Liv.III, chap. XVI
AFFINITÉS ET ASSOCIATIONS DES DIVERS ARTS 185
« La vivacité ainsi définie correspond donc pour la couleur à l'acuité pour le son. Seulement, tandis que Tacuité n'est pas continue et que les notes sont séparées par des intervalles, la vivacité peut croître continûment, de sorte qu'il y a, pour une même couleur, une infinité de notes différentes aussi voisines qu'on veut les unes des autres. La gamme continue est la même pour toutes les couleurs, comme la gamme discontinue est la même pour tous les timbres ».
M. Sully Prudhomme est un observateur trop pénétrant pour que ses assertions ne soient pas toujours vraies, du moins à un certain point de vue. Or il est un cas où la vivacité, telle qu'il la définit, se confond avec la valeur. Dans un lavis monochrome ou un camaïeu, les divers points du papier réfléchissent un mélange de lumière blanche et de celle qui caractérise la couleur employée : aux points où la couleur est la moins vive, le papier réfléchit le maximum de lumière ; là où elle est très concentrée ou très vive, la quantité de lumière est moindre, puisque les radiations complémentaires sont presque entièrement absorbées ; donc la valeur et la vivacité sont proportionnelles. On remarquera seulement que le mot « vivacité » parait dès lors d'un emploi un peu étrange, puisque plus la couleur est vive et plus le ton est sombre ; nous emploierons donc de préférence le mot de « saturation ».
Dans le cas spécial que nous venons d'indiquer, la vivacité ou la saturation se confond avec la valeur, et par suite sa comparaison avec la hauteur du son parait très exacte. Mais prenons d'autres exemples pour contrôler la théorie. Un lavis à l'encre de Chine ne réfléchit que de la lumière blanche : donc on devrait l'assimiler à un rythme marqué sur une note unique, ou même sur un bruit sans hauteur assignable ; peut-on admettre une telle conséquence? Mélangeons maintenant de l'encre de Chine en proportion variable avec une couleur à Taquarelle : les parties les plus sombres,