PREMIERE PERIODE
Du moment de la fécondation à l'expulsion du globule transparent (Durée, environ 1 heure, par une température de 22 2.S degrés.)
I.e premier résultat de la fécondation paraît être d'accélérer l'action de l'endosmose. L'œuf, déformé par la pression qu'il supporte à l'intérieur de la mère, devient rapidement sphérique. La membrane ovarique se détache partout du vitellus, en laissant entre deux un intervalle assez grand que remplit un liquide diaphane ; mais elle reste toujours plus ou moins plissée liés irrégulièrement (1). Au bout de quatre à dix minutes, quelquefois même plus tôt, le vitellus éprouve un mouvement de concentration manifeste. Son diamètre diminue sensiblement; je l'ai vu se réduire à moins de 1/15 de millimètre, c'est-à-dire qu'il avait perdu près de 1/5 de son diamètre. En même temps, les granulations vitellines se concentrent vers l'intérieur, et la substance diaphane qui les unit se montre sur tout le pourtour du vitellus ("2), si bien qu'on pourrait croire facilement à l'existence d'une enveloppe vitelline propre qui n'existe certainement pas. Cette accumulation des granulations vers l'intérieur figure assez souvent des espèces de zones concentriques alternativement claires et obscures ; elle a aussi pour résultat de rendre moins net l'espace clair dessiné par la vésicule de Purkinje.
Il est assez difficile de donner une idée exacte des phénomènes qui s'accomplissent ensuite dans le vitellus pendant cette première période ; ces phénomènes se passent en entier dans les profondeurs de la masse , et consistent essentiellement dans des mouvements généraux alternatifs de concentration et d'expansion accompagnés de mouvements partiels, qui accumulent les granulations vitellines tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Ces accumulations locales produisent , dans l'intérieur du vitellus
(<) PI 3 Ils; IX
(2) pi :i, fig t\
des A.wiii.ini'.s. 177
observé par transparence , des figures qui n'ont rien «Je régulier. et qui se succèdent assez rapidement.
Dès les premiers moments qui succèdent au mouvement général de concentration dont nous venons de parler, la vésicule germinative , ou mieux l'espace clair qu'elle dessine au milieu du vitellus, diminue beaucoup; puis on voit ordinairement \e cercle obscur qui l'entoure s'éclaircir sur un point, et bientôt l'espace clair central prend un aspect lagéniforme (1). dette apparence cesse bientôt, et, presque toujours, le cercle obscur se reforme autour de l'espace clair considérablement réduit. Bientôt on voit se dessiner comme des rayons obscurs qui changent et de nombre et de place (2). Au bout de quelque temps, l'apparence lagéniforme reparaît (3); mais cette fois, le goulot aboutit à la circonférence du vitellus, vers un point d'où s'écartent les granulations vitellines. et où se montre à nu la substance transparente dont nous avons parlé déjà (4). Bientôt, l'espace clair intérieur semble remonter de plus en plus vers ce point, et les granulations vitellines s'écartent d'autant (5). Enfin , on voit se prononcer et grandir à la surface du vitellus un mamelon en apparence entièrement homogène , et qui semble d'abord composé uniquement par la gangue transparente du vitellus (6) ; mais au bout d'un temps toujours assez court.ee mamelon s'ouvre à son extrémité, et il en sort un globule diaphane , sphérique , réfractant fortement la lumière, et semblable à une petite sphère de cristal de 1/90 de millimètre en diamètre environ. Il n'a certainement pas d'enveloppe propre , non plus que de nucléus, ou du moins il m'a été impossible de les découvrir , quelque procédé que j'aie employé. Ce globule transparent se détache complètement du vitellus, et demeure isolé entre lui et la membrane ovarique. Le plus souvent il change de forme, et devient ovalaire au bout de quelque temps.
(<) PI. 3, fig. X.
(2) PI. 3, fig. XI.
(3) PI. 3, fig. XII.
(4) PI. 3. fig. XII.
(5) PI. 3, fig. XIII.
(6) PI. 3, fig. XIV.
:i"sme. Zool T. X. (Octobre 1848.1 * '2
17cS DE QUATREFAGES. — S(!lt I.'eMBKYOGÉME
Le vit.ellus, immédiatement après l'expulsion du globule, reprend promptement son diamètre primitif et la forme sphérique qu'il avait perdue momentanément (1 ). On ne voit plus d'espace clair dans son intérieur. Les granulations sont uniformément répandues dans toute sa masse ; en outre, ces granulations sont devenues plus Unes, ou plutôt les petits amas qu'elles formaient auparavant se sont désagrégés, et, par suite, le vitellus entier est devenu plus opaque.
Pendant toute cette période du développement , la membrane ovarique reste dans un état complet d'inertie et très irrégulièrement plissée , comme on peut en juger par les dessins ci-joints, qui tous ont été rigoureusement calqués.
Observations. — 1° La période du développement que nous venons d'examiner chez les Jlermelles me semble avoir été généralement négligée par les embryologistes. Il est vrai qu'elle ne peut guère être étudiée avec fruit qu'en ayant recours aux fécondations artificielles ; aussi aucun des naturalistes dont j'ai eu occasion de citer plus haut les ouvrages ne s'en est-il occupé.
"2° Ces mêmes naturalistes ne parlent pas davantage de ce globule singulier, déjà signalé, chez les Mollusques gastéropodes, par MM Dumortier (2), Pouchet (3) , Van Beneden (4), Nordmann (5), Vogt(G), que j'ai retrouvé chez les Acéphales ,7), et que nous venons de voir terminer , par son apparition , la première période du développement (h'fi Hermelles. Cependant, il
I l) PI. 3 fig. XVI.
(2) Embryogénie des Mollusques Ann des Se nat., 1837, p. 136, pi. 3, fig i et 3.
(,i) Sur I embryon des Limnées (Ann des Se. nul , I8;ts. p 64). — Théorie positive de l'ovulation spontanée el de lu fécondation des Mammifères. Paris. 1847.
pi. ir>. fig r, à io
(i) Sur le développement des Aplysies [Ann des Se nul . 1841, p. 126, pi. 1,
fio i.
,'.'>) Sur le Tergipes Edwardsii [Ann. îles Se. nui . 1846, p. 147). i'6) Sur l'embryogénie des Mollusques Gastéropodes (Ann des Se. nat., 1846 , p. 3:! )
(7") Sur l'embryogénie îles Tarets (extrait <1 »" Mémoire inédit), Ann. des Se.
nal . 1*4*