LE DEVOIR DES PRÉDICATEURS
(X Corinthiens 9 : 16-22.)
assurément de ses serviteurs que des bœufs. Le laboureur aussi sème pour récolter, et ceux qui, dans l’intérêt des âmes, sèment les choses spirituelles, peuvent bien aspirer à moissonner de leurs disciples les choses charnelles. L’Apôtre est tellement explicite et abondant sur ce point, que plusieurs penseront peut-être qu’il l’est trop. Je ne m’étonnerais pas, en conséquence, si l’on trouvait quelque peu mondaine sa manière de traiter cette question d’argent. Mais il y a une vraie et une fausse spiritualité. Persuadé que l’apôtre Paul possédait la spiritualité véritable, convaincu d’ailleurs qu’il parlait par l'Esprit de Dieu, je conclus qu’il y a souvent plus de piété réelle à savoir envisager avec calme ces questions, qui ne sont délicates que par suite de l’avarice de nos cœurs. Il y a là-dessus un commandement formel du Seiïgneur (Luc 10 : 7); et peut-il jamais être mauvais d’insister sur le devoir de faire ce que Dieu commande? Au surplus, personne n’était mieux placé que Paul pour agiter ce sujet, puisqu'il n'avait jamais rien reçu des Corinthiens ; ce qui ne veut pas dire que celui qui touche un salaire soit tenu de garder un silence absolu sur cette portion de la Parole de Dieu. Remarquons enfin qu’en renonçant à ses droits, Paul montrait admirablement par son propre exemple que « tout ce qui est permis n’est pas avantageux, » ainsi qu'il l’avait dit plus haut (6 : 12).
CCXCVIIL. — Le devoir; la vigilance; la condescendance; les femmes dans l'Église; la Cène; l'Église; la foi, l'espérance et l'amour: le don de prophétie.
3983. (16-22.) L’Apôtre venait de tracer un mot qu’il semble vouloir retirer. Plutôt mourir, avait-il dit, que de voir anéantir « la gloire » qui m'a été faite de prêcher l'Evangile en renonçant à toute rétribution. Mais afin de n’être pas mal compris, il reprend ce mot de gloire, bien que fort légitime à cette place, et il déclare que s’il annonce la bonne Nouvelle, ce n’est pas une chose dont il puisse tirer vanité. La foi qu’il cherchait maintenant à répandre, après l’avoir persécutée, il ne se l'était pas donnée à lui-même, non plus que sa mission ; et il aurait voulu cesser de parler aux âmes, que cela lui eût été impossible, poussé qu’il était par l’Esprit du Seigneur. Comme son cœur marchait d'accord avec la volonté de Dieu, il n'avait pas à se plaindre du lot qui lui était échu; car l’obéissance porte avec elle son salaire. Dans tous les cas, il était tenu de remplir sa charge, en
LE GOŒUR AU DEVOIR. LA COURONNE. 93 (EF Corinthiens 9 : 23-27.)
dépit même de ses répugnances, s’il en avait eu. Telle est, mes chers lecteurs, notre vraie position à tous. Le devoir est toujours le devoir. En ne le remplissant pas de bon cœur, nous ne saurions être agréables à Dieu ; toutefois, de bon cœur ou malgré nous, il faut nous en acquitter : « la nécessité nous en est imposée, et malheur à nous si nous la méconnaissons. » Quant à Paul, c'était bien de toute son âme qu’il s’adonnait à son ministère; car il n’y cherchait d’autre récompense que le bien même dont il devenait l'instrument. Aussi, de quelle abnégation de soi-même n’avait-il pas été rendu capable? Toutes les fois qu’il l’avait pu sans violer quelque principe, sans enfreindre quelque commandement, il s’était accommodé aux Juifs, zélés observateurs de la loi; aux païens, hommes étrangers à la loi de Dieu; aux faibles, aux ignorants; s’efforçant d’être avec eux tout ce qu’il fallait pour les amener au salut. Toujours vrai, mais toujours plein d’amour et de condescendance, Paul accomplissait ainsi la loi du Christ, loi sous laquelle il vivait, et ce sont là des qualités que vous chercherez vainement chez les prédicateurs de l'Evangile qui ne sont pas du cœur à leur œuvre.
3984. (23-27.) Ce que vous ne trouverez pas mieux en eux, c’est la constante application à leur propre âme de la parole qu’ils prêchent aux autres. Paul savait qu’un ministre de l’Evangile n’est pas sauvé par sa prédication, mais par sa foi aux doctrines qu’il prêche; il eavait que le fidèle, semblable aux athlètes dans les jeux antiques, ne remporte pas la victoire sans une attention persévérante sur luimême et sans de vigoureux efforts ; et il comprenait que la couronne incorruptible suspendue à la croix de Jésus-Christ, est mille fois plus digne de notre ambition que la vaine couronne de laurier que remportaient les vainqueurs dans la course ou la lutte. Lui donc, courant, mais non à l'aventure; frappant du poing, comme les lutteurs, et, comme eux, non pour battre Pair; lui, dis-je, bien qu’assuré de ce qu’il faisait et du terme vers lequel il tendait, ne laissait pas de veiller et de prier, d'éviter les occasions de chute, de se modérer et de se posséder en toutes choses; ce qu’il compare encore au lutteur et au coureur qui s’endurcissaient le corps et se l’assujettissaient par Ja tempérance. Et Paul se conduisait ainsi, afin qu'après avoir prêché aux autres, 1l ne füt pas lui-même comme une monnaie de mauvais aloi, qui, après avoir servi à plusieurs dans la circulation, finit par trouver quelqu'un qui la rejette et la brise. Est-ce que Paul pouvait réellement craindre un pareil sort? Non; mais il savait que ne rien