PAUL A TROAS
(Actes 20 : 6-12; 13-16.)
qu’il recommence à faire du « nous, » au verset 5 [3790]. II paraît toujours plus certain que Luc appartenait à ces contrées. On verra plus tard qu'il était médecin (Col. 4 : 14). Dans l’état habituel d’infirmités et de maladie de l’Apôtre, la présence de ce frère devait lui être précieuse. Sans dire que ce soit par cette raison, il est sûr que Luc ne le quitta plus. Il résulte de là que, dès ce moment, le récit vient d’un homme qui, outre les directions du Saint-Esprit, parle en témoin des choses qu’il rapporte ; aussi l’histoire est-elle beaucoup plus détaillée.
4072. (6-12.) Après les jours des pains sans levain {et l’on a calculé que cette année-là, ce devait être le 5 avril), Paul et Luc, avec quelques autres sans doute, partirent de Philippes pour Troas. Or, soit qu'ils naviguassent lentement, soit qu’ils s’arrêtassent dans les ports et dans les îles où se trouvaient des disciples, ils mirent cinq jours à cette traversée; puis, ils passèrent une semaine à Troas. La veille du jour qu’ils avaient fixé pour leur départ était un dimanche, ou, comme on disait encore, c'était le premier jour de la semaine, Jour commémoratif de la résurrection du Seigneur, jour où les frères tenaient spécialement leurs assemblées, mais le soir, car on n’avait pas encore pu faire du dimanche un sabbat [1 Cor. 46 : 2). Les disciples de Troas étant donc assemblés pour rompre le pain, ce qui est la partie essentielle du culte évangélique (Actes 2 : 42, 46), Paul s’entretint avec eux, et prolongea son discours jusqu’à minuit. La salle était éclairée par un grand nombre de lampes; car, s’il est tout à fait licite d’avoir des réunions religieuses durant la soirée, il faut user de précautions pour éviter que le mal ne s’y glisse à la faveur de lobscurité. Un jeune homme, nommé Eutyche, assis sur une fenêtre, tant 1l y avait de monde, fut saisi d’un profond sommeil, et, tombant du troisième étage dans la rue, il fut relevé mort. Mais Paul rappela le jeune homme à la vie, et quand il fut remonté dans la salle, on rompit le pain en mémoire de celui qui s’est donné pour les pécheurs et qui les fait revivre. Cet acte fut suivi, paraît-il, d’une agape [3989], et l’assemblée s'étant prolongée jusqu’au jour, Paul partit ce même matin.
4073. (43-16.) Mais tandis que tous s’embarquaient pour doubler le promontoire qui est au sud de Troas, Paul prit, seul et à pied, le chemin conduisant de cette ville à Assos, dans le golfe Adramite. Il éprouvait ce besoin de solitude qui, chez un serviteur de Dieu, ne provient pas de dégoût du monde, ni des fatigues du plaisir, ni d’a-
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mour pour le changement, mais du désir de se recueillir et de se trouver d’une façon plus intime dans la communion de Dieu. Vous pouvez donc vous représenter Paul, par une riante matinée du milieu d'avril, sous ce beau ciel et entouré de cette riche végétation de l’Asie Mineure, marchant de village en village, inconnu de tous peutêtre, mais connu de Dieu; solitaire, mais non pas seul; repassant en son cœur les grâces que le Seigneur lui avait faites depuis environ vingt ans, qu’il avait converti sur un tout autre chemin, et se préparant ainsi aux nouvelles épreuves qui lattendaient et qu’il prévoyait. Ses compagnons de voyage étaient à Assos lorsqu'il y arriva. Sans perdre de temps, ils voguèrent vers Mytilène, d’où ils repartirent pour Chios, puis pour Samos, îles où ils touchèrent; et, en trois jours, ils furent à Milet (aujourd’hui Palatcha), port de mer au delà d'Ephèse, Paul n’ayant pas voulu s'arrêter dans cette ville, parce qu'il était pressé d'arriver à Jérusalem pour la Pentecôte.
4074. (17-35.) Maïs si Paul se refusait la douceur de revoir ses amis d’Ephèse, dont il était séparé depuis environ une année, il ne voulut pas du moins passer si près d'eux sans leur donner quelque signe de son affection. Il fit donc appeler leurs anciens, et ce fut en leur personne qu’il dit adieu à toute l'Eglise. Son discours est à la fois touchant et instructif. On en fait aisément l'analyse. Après avoir rappelé quel avait été son minstère à Ephèse, il annonce les maux qui le menaçaient à Jérusalem, donnant à ses amis le douloureux avertissement qu’ils le voyaient pour la dernière fois. A cette heure suprême, il proteste qu’il leur a enseigné toute la pensée de Dieu relativement à leurs âmes; en sorte que s’ils venaient à se perdre, ils en auraient l'entière responsabilité. Il sollicite les anciens à veiller sur eux-mêmes et sur tout le troupeau, afin de le préserver des fausses doctrines et de leur funeste influence. Il termine en recommandant les Ephésiens à la Parole et à la grâce de Dieu, et en disant quelques mots encore de la manière dont il s'était comporté parmi eux.
4075. Ce dernier point est d’un grand intérêt, en ce qu’il complète les récits précédents. Ce que l’historien sacré ne nous avait pas dit quand il racontait les faits, il nous le dit en rapportant Le discours de Paul et en le rapportant avec toute l’exactitude d’un témoin auriculaire et oculaire. Ainsi, au verset 34 : « Vous savez vous-mêmes que ces mains ont servi, etc.» Ne semble-t-1l pas qu’on voie Paul debout, parlant et étendant vers les anciens d'Ephèse, ces mains qui avaient pourvu à sa nourriture pendant son long séjour chez eux. Ge séjour
(Actes 20 : 17-35.) avait duré trois ans à peu près (31), y compris l’excursion en Macédoine et en Crète. Dès le premier instant jusqu’à la fin (18), Paul s’était entièrement donné au service du Seigneur, accomplissant son ministère au travers de nombreuses souffrances morales et sans cesse exposé aux embüches des Juifs (19). Tout ce qu’il importe de connaître de Dieu et de son salut, il n’avait pas discontinué de l’enseigner à Ephèse, tant en public, que de maison en maison (20), et son activité y fut telle, que le jour ne lui suffisait pas. D'ailleurs, combien d'esclaves, d'artisans, de gens occupés qu’il ne pouvait atteindre que dans la soirée, et son travail journalier, à lui-même, devait souvent ne lui laisser de libre que la nuit. Ce qu’il prêchait, tant aux Juifs qu'aux Grecs, c'était de se convertir à Dieu et de croire en Jésus- Christ, comme le faisaient tous les apôtres. Voilà le seul fondement qui doit être posé, et c'était en édifiant là-dessus que Paul développait tout le plan de Dieu quant à la rédemption des élus. Ensuite, s’il parle du désintéressement avec lequel il avait accompli sa mission (33-35), c’est, comme avec les Corinthiens, pour la gloire d Dieu et non pour la sienne. Il est si loin de s’en faire un mérite, qu'il rappelle à cette occasion une belle parole du Seigneur qu’on ne lit pas dans l'Evangile, mais que les disciples s’étaient transmise de bouche en bouche : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » 4076. Si Paul parle de ses travaux, c’était aussi pour servir de modèle aux anciens de l'Eglise d’Ephèse et à ceux de tous les temps. « Anciens » est leur vrai nom, et non pas celui de pasteurs, comme portent certaines versions. Nous avons dit ailleurs [4022] qu’on appelait ainsi les conducteurs des Eglises; et nous voyons ici que leur office était de préndre garde au troupeau dont Jésus est le Pasteur ou le Berger (Jean 40 : 41, 16). C’est pour cela qu’ils sont aussi appelés « surveillants » (28-30) ou « évêques. » Ils ne sont pas au-dessus du troupeau, mais ils sont « dans le troupeau, » comme dit le texte sacré. Enfin, quand une Eglise procède au choix des anciens selon lordre établi par le Saint-Esprit, c’est le Saint-Esprit lui-même qui les établit [3926-3928 ; 4022]. Ceux d’Ephèse avaient sûrement été investis de leurs fonctions du consentement de l'Eglise et avec le concours de lApôtre ; mais, bien que nous n’ayons plus d’apôtres avec nous, si nos anciens sont des hommes pieux, versés dans les Ecritures, approuvés de l'Eglise, choisis et institués au milieu d’abondantes prières, nous pouvons et nous devons les envisager comme établis dans le troupeau par le Saint-Esprit, pour le garder, le surveiller et
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le paître, ou le conduire. Quant à eux, s’ils sont vraiment dignes de leur charge, ils n’envisageront point comme leur appartenant, un troupeau qui est l’assemblée de Dieu et non la leur, un troupeau que Dieu, en Christ, s’est acquis au moyen de son propre sang. Mais ce ne sera pas une raison pour qu’ils ne prennent pas un vif intérêt à tout ce qui concerne l'Eglise. Voyez par quels puissants motifs PApôtre exhorte les anciens à veiller sur eux-mêmes et sur tout le troupeau. Sur celui-ci, parce que des loups ravissants s’y faufileront pour le ravager (Matth. 7 : 45-20); sur eux-mêmes, parce que de faux docteurs ne manqueront pas de s’élever de leur propre sein, malgré l'institution de l'Esprit de Dieu. Or si les choses devaient se passer de la sorte à cette glorieuse époque du christianisme, ne nous étonnons pas trop de voir les mêmes maux se renouveler de nos jours. Que les anciens qui ont encore quelque fidélité ne s’acquittent qu'avec d'autant plus de zèle de leur importante mission. Qu'ils le fassent aussi avec le désintéressement de Paul. C’est le devoir des Eglises d’entretenir leurs anciens; ceux-ci ont donc, devant Dieu, droit à une rémunération; mais il faut que, de manière ou d’autre, ils parviennent à convaincre -les membres du troupeau que ce n’est pas en vue du gain qu'ils le surveillent et le paissent. Que dire enfin? S’ils sont vraiment animés de l'Esprit de Christ, ils imiteront linfatigable activité de Paul, sa fidélité à ne rien soustraire de la Parole de Dieu, et cette compassion profonde qui lui faisait répandre des larmes, à la pensée de maux auxquels il ne pouvait remédier ?
4077. Il est encore dans ce discours un ou deux mots que je désire de signaler à l'attention de mes lecteurs. C’est d’abord celui qui nous montre entre quelles mains l’Apôtre laissait, et les anciens et les fidèles d’Ephèse; sous quelle influence 1l voulait qu’ils fussent constamment (32). Il les recommande à Dieu et à la Parole de sa grâce : à Dieu, tout-puissant et tout bon, et à sa Parole pleine de grâces. C’est en effet par sa Parole que Dieu garde, bénit, relève, console, sanctifie, affermit les Eglises comme les individus; c’est de sa grâce que tout bien découle pour les âmes : la loi suprême et la vie des Eglises, c’est donc la Parole de Dieu, et non celle d’aucun homme. — L'autre trait que je veux encore relever, c’est celui où PApôtre parle de l’avenir vers lequel il marchait (22-24). Il n’y a rien de plus angoissant que la perspective certaine de maux graves dont on ignore la nature. Telle était la douloureuse situation de Paul. « Mais je ne tiens compte de rien, dit-il, et ma vie ne m'est pas aussi précieuse que de con-