LES PROPHÈTES
(X Corinthiens 14: 1-19; 20-33; 34, 35.)
Puisque le Saint-Esprit, parlant par la bouche de Paul, donne ici des directions sur la manière de prophétiser, ceux qui pensent avoir le don de prophétie ne peuvent se flatter que ce soit réellement par l’Esprit qu’ils parlent, s’ils ne s’astreignent pas à ces directions. Plus généralement encore, la Parole dictée par l'Esprit est tellement la loi suprême, que nul ne saurait avoir reçu de l’Esprit la mission d’enseigner autrement que l'Esprit ne le fait lui-même dans les Ecritures. Nous devons donc détourner résolûment nos oreilles d’un homme qui, se prétendant poussé par l'Esprit, s’écarterait des enseignements positifs de la Parole de Dieu. |
4001. (1-19.) La prédication fidèle de cette Parole est une grâce excellente, puisque c’est par elle que l’Eglise.est édifiée, exhortée, consolée ; mais c’est à la condition première que celui qui parle s’exprime de manière à être compris. Quelle que soit donc l'impulsion divine qui est en lui, il faut qu’il se serve de son intelligence pour donner à ses sentiments une forme accessible. Ce travail de lintelligence ne se fait pas sans le Saint-Esprit, bien loin qu’il exclue son action, puisque le Saint-Esprit lui-même le recommande; à quoi j’ajoute que, puisqu'il le recommande, il le dirigera.
4002. (20-33.) Après cela, s’il y a dans une assemblée plusieurs frères doués du don de la prophétie, il faut que chacun puisse lexercer pour l’édification, car c’est ainsi que la présence de Dieu se manifestera dans l’assemblée. Ce n’est pas à dire qu’on doive se disputer la parole, ni que tous ceux qui sont en état d’édifier leurs frères se croient obligés de parler sans cesse. Les uns après les autres, et deux ou trois seulement, le reste de l’assemblée devant juger de ce qu’elle entend, car l’Esprit de Dieu est aussi avec elle. Si quelqu'un prétendait être poussé, malgré lui, par l'Esprit, à prendre hors de propos la parole, il se tromperait certainement; vu que le Saint-Esprit lui-même déclare que les esprits des prophètes se soumettent aux prophètes, et que Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix.
4003. (34, 35.) Il ne saurait y avoir contradiction entre ce que nous lisons à cet endroit et ce qui est dit ailleurs (41 : 5). Là il est question de femmes qui «prophétisaient, » et nous ne retrouvons pas iei le même mot. Il est vrai que s’il leur est défendu «de parler » dans les assemblées, cela semble leur interdire aussi de prophétiser. Mais c’est qu'il faut faire une différence entre la prédication ordinaire de la Parole et le don surnaturel de prophétie. Une femme avait-elle reçu ce dernier don, elle pouvait l'exercer, sans contredit, moyennant qu’elle
LA RÉSURRECTION. 103 (HE Corinthiens 14: 26-40. 15 : 1-57; 1-11.)
eût la tête voilée (44 : 5); quant à se lever dans une assemblée mixte pour y prononcer des paroles de simple exhortation, c’est ce qui n’était pas permis aux femmes (4 Tim. 2 : 41). IL résulte de là que, de nos jours où les dons extraordinaires du Saint-Esprit ont cessé, la parole est entièrement interdite aux femmes dans les assemblées de culte public. Si d’ailleurs l'Apôtre semble n’avoir en vue que les femmes mariées, sa défense e’applique bien plus encore à celles qui ne le sont pas. . 4004. (36-40.) Au terme de son enseignement sur l’exercice des dons spirituels, l'Apôtre coupe court à toutes les objections. Est-ce de l’Église de Corinthe que la Parole de Dieu est sortie? Est-ce que les membres de cette Eglise prétendraient au monopole de la vérité? Ah! s’il y a parmi eux de vrais prophètes, ils seront les premiers à reconnaître dans les instructions de Paul des commandements du Seigneur, et ils donneront exemple de la soumission. Quant à ceux qui prétexteront leur ignorance, lApôtre renonce à l’espoir de les éclairer et de les convaincre. Voici, quoi qu’il en soit, ce qui demeure vrai : prophétiser vaut mieux que parler des langues, et toutes
choses doivent se faire avec décence et avec ordre.
CCXCIX. — La résurrection des fidèles; projets de l'Apôtre:; exhortations; salutations.
4005. (45 : 4-57.) Jusqu'ici, Paul n’avait pas encore touché à la plus grande plaie de l’Eglise de Corinthe. Le sadducéisme s’y insinuait subtilement. Cette circonstance explique bien des choses, notamment le crime de lincestueux et les profanations de la Cène ; mais on n’aurait guère attendu cela d’une Eglise fondée si récemment et d’ailleurs si admirablement enrichie des dons extraordinaires du Saint- Esprit. Il en était pourtant ainsi; et, par la bonté de Celui qui tire le bien du mal, nous devons à cette circonstance un admirable discours sur la résurrection des morts, ou sur le relèvement final qui doit s’effectuer par la puissance de Jésus-Christ.
4006. (1-41.) L'écrivain sacré commence par rappeler les deux grands faits qui constituent la Bonne Nouvelle ou l'Evangile, et desquels le salut des âmes résulte avec certitude; je veux dire la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Sur le premier de ces faits, tous étaient d'accord : il avait eu pour témoin le peuple entier de Jérusalem ; amis et ennemis l’acceptaient. Quant au second, il était attesté par un nombre considérable d’hommes pieux, sincères, désintéres-
104 LA RÉSURPRECTION.
(E Corinthiens 15 : 12-19.)
sés, qui avaient vu plus d’une fois le Seigneur Jésus après sa mort. Paul lui-même était une preuve vivante de cet événement fondamental; car il serait demeuré l’indigne persécuteur de l’assemblée de Dieu, si le Seigneur, plein de grâce, ne lui était apparu sur le chemin de Damas; mais pour lui apparaître de la sorte, il fallait qu’il ne fût plus parmi les morts. L’apostolat de Paul attestait donc sans réplique la résurrection de Jésus-Christ. C’est ce que proclamait également la prédication de tous les apôtres, et cela de deux manières : premièrement, en ce qu’ils parlaient de choses qu’ils avaient vues et entendues ; secondement, en ce qu’ils n’eussent jamais prêché Jésus- Christ, s’il ne les eût lui-même envoyés, éclairés, fortifiés, bénis; ce qui suppose toujours sa résurrection.
4007. (12-19.) De ce que Jésus-Christ est ressuscité, PApôtre conclut, avec raison, qu’il n’est donc pas impossible que des morts ressuscitent. Puis, prenant la supposition contraire, pour en prouver l’absurdité, 1l dit : « Admettons que Jésus-Christ ne se soit pas réveillé d’entre les morts, notre prédication tout entière est un non-sens et votre foi un néant; nous sommes de faux témoins et nous avons fait mentir Dieu; vous-mêmes, vous êtes encore dans vos péchés; ceux qui se sont endormis en Jésus sont perdus; et nous, qui ne mettons ici-bas d'espérance que dans le Christ, nous sommes, de tous les êtres, les plus misérables. » Cette manière de raisonner est un appel plein de force à la conscience, au sens intime et à l'expérience. Voyez plutôt : Un homme suivait une carrière que tout permettait d’envisager comme sainte, paisible et heureuse ; il était universellement honoré et le plus riant avenir s’ouvrait devant lui. Tout à coup, cet homme se reconnaît pécheur, grandement pécheur devant Dieu, et il croit en Jésus-Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Dès ce moment, toutes ses espérances terrestres lui sont enlevées : ceux qui lPhonoraient le méprisent, ceux qui l’aimaient le haïssent, ceux qui l’employaient le persécutent ; il n’a plus d’espoir qu’en Jésus et en ceux qui, misérables selon le monde comme lui, comme lui n’espèrent qu’en Jésus. Cet homme va partout, rendant témoignage à la résurrection de celui qu’il appelle le Seigneur, et qu’il déclare avoir vu et entendu lui-même. À sa voix, de nombreux pécheurs se convertissent, croient, se réjouissent et vivent d’une vie nouvelle. Luï, de son côté, fait des progrès manifestes dans l’humilité, la patience, la charité, à mesure qu'il prêche avec plus de foi la résurrection de son Sauveur. Enfin, il meurt victime de sa persévérance à publier ce fait ; il meurt
LA RÉSURRECTION. 405 (EL Corinthiens 15 : 20-28; 29-34.)
de la main des méchants; il meurt en priant pour ses bourreaux; il meurt en remettant son âme entre les mains de Jésus-Christ, dans une parfaite paix ! Que cet homme soit Saul de Tarse, ou Etienne, l’un des sept de Jérusalem, ou un de ces nombreux pécheurs qui, dans la suite des siècles, ont cru en Jésus-Christ, selon leur parole et à leur exemple, n'est-il pas vrai qu’une telle vie et une telle mort sont inexplicables si Jésus-Christ n’est pas ressuscité?
4008. (20-28.) Christ s’est donc réveillé d’entre lés morts. Paul le proclame maintenant comme une vérité positive. Il s’est réveillé pour être les prémices de ceux qui dorment, semblable aux premiers fruits qu’on cueille à un arbre et qui attestent à La fois que cet arbre donnera des fruits désormais, et qu’il donnera les fruits mêmes qu’on vient d’y cueillir. C’est par le moyen d’un homme, ajoute-t-il, que la mort est venue ; eh bien! c’est aussi par le moyen d’un homme que vient le relèvement des morts. En Adam, tous les pécheurs moururent; en Christ, de même, tous les croyants seront rendus à la vie. Dans ce relèvement des morts, c’est lui naturellement qui marche en tête ; puis, quand il reparaîtra, ceux qui lui appartiennent se relèveront à leur tour. Alors viendra la fin, savoir quand le Christ, victorieux de tous ses ennemis, même de la mort, remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père. Le règne du Médiateur (1 Tim. 2 : 5) ne durera donc que jusqu’au moment où il aura mené à son dernier terme l’œuvre de la rédemption des élus de Dieu, époque où Dieu sera toutes choses en tous, d’une manière qui nous est, pour le présent, inexplicable. Ainsi, la résurrection de Jésus est une conséquence même dè l’œuvre qu’il est venu accomplir pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu, œuvre qui consiste dans la réparation du péché d’Adam et de ses suites, comme dans la destruction de toute puissance qui s’élève contre Dieu. Mais cela même suppose la résurrection des fidèles et leur participation à la gloire du Seigneur.
4009. (29-34.) À cette preuve dogmatique, l’Apôtre en ajoute une d’un autre ordre. Loin que les persécutions, même les plus violentes, amenassent le déclin de l'Eglise, il se trouvait toujours des gens qui, longtemps indécis, comme Joseph d’Arimathée et Nicodème, n’hésitaient plus à demander le baptême, pour remplacer en quelque sorte ceux qui attestaient par leur martyre la sincérité de leur foi; ils étaient baptisés pour les morts, ou à la place des morts. Paul lui-même et ses collègues passaient leur vie de périls en périls, et, comme on dit, vivre ainsi, Ce n’était pas vivre. Lui, en particulier, et tout dernière-