pécheurs incorrigibles : sous la grâce, on s’éloigne d’eux comme d’un cadavre; c’est ainsi qu'ils sont Ôtés ou retranchés. Que tous s’entendent pour les tenir à distance, et ils finiront bien par se retirer d'eux-mêmes; voilà comment le Seigneur purifiera son Eglise, par la pureté même de ceux qui sont purs.
3971. (6 : 1-9.) Un autre grief de l’Apôtre contre les frères de Corinthe, c’est qu'ils se faisaient des procès les uns aux autres et qu’ils n'avaient pas honte d’en soumettre la décision aux tribunaux ordinaires. Dans une ville de commerce, où se traitent une foule d’intérêts, 1l est fort difficile qu’il n’y ait, de temps en temps, quelque différend même entre des frères ; mais ces différends doivent se terminer à l’amiable , car l’esprit processif est incompatible avec l'Esprit de Christ. Lors donc que vous avez quelque affaire litigieuse à régler, faites-vous juger par les saints [3727] et non par les injustes ou autrement par les gens du monde! Ce qui serait encore préférable, c’est qu’il n’y eût jamais rien de pareil entre vous. Les considérations que lApôtre invoque à l’appui de sa double exhortation, sont fort remarquables. Cest, pour le premier point, que les saints, réunis au Seigneur avant le Jugement universel, jugeront avec le le monde des
3 impies et même Satan et ses anges. Or, comment les saints peuvent-ils
typa
consentir à se faire juger par des hommes dont ils seront un jour les
juges ? Comment ne voient-ils pas de plus que, prendre pour arbitres
les moindres d’entre eux, serait une voie plus digne et plus sûre tout à la fois, que de se présenter devant des gens qui ne sont pas animés de l’Esprit de Dieu? Quant au second point, mieux vaut mille fois supporter linjustice et subir quelque perte que de se disputer avec un frère (Matth. 5 : 40). Il y a toujours dans les procès un esprit d’avarice, qui, aveuglant même les meilleurs, non-seulement leur fait attacher trop d'importance à leurs intérêts matériels, mais encore les 1V 4