TRAVAUX DIVERS
A partir de la ligne 65, les comptes paraissent moins spécialement consacrés aux murs d'enceinte ; ils contiennent un détail d’acquisitions faites pour les combles et les portes de toute une série d’édifices : les temples et leurs dépendances, le trésor, etc.
Ouvrages en bons.
Les bois mis en œuvre consistent en pièces de cèdre, d’orme, de frène, de cyprès (2° col., 1. 10, 16, 19, 32, 55).
Ces bois ont été achetés en partie en Macédoine ; pour la plupart, à Corinthe (1. 66 ; 2° col., 1. 21): l'inscription donne les prix d'acquisition, les frais du chargement et ceux du transport par mer.
— Les pièces des portes citées par l'inscription, sont les suivantes :
Seuils (ὑποτόναια, I. 66) ;+
Linteaux (ὑπερτόναια, 2° col., L. 28) :
Montants (στάθμια, 1. 70 ; 2° col., 1. 37?) ;
Moises (ζυγά et ἀντίζυγα, 2° col 1. 15,19);
Les madriers, désignés sous les noms de χανόνες (2° col., 1. 14, 28): χανονίδες (2° col., L. 19 ; Cf. 1. 50) ; σανίδες (2° col., 1. 16-21 ; 34).
— Certains édifices, tels que le Trésor, possèdent à la fois des portes pleines et des portes à claire-voie (2° col., 1. 65, 66), dont les principales pièces sont :
Les θυροχιγχλίδες ou fuseaux de la claire-voie (2° col., 1. 35 — 39 ; 66);
. Les βάθρα ou traverses échelonnées sur la hauteur de claire-voie (2° col., 1. 13 et 37 ἢ.
— Des articles spéciaux sont consacrés à la colle et aux clous de trois paires de portes (1. 68 ; 2° col., 1. 24 et 38). Le prix des clous varie de 1 à 3 ob. ; leur nombre est de 190 pour une paire de portes, 251 pour la 2° et probablement 250 pour la 3°.
Ferrements.
La ferrure d’une porte comprend .
Des tourillons : στροφίνγες (2° col., Ι. 9):
Des crapaudines : yowxides (2° col., 1. 65): une figure de la Poliorcétique de Héron ne laisse aucun doute sur le sens de ce mot (édit. Wescher, p. 106).
— Les ferrements désignés sous le nom α᾽ ἀμφιδεῖαι (2° col., 1. 55) paraissent être des frettes.
— Enfin l’inscription indique (2° col., 1. 69) la ferrure d’une τροχιλεία : mais cet article de dépense n’a, croyons-nous, rien de commun avec les portes : La τροχιλεία paraît être, ici comme à l’Erechtheion, une machine telle qu'un treuil.
Goudronnage des bois.
Non seulement les coins de scellement et les longrines de chainage des
murs sont goudronnés, mais, même dans les temples, les bois de charpente et de menuiserie sont vernis au goudron. Une opération préalable consiste à les passer au sable (2° col., 1. 43, 44, 67). — Aujourd'hui encore, les marins nettoient au sable leur navire, et le passent au brai: les Grecs, peuple de marins, auraient transporté dans leur achitecture les usages de la charpenterie navale.
Enduits.
Nous lisons (2° col., 1. 59-64) une liste de matières dont le mélange paraît destiné à la confection des enduits :
Argiles de 2 provenances distinctes : 43 parties ;
Sable : 5 parties ;
Recoupes de pierre (Cf. 2° col.. 1. 71) :
Poussières de 3 provenances distinctes : <
Paille hachée et bourre ;
Et enfin une liqueur nommée χύλωμα qui sert à agglutiner le mélange, et qui n’est pas de l’eau, puisqu'elle coûte 1 drachme le conge. Rien n'indique que ce soit de la chaux éteinte; et il est à remarquer que, dans toute cette série de comptes où figurent tant de travaux de maconnerie, le mot de chaux ne se présente pas une seule fois : la pierre de taille est posée à joints vifs : la brique et le moellon, sur lits de mortier de terre.
Décoration.
Les jambages des portes (παραστάδες, 2° col., 1. 11 et 50) ont pour couronnement un chapiteau d'ante composé d'une « cymaise » (voir inscr. de l'Erechtheion, p. 148), surmontée d’un carré. Les bois des menuiseries et des charpentes sont, nous venons de le voir, vernis à la résine. Une peinture à la cire est appliquée sur le marbre de la cymaise (2° col., 1. 50 et 52).
Il. Renseignements économiques.
Fournitures.
Ici encore les matériaux sont approvisionnés en régie. Pour les pierres de taille et pour les briques, nous avons reconnu que l'État achetait la matière et payait à part la main-d'œuvre : les seuls cas de fournitures faites par l'entrepreneur de la main-d'œuvre sont :
1° Une fourniture insignifiante de bois pour un échafaudage volant, qui d’ailleurs demeure la propriété de l'entrepreneur (2° col. 1. 42, 45);
2° Une autre, pour une construction de gradins ? (2° col. 1. 8) qui peutètre présentent eux aussi un caractère temporaire ;
3° Une fourniture de blocages pour les travaux imprévus de la basse fondation (1. 9).
— Pour ce dernier genre de travail, l'usage grec paraît être de laisser à l'entrepreneur le soin de se procurer lui-même les matériaux : le devis de Livadie (p. 184) nous a précédemment offert un exemple à l'appui de cette remarque : une inscription de Lesbos que nous résumerons plus loin nous donnera l’occasion d’une vérification nouvelle.
Condition des ouvriers esclaves.
L'inscription jette quelque jour sur la situation des esclaves publics :
La nourriture d’un esclave coûte par jour 1/2 drachme (1. 5 ; 2° col. I. 5). L'État fournit à ses esclaves: 1° leurs instruments de travail, tels que les corbeilles pour les transports (1. 65: 2° col. 1. 31) ; 2° leur vètement. Le texte spécifie l’achat de leurs chapeaux (1. 70) ; le ressemelage de leurs chaussures (2° col. 1. 55). A certaines fêtes on leur fait une distribution de vin (2° col. 1. 68). — Leurs chefs sont nourris comme eux. et touchent un salaire de 10 dr. par prytanie, soit par 35 jours (1. 5; 2° col. 1. 6): cette solde est fort inférieure à celle des ouvriers libres : le surveillant ne serait-il pas lui-même un esclave auquel l'État alloue comme encouragement une légère rétribution ? — Enfin (2° col. 1. 60) nous voyons l’esclave associé aux mystères de la religion éleusinienne : initiation fort imprévue et qui relève l’idée que nous sommes habitués à nous faire de la condition de cette classe d'hommes dans la société grecque.
Salaires des ouvriers libres.
Le salaire journalier, pour l’ouvrier qui se nourrit à ses propres frais (οἰκόσιτος), varie entre 1 dr. 1/2, prix ordinaire (1. 30, 33, 46, 62; 2° col. 1. 24), et 2 dr. (2° col. 1. 42) ou même 2 dr. 1/2 (1. 28). On le voit exceptionnellement descendre (1. 32) à 1 dr. 1 obole 1/2.
Si l’on compare ces chiffres au prix constant de 1 dr. porté aux comptes de l’Erechtheion, on observe :
1° L'absence d’uniformité dans les salaires, qui paraît établir une diffé-
rence entre les coutumes d'Eleusis et celles d'Athènes ;
Lee \ APPENDICE
2° L'usage, à Eleusis, de laisser la nourriture à la charge de l’ouvrier. La différence entre le salaire habituel d’Eleusis et le salaire d'Athènes est de 1/2 dr. : or nous venons de dire que ce chiffre de 1/2 dr. correspond juste au prix de l'alimentation journalière d’un esclave. Cela donnerait à croire que, sur les chantiers de l'Erechtheion, les ouvriers recevaient leurs aliments en nature.
Prix divers.
Les matériaux de construction sont acquis aux conditions suivantes :
Le mille de briques crues de 1 pied 1/2 de côté coûte 36 dr. de fabrication οἱ 4 dr. d'argile : en tout, 40 dr. (1. 86 et 87).
— Une tuile de Corinthe vaut, prise à Corinthe, 5 oboles (1. 73); rendue à Athènes, elle revient à 1 dr. (1. 71).
Les tuiles ordinaires coûtent, en fabrique, à peu près le même prix que celles de Corinthe (2° col. 1. 74) : le transport seul est moins cher.
— Les bois précieux destinés à la menuiserie sont évalués à la pièce ; le prix du pied cube, calculé d’après les données de l'inscription (2° col.), s'élève pour le cèdre à plus de 80 dr. ; pour l’orme, il varie de 8 à 20 dr. ; le frêne paraît avoir une valeur peu différente de celle de l’orme.
— À propos de l'Arsenal du Pirée, nous avons posé la question de la provenance des bois de charpente. L'inscription d'Eleusis est loin de la résoudre ; mais, en indiquant Corinthe comme l’entrepôt principal, elle exclut tout au moins l’hypothèse d’une provenance indigène.