ABRAHAM ET DAVID
(Romains Æ : 1-5; 6-8.)
loi de Dieu (31). Dire que l’homme est justifié par la foi et non par la loi, ce n’est pas dire que la loi ne sert plus à rien, qu’elle n’exerce plus aucune autorité. Si elle est impuissante pour justifier le pécheur, elle peut être bonne à autre chose (4 Tim. 1 : 8); si elle n’a pas le pouvoir de sauver, elle n’est pas sans pouvoir sur la conscience. Au contraire, loin que la foi, la vraie foi, affaiblisse dans l’homme le sentiment de l’obligation morale, elle ne fait que l’affermir. Encore une preuve que cette doctrine est de Dieu; mes lecteurs sont priés de s’en souvenir, pour rejeter tout système qui, sous prétexte de grâce, énerverait la loi. Du reste, l’Apôtre se borne pour le moment à poser cette thèse, sauf à la prouver plus tard; il veut, auparavant, confirmer encore par l’Ecriture la vérité fondamentale de la justification par la foi et non par les œuvres.
4108. (4: 1-5.) Deux hommes, en particulier, occupent une place éminente dans l’ancien peuple : Abraham, père d’Israël et de tous les fidèles; David, père et type du Roi-Messie. L’un et l’autre furent justes devant Dieu; mais fut-ce par leurs œuvres, ou par leur foi? Quant à Abraham, ce qui est dit de lui dans la Genèse est positif (Gen. 15 : 6). C’est pourquoi, bien que peu d’hommes aient montré plus d’obéissance, Abraham ne saurait pas mieux qu'aucun autre se présenter devant Dieu en s'appuyant sur ses œuvres. Sa foi, voilà ce qui lui fut compté. Pécheur de nature, rien de ce qu’il fit de bon ne pouvait expier ses fautes, ni les compenser; mais ce qui le plaça devant Dieu dans la position d’un juste, malgré ses péchés, ce fut la foi qu’il eut aux promesses du Seigneur. Or, c’est dire qu'il fut sauvé par grâce; car si sa justice eût été le fruit de son travail, il n’y avait pas à parler de la foi comme lui ayant été imputée à justice; il aurait eu une justice propre et personnelle, une justice à lui; la vie éternelle lui était due.
4109. (6-8.) Après Abraham, voyez David. Cest de soi-même assurément qu’il parle, lorsqu'il célèbre le bonheur de l’homme à qui le Seigneur pardonne ses péchés, les couvrant d’un manteau, les effaçant de son compte (Ps. 32). Or, bien que David ne nomme ici ni la justice, ni la foi, ses paroles sont citées par Paul à l’appui de sa doctrine, parce que David ne pouvait pas estimer heureux quelqu'un d'autre que le juste. En déclarant heureux l’homme à qui Dieu ne compte point le péché, il déclare indirectement que cet homme, Dieu le tient pour juste. Or, évidemment, ce n’est pas par les œuvres qu'il est juste, ce pécheur-là; et si ce n est par les œuvres, c’est
donc par la foi.
LA LOI ET LA PROMESSE. 161 (Romains 4: 9-12; 13-17; 18-29.)
4110. (9-12.) Ce qu’il y a de tout à fait digne d'attention, c’est qu’Abraham ne reçut l’ordonnance de la circoncision que bien longtemps après avoir été revêtu de la justice qui s’obtient par la foi. La eirconcision fut le sceau de cette justice, précédemment acquise, comme elle le fut, pour Isaac, de la justice à acquérir par lui. De cette manière, Abraham a pu devenir spirituellement le père de tous ceux qui croient, incirconcis et circoncis; des premiers, parce qu’il fut justifié par sa foi avant de recevoir la circoncision; des seconds, parce qu’il reçut la circoncision comme sceau de sa foi. Mais pour être ses enfants, il faut que les uns et les autres aient la foi qui anima notre père Abraham, avant sa circoncision.
AAA1. (13-17.) Remarquez ensuite que la promesse faite à Abraham se lie étroitement à celle du Rédempteur, postérité par excellence de ce patriarche [367]. Remarquez enfin que l’accomplissement de cette promesse ne dépendait en aucune manière de l’accomplissement d’une loi antérieure. Promesse et loi sont deux idées fort distinctes. La promesse dit ce que Dieu fera; la loi, ce que nous devons faire; or, ce n’est pas par des œuvres qu’on reçoit une promesse, c’est par le moyen de la foi, de cette foi même qui procure la justice. Proclamer une promesse et y mettre pour condition préalable l’accomplissement impossible d’une loi, ce serait retirer d’une main ce qu’aurait donné autre ; car l’homme pécheur ne peut que pécher, tant qu’il n’a pas reçu les effets de la promesse. En d’autres termes, faire dépendre d’une loi l’héritage promis, c’est rendre la foi inutile, puisque c’est l’obéissance et non la foi qui correspond à l’idée de loi; c’est d’un même coup rendre la promesse impuissante ou l’annuler, puisque la loi n’aboutit qu’au péché, et le péché, à la condamnation. Aussi Dieu n’a-t-il rien fait de pareil. Voulant montrer sa grâce aux pécheurs, il a rattaché tout leur salut à une promesse et à la foi en cette promesse. Cest par là qu’Abraham est le père de tous ceux qui croient, et quand Dieu lui dit: «Je t’ai établi père de beaucoup de nations » (Gen. 47:5), il avait d’avance sous les yeux et dans son cœur, tous ces morts, non encore nés, qu’il voulait faire vivre en Jésus-Christ ; peuple fidèle qui n'existait pas encore, et qui reçut dans la personne d'Abraham une divine vocation à la justice que donne la foi.
12. (18-22.) Mais qu'est-ce donc que la foi qui justifie? La meilleure manière de répondre à cette question, c’est d'étudier avec PApôtre la foi même du Père des croyants. Sa foi ne fut pas une simple adhésion, semblable à ce qui se passe chez tant de gens qui croient
ES
162 LA FOI ET L'ESPÉRANCE. LA RÉCONCILIATION. (Romains 4: 93-25. & : 4,92.)
que Jésus-Christ est le Seigneur, simplement parce qu’ils n’ont pas de raisons pour penser sur ce sujet autrement que les fidèles, Abra: ham s’appropria la promesse et il y mit son cœur; aussi produisit-elle au dedans de lui leffet que produit nécessairement toute promesse grande et infaillible. Elle y fit briller l'espérance, cet autre mot pour dire la foi. Mais quelle espérance ! Aux veux de la chair, elle pouvait sembler folle; car il espéra malgré tout ce qu’il y avait d’improbable dans les événements nécéssaires à la réalisation de la promesse. Sa foi et son espérance eurent leurs défaillances [289, 3181; mais s’il hésita un moment, ce ne fut pas par incrédulité. Donnant gloire à Dieu, il fut pleinement persuadé que, ce qu’il a promis , 1l est aussi puissant pour l’accomplir; or, voilà ce qui lui fut imputé à justice. En un mot, il espéra , non qu’il eût, par-devérs lui, quelque sujet d'espérer, mais parce que Dieu avait parlé et qu’il est impossible que Dieu mente, ou qu’il se voie jamais hors d’état de tenir sa parole.
AA13. (23-25.) Maintenant , il est certain que ce qui a été dit d’Abraham ne le concerne pas lui seul. Si nous croyons, si nous espérons comme lui; si, comme lui, nous donnons gloire à Dieu en nous appuyant sur sa promesse, quelque miserables et chétifs que nous soyons, la foi nous sera, comme à lui, comptée à justice. Après cela, notre foi doit avoir pour objet, comme celle d'Abraham, le Dieu qui a réveillé d’entre les morts Jésus notre Seigneur ; c’est-à-dire Celui qui, après avoir fait les promesses, a montré par l'envoi du vrai Fils de la promesse, qu'il est «puissant pour accomplir» ce qu’il a résolu. Croire en lui, c’est croire spécialement que Jésus est notre Seigneur, qu’il a été mort, qu'il est ressuscité et qu’il est vivant au siècle des siècles. Tel est donc l’objet fondamental de la foi qui sauve : Ghrist expiant nos offenses par sa mort et mettant le sceau à notre justification par son relèvement ; Christ souffrant à Cause de nos offenses et ressuscitant à cause de notre justification ; Christ enfin, mourant à notre place sur la croix et nous préparant une demeure dans le ciel : là est le
pardon; iei la justice, pour autant que ces deux grâces peuvent se
séparer l’une de l’autre.