CHAPITRE VI
L'ART ET LA CURIOSITÉ
Un des spectacles les plus intéressants est de voir la -utte de deux principes qui se nient pour ainsi dire l'un l'autre et restent cependant inséparables : tels sont le principe de l'art et celui de la curiosité.
L'esprit de curiosité appliqué à l'art trouve à se satisfaire sous deux formes principales, liées l'une à l'autre par une affinité profonde : l'importance attribuée au sillet et le développement de la couleur locale ont une même signification, ainsi que le montre bien Eugène Fromentin dans les lignes suivantes qui visent spécialement la peinture, mais ont une portée plus générale : « Qu'est-ce que le sujets sinon l'anecdote introduite dans Tart, le fait au lieu de l'idée plastique^ le récit quand il y a récit, la scène, Texactitude du costume, la vraisemblance de l'effet, en un mot la vérité, soit historique, soit pittoresque ? Tout se déduit et tout s'enchaine. La logique apportée dans le sujet conduit tout droit à la couleur locale, c'est-à-dire aune impasse, car, arrivé là, l'art n'a plus qu'à s'arrêter, il est fini » \
Cette condamnation sommaire prononcée par le peintre orientaliste n'est pas sans soulever une foule de difficultés, car, si porté que l'on soit à y donner son acquiescement, on s'aperçoit, dès que Ton entre dans le détail, que les contradictions surgissent à chaque pas.
Et, tout d'abord, l'œuvre d'art exige impérieusement un sujet, c'est-à-dire un principe d'unité. Un tableau qui représenterait, dans une moitié, un fragment de
\ , Une année dans le Sahel. La Plaine,