LA COLLECTE
(RE Corinthiens 8. 9.) ù
pour se repentir? je vous répondrai : Considérez sérieusement vos péchés, et portez-ies au pied de la croix de Jésus ; car c’est lui qui donne la repentance ; c’est en lui seul que se trouve la conversion à salut (Actes 5 : 31; 14 : 18).
4052. (8, 9.) Ces deux chapitres traitent d’un seul et même sujet : la collecte qui se faisait à Corinthe, comme dans les autres Eglises d'Europe, pour les pauvres de la Judée. Bien qu’il n’y eût dans l’Eglise de Corinthe, non plus que dans les autres, ni beaucoup de riches, ni beaucoup de puissants (1 Cor. 4 : 26), la pauvreté n’y était pas aussi extrème qu’à Jérusalem. On a expliqué de diverses manières cette profonde pénurie. On l’attribue en partie à la sainte imprudence de ceux qui, dans la ferveur du premier zèle, se dépouillèrent volontairement de leurs propriétés [3651]; mais, à cette époque déjà, cette admirable générosité fut commandée sans doute par le dénûment absolu d’un grand nombre de frères, et il reste toujours à expliquer d’où provenait ce dénüment. Or, Fhistoire du temps présent est souvent la lumière des temps passés. De nos jours même, lorsqu'un Israélite embrasse l'Evangile, il est rejeté de sa famille, privé de ses biens, et aucun de ses anciens coreligionnaires ne l’emploie ni ne lui tend le moindre secours, ce qui le plonge dans la plus entière indigence. Voilà probablement ce qui s'était passé à Jérusalem dès le premier instant ; la persécution générale s'étant jointe à ces persécutions individuelles, la détresse avait dû allier croissant. Aussi, voyez avec quelles instances Paul supplie les Corinthiens de s’élargir en faveur de leurs frères de la Judée, à l'exemple des fidèles de Macédoine, qui, dans leur pauvreté, avaient donné au delà même de ce qu'ils pouvaient. Cétait pour cela qu’il leur avait envoyé Tite, avec deux autres frères. Ceux-ci étaient apôtres des Eglises d'Asie, c’est-à-dire leurs députés. Je pense que ce pouvaient être Tychique et Trophime ; Tychique dont il a été déjà fait mention (Tite 3 : 12) et Trophime que nous retrouverons plus tard avec Tychique, parmi les compagnons de voyage de Paul.
4053. Bien que tout ceci se rattache à une circonstance très particulière, nous ne laissons pas d’y trouver pour nous-mêmes des instructions de première importance. Nous v avons d’abord la preuve que, malgré le secret qui doit généralement envelopper nos aumônes, le Seigneur n’entend point interdire les coilectes publiques [28701. Fuis, l'exemple de ce qui se fit alors, invite les Eglises fidèles à se tendre secours mutuellement. Mais surtout, nous voyons 1ei de quelle
L’AUMÔNE. 199 (HX Corinthiens 8. 9)
manière doit s'exercer la bienfaisance et par quels motifs. Il faut donner de son plein gré; non pas le moins possible, mais en quelque sorte au delà du possible. Il faut donner par amour pour ceux qu’on assiste. Quand on a résolu de donner, il faut se sentir lié en sa conscience, ne pas revenir en arrière, se mettre en mesure d'accomplir la résolution qu’on a prise et le faire avec joie. Voilà quant à la manière. En tête des motifs, se trouve la haute considération de l’exemple de Jésus-Christ, qui, étant riche, a vécu pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis. Il a été pauvre : ayons pitié de ses frères pauvres (Jean 20 : 17); il nous a enrichis de mille grâces de Dieu : montrons-lui notre reconnaissance en faisant part de nos biens temporels à ceux qui sont les membres de son corps. Un second motif, c’est l’égalité qui doit régner entre les Eglises, égalité qui n’est pas un nivellement, ni la destruction de toute différence dans les positions respectives ; mais, d’un côté, il faut que celles qui peuvent donner le fassent, pour que la charge ne retombe pas tout entière sur quelques-unes seulement ; il faut, d’un autre côté, que celles qui sont riches des biens de ce monde, les communiquent aux Eglises pauvres, en échange du bien spirituel que celles-ci leur font par leurs prières et souvent par l'exemple d'une plus grande piété. Un troisième motif pour donner et pour donner libéralement, c’est que Dieu ne manque jamais de récompenser les actes de bienfaisance qui partent d’un cœur croyant, et qu'il proportionne la rémunération à la libéralité. Sur quoi, il faut rappeler « qu’on est agréé selon ce qu’on a, et non selon ce qu’on n’a pas.» C'est-à-dire que la libéralité se mesure, moins par la quotité de la somme qu’on verse dans une collecte, que par ce qu'on garde pour soi; en sorte que celui qui ayant peu donne peu, donne davantage que celui qui donne beaucoup et auquel il reste encore infiniment plus qu’il ne donne. Quatrième motif : Rien n’ouvre le cœur à la grâce de Dieu, comme de savoir ouvrir sa bourse largement. Si nous abondons en œuvres de bienfaisance, Dieu nous fera abonder en toute bonne œuvre, et il accroîtra, dit PApôtre, les produits de notre justice. Un cinquième motif, c’est qu’en donnant aux saints, nonseulement on pourvoit à leurs besoins, mais encore on leur fournit le sujet de louer le Seigneur ; c’est-à-dire qu’on affermit leur foi et leur confiance en lui. Enfin, sixième et septième motifs : Ceux à qui nous donnons, auront pour nous un amour toujours plus vif et ils multiplieront les prières qu’ils font en notre faveur, — Mais l’'Apôtre ne saurait terminer cet admirable traité sur la bienfaisance sans élever IV ”
1430 APOLOGIE DE PAUL, (EX Corinthiens 40 : 1-6; 7-18.)
son cœur à celui par la bienfaisance duquel nous subsistons et nous sommes sauvés : « Grâces à Dieu, dit-il, pour son don ineffable! »
4054. (10 : 1-6.) Les détracteurs de Paul (et il y en avait à Corinthe autant que de chefs de parti) prenaient avantage contre lui de ce qu’il avait un extérieur peu imposant, de ce qu’il ne parlait pas le grec comme l'aurait fait un citoyen d’Athènes, enfin et surtout de ce que, tout de feu dans ses lettres, sa parole semblait mollir lorsqu'il se trouvait en présence de ses adversaires. C’est à quoi l’Apôtre fait allusion , exhortant les Corinthiens , par la douceur et la clémence du Christ, à ne pas le mettre dans la douloureuse nécessité de déployer toute sa force quand il arriverait au milieu d’eux. Car, faible en la chair ou extérieurement, il ne faisait pas la guerre selon la chair, et le Saint-Esprit mettrait à sa disposition des armes capables de renverser les forteresses dans lesquelles l’orgueil humain se retranche contre Dieu, capables aussi de réduire les âmes à l’obéissance de Jésus-Christ, capables enfin de punir toute rébellion ; mais son désir était que l’Eglise rentrât pleinement dans le bon ordre, afin que, s’il fallait châtier, le châtiment ne tombât que sur quelques-uns.
4055. (7-18.) Il est vrai que si l’on ne regardait qu’à l’extérieur, Paul n’était pas en état de rivaliser avec bien d’autres. Toutefois, il appartenait à Jésus-Christ, autant si ce n’est plus que ses détracteurs. Il avait reçu du Seigneur une autorité incontestable, non pour détruire (ce que faisaient les opposants), mais pour édifier. Après quoi, bien qu’il füt loin de vouloir s’arroger une puissance universelle sur l'Eglise, puissance qui n’appartient qu’à Gelui qui mesure à chacun sa place et sa tâche, il n’était pas douteux qu’étant devenu, par la volonté d’en haut, le père spirituel des Corinthiens (4 Cor. 4 : 45), il n’eût à leur obéissance des titres particuliers. Il espérait même que, leur foi s’accroissant, non-seulement ils ne lui fermeraient pas l’entrée de leurs cœurs, mais encore qu'ils l’aideraient à porter plus loin son activité. Au moment donc où, de Macédoine, il écrivait cette lettre, il se proposait, une fois à Corinthe, d’en sortir pour prêcher ailleurs l'Evangile : c’est ce qu’il fit réellement , comme nous le verrons bientôt dans son épiître aux Romains. Mais, si l'Apôtre insistait sur l’autorité qui lui était dévolue et s’il parlait des vastes projets qu’il entretenait, ce n’était pas par esprit de vaine gloire. Il répète à ce propos ce qu’il avait dit dans sa première lettre (4 Cor. 4 : 31), et il ajoute : « Car ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, mais celui que le Seigneur recommande, »