LA COLÈRE DE DIEU
(Fomains 1:17; 18; 19; 20; 21.)
4089. (17.) Or, voici le point fondamental que l’Apôtre va développer et démontrer dans sa lettre, en attendant qu’il puisse le faire de vive voix : Cest en Jésus-Christ seul qu’est la vie; en lui seul que les pécheurs peuvent trouver une justice digne de Dieu, parce que cette justice vient de lui; justice, non par les œuvres, mais « par la foi,» c’est-à-dire que la foi en est le principe; iustice « pour la foi, » c’est-à-dire qu’elle appartient à ceux qui croient. Le Saint-Esprit avait déjà proclamé cette doctrine par la bouche du prophète Habacuc (2:4), Paul lui-même Pavait rappelée aux Galates (3 : 11) ; mais, tandis qu’il l’avait fait occasionnellement et en vue des erreurs opposées, il va traiter maintenant cette question pour elle-même, lembrasser dans sa généralité et montrer que la Bonne Nouvelle, ou l'Evangile, consiste en ce point essentiel.
4090. Il s’agit donc de prouver qu’il n’y a, pour l’homme, de justice possible que par la foi. À cet effet, le Saint-Esprit établit d’abord que tout homme est pécheur, et que tout pécheur est perdu. C’est la première de ces vérites qui est développée avec le plus d’ampleur, et voici quelle me paraît être la suite des idées.
4091. (18.) Un simple coup d’œil jeté sur le monde nous le montre en proie à toutes sortes de misères. Or, loin que ce soit une pure conséquence de ce que le monde ne saurait être ni aussi parfait, ni aussi heureux que son auteur, il nous a été révélé d’en haut que tout ce mal est l’effet d’un jugement de Dieu; et il est certain qu’un pareil jugement, ou, comme dit Paul, une pareille « colère » suppose une terrible révolte. Continuons à observer ce qui se passe sur la terre, et nous verrons qu’elle fut de tout temps le théâtre d’une profonde impiété et de mille injustices; que les hommes, dépositaires de la vérité, ont enfermé ce trésor dans un réseau de chaînes qui ne sont autres que le péché, le désir du mal et le besoin de le commettre. Tout ce qu’on peut savoir de Dieu, non pas son essence, mais son existence, ses perfections, sa volonté, tout cela leur a été rendu manifeste (19). Il est vrai que Dieu ne peut être vu; mais sa puissance suprème et son éternelle divinité se voient clairement, quand on le considère dans l’œuvre de ses mains. Il à voulu qu’il en füt ainsi, pour que l’impiété fùt inexcusable (20). Nul en effet n’osera prétendre que, dans l’origine, Dieu ait jeté les hommes sur la terre en se laissant ignorer d’eux ; mais ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu; ils ont été pour lui sans reconnaissance (21) ; abusant des dons excellents qu’il leur a faits, en particulier de leur intelligence, ils se sont mis à
- L'IPOLATRIE ET SES FRUITS. 151 . (Romaïns 1H : 22; 23; 24-39.)
raisonner sans fin ; et, fiers de leur vaine logique, ils ont refusé d’écouter leur sentiment intime (ce qu’on pourrait appeler l’intelligence du cœur), et c’est ainsi qu’ils se sont trouvés remplis de ténèbres (22). Cela n’a pas empêché, bien au contraire, qu’ils ne se soient estimés sages, philosophes, c’est-à-dire amis de la sagesse ; mais à quoi donc cette prétendue sagesse est-elle venue aboutir? à l’énorme folie du culte des idoles! (293.) De dégradation en dégradation, après avoir adoré Dieu sous de certains emblèmes, ils sont tombés jusqu’à voir des dieux dans les images de leur fabrication. Cest donc le péché qui a fait l’idolâtrie (18) ; puis, par un juste retour, l’idolâtrie a mis le comble à l’immoralité (24).
4092. (24-32.) Il y a Là un effet naturel, semblable à ce qui arrive lorsqu'un homme, s’étant enivré, fait sans honte les choses les plus honteuses ; mais il v a ià de plus un jugement de Dieu. L'homme ayant changé la vérité contre le mensonge, adoré la créature au lieu du Créateur éternellement béni, celui-ci s’est retiré de l’homme, il l’a livré à ses convoitises, remis à Satan, et, pour résultat immédiat, l’homme s’est déshonoré lui-même par les plus horribles impuretés. Tel est le premier fruit de l’oubli de Dieu, et nous ne saurions nous en étonner. Quand on refuse de chercher en lui son bonheur, on le cherche dans les jouissances matérielles, et s’il en est qui soient à la fois les plus vives et les plus faciles, croyez bien que chacun s’y précipitera; on finira même par y voir tout le but et tout le charme de existence. Oh! quelle dégradation! quelle turpitude! Puis, quand l’homme s’adonne tout entier au mal, l’estimant le souverain bien, il ne manque jamais de le perfectionner; et de même que celui qui se plaît à la cruauté apprend à raffiner les supplices, le libertin raffine ses débauches; c’est-à-dire qu’il les rend de plus en plus infâmes. Quand on connaît les mœurs de l'antiquité, pour avoir lu les livres des historiens, des poëtes et des philosophes, non dans des traductions d’où l’on à dû bannir une foule d’horreurs, mais dans les originaux mêmes, on sait, hélas! que ce tableau de la dépravation qui régnait universellement au temps des apôtres n’a rien d’exagéré. Il y a tels personnages de cette époque qu’on fait admirer aux jeunes gens de nos écoles, et dont ils se détourneraient avec dégoût s’ils connaissaient les détails de leur vie privée. Mais l’impureté n’est pas le seul désordre auquel entraîne l'oubli de Dieu; ou plutôt ce désordre-là, confirmant l’âme dans son impiété, la pousse à tous les autres; c’est ce que vous voyez dans les traits par lesquels l’Apôtre achève sa lu-