APOLOGIE DE PAUL
(LE Corinthiens 12: 11-15; 16-21.) de la grâce du Seigneur. C’est ainsi que leur faiblesse même les garantit, parce qu’alors, comme le dit l'Apôtre : « La puissance du Christ dresse sa tente sur eux. »
4062. (11-15.) L’Apôtre reconnaît donc qu’à un certain point de vue, il a tort de se glorifier, ou seulement de s’en donner Pair. Mais il l’a fallu, et pourquoi? Parce que les Corinthiens, plusieurs si ce n’est tous, avaient méconnu ce qu’il était et ce qu’ils lui devaient. Sur le premier point, il rappelle encore le rang éminent qu’il occupait parmi les envoyés de Jésus, la persévérance avec laquelle 1! n’avait cessé de lui rendre témoignage et les miracles dont sa prédication avait été accompagnée. Sur le second point, y avait-il une seule Eglise qui fût plus favorisée des grâces de Dieu, et cela par un effet même du ministère que Paul y avait exercé? Il est vrai qu’il leur avait fait Pinjure de n’accepter de leurs mains aucun subside, ayant préféré le rôle d’un père qui amasse pour ses enfants; il est vrai qu'il était prêt à dépenser beaucoup et à se dépenser lui-même en faveur de leurs âmes, tant il les chérissait; mais était-ce une raison pour l’aimer moins? Je ne m'arrête pas à faire remarquer de nouveau l’exquise délicatesse des sentiments de l’Apôtre et la tendresse de ses expressions; mais comme on apprend bien par son exemple ce qu'est la charité de Christ dans l’âme de ses vrais serviteurs!
4063. (16-21.) Combien il dut lui être pénible, après cela, de devoir prévenir l’imputation calomnieuse de duplicité que ses adversaires étaient gens à porter contre lui, comme s’il n'avait eu que les apparences du désintéressement. Il ne laisse pas de l’aborder de front et de la réfuter, en invoquant le témoignage des faits et celui de sa conscience. Ce qui d’ailleurs semblait devoir le mettre à l’abri de tels soupçons, C'était le ton même de ses lettres et la résolution qu’il manifestait de ne ménager personne : ce n’est pas ainsi que se conduisent ceux qu’animent des vues intéressées. Au sujet des mesures sévères que l’Apôtre craignait de devoir prendre, il n’y a pas contradiction avec la joie qu’il exprimait plus haut. Il avait sans doute acquis la conviction que le mal n’avait pas fait parmi les Corinthiens d'aussi grands ravages qu’on aurait pu le craindre; mais il ne s’ensuivait pas qu'il n’y eût plus personne dans leur Eglise qui méritât d’être repris. C’est ce qu’il ne faut pas perdre de vue en lisant les épiîtres de Paul. Comme le Saint-Esprit les destinait aux Eglises de tous les siècles, l’écrivain sacré s'exprime la plupart du temps en termes généraux; en sorte qu'on ne doit pas conclure des éloges,
EXHORTATIONS. 135 (HX Corinthiens 13: 110).
que tous les méritaient, ni des censures, que nul ne marchait dans la bonne voie.
4064. (13 : 1.) Déjà quelques lignes plus haut, Paul avait dit : « Voici, pour la troisième fois, je suis prêt à aller vers vous» (12 : 14); et maintenant il répète : « C’est ici la troisième fois que je viens à vous, » Quelques-uns ont conclu de là qu’il y a entre le premier voyage de Paul à Corinthe [38191 et celui qui eut lieu peu après l’envoi de cette lettre-ci et qui serait le troisième, un second voyage dont le livre des Actes ne parlerait pas et que Paul aurait fait à l’occasion de son excursion en Crète [4018]. D’autres pensent qu'il fait simplement allusion à ses deux précédentes lettres, dont la première ne serait pas venue jusqu’à nous [3970]. Peut-être cela ne signifie-t-il autre chose sinon que Paul avait eu déjà deux fois l’intention de partir pour Corinthe, à l'effet d’y rétablir son autorité méconnue, sans avoir pu ou voulu définitivement exécuter son dessein [4035]. Le fait importe peu; ce qui est plus digne de notre attention, c’est le dernier moyen que Paul emploie pour se replacer auprès des Corinthiens dans la position qui lui appartenait légitimement. Après avoir déclaré du ton le plus ferme qu’il était bien résolu à ne point épargner les rebelles (2), mais à leur faire sentir au contraire l’autorité spirituelle dont le Seigneur l'avait revêtu, 1l adresse un appel direct à leur conscience (3-6). Sont-ils dans la foi ou non? Le reconnaissent-ils lui, du moins, comme étant dans la foi? S'il n’est pas dans la foi, il est donc au nombre des réprouvés, et c’est ce que nul Corinthien n'aurait osé dire. Quant à eux, s'ils ne sont pas réprouvés, ils sont donc dans la foi; et s’ils sont dans la foi, eux et lui, comment peuvent-ils mettre en doute que Jésus- Christ parle par sa bouche? Prétexteront-ils sa faiblesse? Mais en Jésus-Christ lui-même il y a eu faiblesse, et toutefois il vit par la puissance de Dieu. C’est par un effet de cette puissance même que les Corinthiens avaient été convertis, et qui est-ce qui avait été l’instrument de leur conversion, si ce n’est Paul ?
4065. Une autre chose digne de toute notre attention, ce sont les exhortations qui terminent la lettre. Elles nous viennent donc d’un homme par lequel Christ parlait et en qui se déployait la puissance de Dieu (3, 4, 8); d’un homme qui mit au service de la vérité toutes les grâces qui lui avaient été faites et qui ne se servit de son grand pouvoir d’éloquence et de foi, que pour l'édification des âmes (10). S'il invite les Corinthiens à faire un retour sur leur foi (5), pour y lire, en quelque sorte, les titres qu’il avait à leur obéissance, le Saint-
(HE Corinthiens 13 : 11.)
Esprit ne nous invite pas moins à éprouver la nôtre, à voir si nous nous soumettons réellement à l'autorité de la Parole de Dieu. Souvent les afflictions et les tentations se chargent de faire cette épreuve, et combien, hélas! qui y sucombent (Matth. 43 : 21). Mais il faut que nous nous éprouvions, que nous nous sondions nous-mêmes. Si nous sommes dans la foi, Christ est en nous (Jean 15 : 4, 5); or, il est impossible que Christ soit en nous sans que nous en ayons quelque sentiment. Ce n’est pas toujours une impression de vive joie, mais c’est une paix habituelle; non pas l’absence de tout péché, mais une horreur véritable pour le mal; non pas un cœur vide de tout excepté de Christ, mais un cœur pourtant où il occupe la première place. Si Christ est en nous, la solitude ne sera pas pour nous un désert et la société ne sera pas un étourdissement; s’il est en nous, la vie nous sera comme une mort, et la mort nous paraîtra la vraie vie; car, où est Christ, là nous sommes aussi par la foi. Que si, en nous examinant, nous ne trouvions rien de Christ au dedans de nous, hélas! notre état actuel serait celui qui attend les réprouvés au dernier jour (Luc 13 : 27), et malheur à nous si nous n’avons hâte d’en sortir!
4066. (11.) À vous qui croyez, l’Apôtre vous dit : « Réjouissez-vous » (4 Thess. 5 : 16); et comment ne le feriez-vous pas? Quel plus grand sujet de joie, que de penser qu’on a obtenu le pardon de ses péchés, qu’on est devenu héritier de la vie éternelle, qu’on est gardé par un tendre et puissant Rédempteur et que, par lui, on est un temple du Saint-Esprit? — Il vous dit encore : « Perfectionnez-vous. » La sainteté est, chez vous, une œuvre commencée, ce qui n’est pas le cas des pécheurs non convertis; mais à quelque point qu’elle en soit, dites-vous bien qu’il y a toujours des progrès à faire dans la foi, dans l'espérance et dans l'amour : pensez-y sérieusement et que ce soit l’objet constant de votre étude et de vos prières. — «Consolez-vous : » ne vous laissez pas abattre par les maux de la vie, ni même par le sentiment de vos péchés ; car vous portez en vous le Saint-Esprit, qüi est le Consolateur, et ce n’est pas dans l’abattement de l’âme que vous pouvez travailler à votre perfectionnement. — « Ayez une même pensée : » l’unité de vues et de principes est tout ce qu’on doit désirer le plus ici-bas, car c’est le ciel anticipé. — «Soyez en paix, » même avec ceux dont les opinions diffèrent essentiellement des vôtres. En faisant ainsi, « le Dieu de l’amour et de la paix sera avec vous, » nous dit l'Esprit de la promesse, par la bouche d’un de ses plus fidèles organes, — Enfin, le saint apôtre prononce sur nous cette