LA
Pere in ee M. Le Gauffre Jui succéda dans la direction des Trente-Trois. L’année précédente, il avait été l’une des quatre personnes qui reçurent, des confrères qn Saint-Sacrement, le mandat d'établir la “Compagnie des Messieurs qui travaillent à Ja délivrance des Pauvres prisonniers Pour dettes,” (5)
Il était l’homme des missions que la mystérieuse Société Organisait sans cesse Pour prêcher dans les Campagnes — ce qui étonnait assez les évêques, on le comprend. cès de 1646 les avocats appuyèrent sur ce point.
ciés” faisaient indirectement
évangéliser leurs ouailles, “M. Le Gauffre avait été initié sans retard aux projets
de M. Olier, de M. Jérôme de la Dauversière et des autres
membres de Ja Compagnie qui, sous le nom d’“Associés de Notre-Dame de Montréal”, Poursuivaient l’organisation d’une Compagnie destinée à hâter la conversion des Peaux-Rouges. Il croyait surtout à la nécessité d’ériger le plus tôt possible
que. Dans une assemblée te
au Canada un siège apostoli , en l’église des Carmélites de Paris
Dans le pro- Les “assola leçon aux évêques en allant
nue, le 16 juillet 1642
; il parla
€n faveur de ce dessein.” (6)
et magistrat du temps de Henri IV, était un personnage très en vue, Le Père Bernard naquit à Dijon, en 1588, et, après une » il se convertit, reçut les ordres, cevint l’ami de Saint Vincent de Paul vie et sa fortune av Service des pauvres ot re Deurs qu'on Jui offrit. De son vivant, c'est était chargé de Préparer à la dernier Supplice. On a de ini: Le Testament qu R. P, Bernard et ses pensées dévotes sur sa vie, sa vocation et sa mort, paru à Ce mémoire est de l'abbé Le Gauffre, pour qui vrai père, Mazarin us, à 1
condamnés au
avait promis alors de nême ses propres revenus,
Cet été 1642, M. de Maisonneuve fondait Montréal. M. Le Gauffre ignorait que les “associés” pensaieut à lui pour établir cet évêché. 11 prouva sa bonne foi en versant aux
mains du sieur Fornes trente mile francs, valant trente mille piastres aujourd’hui, pour faciliter l’érection du siège,
Le jour où on lui annonça qu'il venait d’être nommé à ces fonctions, il protesta, disant qu'il n’était nullement apte à une telle eurrière (*) ; enfin il consentit à considérer l'offre et, dans ce but, commença une retraite au printemps de 1646, mais une attaque de paralysie l'emporta avant la fin de ses dévotions, le 21 mars 1646, Nous voici en présence du testament (S). Sur ce point, comme sur tout le reste, en ce qui concerne M, Le Gauffre, nos écrivains sont à peu près silencieux (2). Cette pièce curieuse porte la date du 13 juin 1645. La liste des dons qu’elle renferme absorbe toute la fortune du testateur. A sa mère, sa soeur et son frère, il lègue
au nouvel évêque dès qu'il serait en fonction, maïs la chose resta lettre morte,
7. “Ce grand serviteur de Dieu, écrit la Mère Marie de linearnation le 11 octobre 1646, qui ne se doutait de rien, car c'était un homme extraordinairement humble, ne voulut-il jamais consentir à la proposition qui lui avait &t6 faite qu'après une retraite pour se préparer à connaître la volonté de Dieu.” I'assuit demandé dix jours avant que de donner une réponse définitive; il alla trouver alors le Père Hayneuve qui lui conseilla de faire cette retraite, mais on sait de quelle facon elle se termina.
8, Il s'élevait à environ 400,000 livres, et non à 130,000 livres, comme le dit le Bulletin des recherches historiques, vol, 3, p. 25, qui s'appuie sur l'Histoire de la colonie française, de l'abbé Faillon,
9. Bibaud, Garneau, Ferland, Kingford, les Frères des Ecoles Chrétiennes, n'en disent pas un mot, Les Ursulines de Québec, l'abbé Gosselin le mentionnent par hasard, mais l'abbé Faillon s'y étend un peu, avec une richesse de renseignements, quoique incomplets, égalée par personne autre jusqu'ici.
ce qui restera — rien, Ceux-ci Possèdaient de l’aisance d'autre part.
Tant pour son Cousin Huguet, tant pour faire dire des messes, pour acheter des ornements À l'église de Lucé, pour les âmes du Purgatoire, aux églises Saint-Médéric et Saint- Côme, à douze grandes paroisses de Paris pour les pauvres honteux, AUX Couvents des Carmes, Augustin, Jacobins, Cordélius, Minimes, Barnabites, Récollets, Capucins, Père de la Doctrine Chrétienne, les Filles Pénitentes, celles de l'“Ave Maria”, de la Madeleine, les hôpitaux de la Charité, | 8 Incurables, l'hospice Scipion, les Enfants-Trouvés, la Trinité, le Saint-Esprit, es Enfants-Rouge la Savonnerie, les orphelines recueillies par made moiselle de PEstang, et pour marier trente pauvres filles, I] Ya d’autres dons au nombre de vingt- ‘quatre, parmi lesquels dix mille francs pour Montréal, L’argent valait alors cinq ou six fois plus que de nos jours: 10,000 francs représentaient $10,000 au moins,
À peine eut-on terminé les funérailles que le testament fut attaqué en cour de justice. Les legs faits régulièrement allèrent à destination, mais que d’autres dont on ne savait que faire! Par exemple aux missions du Levant, aux évéques situés à vingt lieues de Paris, aux Pauvres honteux, à l’île Montréal, Pour vêtir douze prêtres, pour les prisons, le Séminaire des Trente-Trois,la Compagnie du Saint Sacrement et plusieurs autres non reconnus par la loi ou impossible à trouver, comment distribuer ces parts? Le tribunal es lai à la famille,
M. de Fornes rendit les trente mille francs destinés au futur évêque du Canada: on retint aussi les dix mille accordés à Montréal, Le jugement fut rendu en 16147. Lorsque trente ou Quarante ans plus tard, M. Dollier de Casson disait ‘que Montréal avait perdu son legs faute de l’avoir réclamé au
temps légal... il se trompait du tout au tout. La justice avait réglé l'affaire sans tarder, après la mort du testateur.
Dans les écrits de l’époque dont nous parlons — tels que les lettres de la Mère de l’Incarnation et celles des Pères Jésuites du Canada, il se rencontre des phrases qui désignent, je crois, la Compagnie du Saint-Sacrement. Parfois, cest la mention de certains secours que des âmes charitables promettent aux religieuses, aux missionnaires, ou une expression de reconnaissance pour l’aide venu de France récemment. [Nous n’en savions pas davantage. Il est probable que les bienfaiteurs derrière le rideau étaient les “Associés”, qui se nommaient aussi les “Messieurs du Saint-Sacrement.”
L'assistance que reçurent les Jésuites et les institutions religieuses du Canada fut toujours intermittente, et, par suite, peu efficace. Dans un certain moment, vers 1638, on cite le fait qu’il y avait en France un véritable engouement pour les missions de la Palestine, ce qui détournait les fonds attendus en Canada. Ces charités répandues dans l’ombre ne pouvaient agir autrement; elles subissaient l'influence du jour et embrassaient trop de choses à la fois. Quant on envoyait une institutrice au Canada pour enseigner aux jeunes Sauvages à lire le français, on eroyai découvrir bientôt après que c’était de l'argent perdu et le zèle se tournait vers l'Orient. Le prince de Condé promettait de travailler pour nos missions ; deux ans plus tard, il n’y pensait plus.
Nos prêtres et nos religieuses ont vécu de déceptions. C’est miracle qu'ils aient pu résister. Rien de stable n’exista jamais pour eux, durant près d’un siècle. Ce côté de notre histoire n’est pas moins étonnant que les autres. De :‘en, ou presque rien, Dieu a créé le Canada. Nous n’avons pas été gâtés:—c’est à cause de cela que nous sommes solides.
Août 1206.
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