NL AE APOLOGIE DE PAUL
(EX Corinihiens HA: 21-23, 12: 1-10.)
En voyant tant de Corinthiens se laisser entrainer par eux, Paul ne. pouvait se garder d’une certaine honte, car cela semblait indiquer que sa prédication n'avait laissé que de faibles traces dans leurs cœurs. Hélas ! c’est l’histoire de bien des ministres de Jésus-Christ, qui se voient souvent préférer des docteurs sans consistance, et cela par des personnes de la conversion desquelles ils furent les instruments ! |
4058. (21-33; 42 : 1-10.) Mais encore, s’il fallait opposer vanterie à vanterie, Paul aurait eu de quoi écraser ses adversaires; lui, vrai fils d'Abraham par sa naissance, et non prosélyte d’entre les nations; lui, serviteur de Jésus-Christ plus qu'aucun autre; lui, au terme bientôt de la carrière apostolique la plus laborieuse, la plus fatigante, la plus exposée, la plus dévouée, la plus angoissée, depuis Le jour où il dut fuir de Damas jusqu’au moment où il écrivait (Actes 9 : 25) [37241]; lui surtout, qui avait été favorisé de visions et de révélations telles que nul de ses collègues n’en avait eu probablement de pareilles à cette époque! Mais non, il aime mieux se glorifier dans ses infirmités. Dieu ayant pourvu de la sorte à ce que l'excellence des grâces qu’il avait reçues ne le remplit pas d’orgueil, il regarde cela comme la plus grande des grâces qui lui avaient été faites. Au reste, il ne voulait pas que l'opinion qu’on se formait à son égard, reposât sur autre chose finalement que sur ce qu’on voyait en lui et sur ce qu’on entendait de lui; c’est-à-dire sur sa vie et sur sa prédication, plutôt que sur les communications mystérieuses qu'il avait eues avec le Seigneur! Ah! certes, ceci n’est pas d’un fanatique !
4059. Vous remarquerez dans le tableau que Paul fait des souffrances de son apostolat, plusieurs traits qui rappellent-certaines circonstances mentionnées au livre des Actes; ainsi, lorsqu'il parle de ses blessures, de ses prisons, de sa lapidation [3795, 3796, 3772]. Mais vous y verrez aussi des allusions à des événements dont le récit ne nous est fait nulle part, nouvelle preuve que le Saint-Esprit n’a point entendu nous offrir, dans le livre des Actes, une histoire complète de la vie de Paul. Vous remarquerez surtout, j'en suis sûr, ce qu'il dit des soucis qui l’assaillaient chaque jour au sujet des Eglises qu’il avait fondées, et sans doute aussi des autres. Il est permis de se demander si, peut-être, il ne poussait pas trop loin la sollicitude; sil -n’oubliait pas Celui à qui appartiennent les Eglises, qui les garde, qui les soutient et qui les relève, après se les être acquises par son sang? Encore serait-ce un effet de son zèle pour le Seigneur et de son amour
APOLOGIE DE PAUL. 133 EX Corinthiens 41: 21-23. 42 : 1-10.)
pour les âmes. Mais voyez, par ce qu’il ajoute, ce que signifiait dans sa bouche le mot de « souci. » Il n’y avait pas chez lui manque de confiance dans le Seigneur, ni la prétention d’être en quelque sorte une providence pour les Eglises : non, c’étaient les misères et les chutes des frères qui pesaient sur son âme, comme si elles eussent été ses propres misères et ses propres chutes. Ainsi entendues, les paroles de Paul ne respirent plus que cette sainte charité dont il nous a déjà donné tant de preuves.
4060. À côté de sa charité, admirez, je vous prie, son humilité. Voyez avec quel embarras et quelle réserve il parle des magnifiques révélations dont il avait joui! Voyez comme il se désigne sans se nommer; combien peu il tient à raconter les merveilles dont il avait été témoin ! Admirez la juste appréciation qu’il sait faire des choses! Selon lui, avancer dans la piété vaut mieux qu'être ravi en extase, même jusqu’au ciel de Dieu; et les progrès dans la sainteté ne sauraient être achetés trop chèrement, füt-on même souffleté par un ange de Satan. Quant à cet ange de Satan et à l’écharde en la chair dont parle l’Apôtre et qui lui avaient été en salutaire humiliation, on ne sait au juste ce qu’il faut entendre par là. Peut-être sont-ce les mêmes infirmités physiques dont il est fait mention dans l’épitre aux Galates (4 : 13); peut-être quelque chose encore tenant à la vie intérieure, aux combats spirituels de Paul et qui demeurait un secret entre Dieu et lui. Quoi qu’il en soit, ce lui fut une occasion de prières instantes, prières auxquelles le Seigneur fit une réponse qui est pleine de clarté, si l’occasion en est obscure : « Ma grâce te suffit; car ma puissance se consomme dans l’infirmité.» En effet, Paul avait éprouvé que «lorsqu'il était faible, alors il était puissant. »
4061. Beaucoup de serviteurs de Dieu ont fait la même expérience. Le Seigneur sait que, par un effet de l’orgueil si fortement enraciné dans nos cœurs, nous ne pouvons devenir les objets de ses grâces, sans que nous soyons tentés de nous élever; en sorte que s’il n’y pourvoyait de quelque manière, on verrait ceux qui lui tiennent de plus près donner les plus grands scandales. Aussi est-il rare qu’il ne les humilie de manière ou d’autre. Au dehors ou au dedans, une écharde en la chair, un ange de Satan, des souffrances propres à leur rappeler leurs anciens péchés, à leur faire sentir leur néant, à attirer vers le ciel leurs mains suppliantes, à les maintenir dans une vigilance continuelle. Alors, renonçant à s’appuyer sur les grâces reçues, ils cherchent leur force dans les secours et dans les actes journaliers