CHAPITRE i
y soit amené par les circonstances qui, Tacculant dans une impasse d'où il ne saurait sortir, le forceraient, pour ainsi dire, à renoncer au dernier débris de son honneur. Non, s'il devient le prédécesseur de Tartuffe, c'est qu'il ne reste plus que ce dernier trait pour le dépeindre : il il n'y a pas là de quoi contenter le spectateur. Aussi, tandis que l'on joue assez fréquemment des scènes détachées de Don Juan, les reprises de l'œuvre intégrale sont-elles des plus rares.
Grand est donc le rôle du sujet dans l'art ; mais il ne doit, pour nous servir de termes scolastiques, y jouer que le rôle de forme et non celui de matière. Dans un tableau, l'intérêt n'est pas, ou du moinsne doit pas être, dans le sujet qu'il représente, mais dans les combinaisons de formes et de couleurs, d'une part, et d'autre part dans l'expression morale qui s'en dégage. Sans doute, les peintres les plus illustres ne se sont pas contentés de ces simples apothéoses telles que la Vierge Sixtineou la Madone de Foligno ; ils ont aussi peint des tableaux ayant un sujet véritable, l'Ensevelissement du Christ ou tout autre. Mais ces grands hommes ne traitaient le sujet que comme un accessoire ; écoutons ce que dit Fromentin : « L'histoire religieuse, l'Ancien et le Nouveau Testament, par l'élévation de l'idée, qui touchait à la foi, par le contact avec le fond des croyances, par leur éloignement légendaire, par le mystérieux des faits, s'élevaient au-dessus de l'anecdote et entraient dans l'épopée ; mais à quelle condition? A la condition d'être le credo d'une âme émue, comme chez le moine de Fiésole, ou d'être coulés dans le moule d'une forme sublime, comme dans Léonard, Raphaël, André del Sarte, ces païens. Le sujet n'a jamais été pour eux qu'une occasion de représenter l'apothéose de l'homme dans tous ses attributs. Du moment que la mise en scène se fait plus explicative, de deux choses l'une : ou le sujet se transfigure comme entre les mains des coloristes-décorateurs vénitiens, et, par l'absence de
l'art et la curiosité
tonte couleur vraie, par le mépris de Thistoire et de la chronologie, il sert de prétexte à une fantaisie épique, au fond de laquelle il passe inaperçu ; ou bien l'intention de rester vrai prend le dessus, et subitement l'art est rapetissé. A la façon dont les metteurs en scène vénitiens ont compris le sujet, il est aisé de voir le cas médiocre qu'ils en faisaient. Quand Titien peint VEnsev élis sèment du Christ, qu'y voit-il ? Un contraste — idée plastique — un corps blanc, livide et mort, porté par des hommes sanguins, et pleuré, dans un deuil qui les rend plus belles, par de grandes Lombardes aux cheveux roux : voilà comment on entendait le sujet ^ ».
Ce mépris du sujets on le retrouve jusque dans une école qui a donné le modèle de la peinture de genre. « Même dans la peinture proprement pittoresque et anecdotique (des maîtres hollandais), dit encore Fromentin, on n'aperçoit pas la moindre anecdote. Aucun sujet bien déterminé, pas une action qui exige une composition réfléchie, expressive, particulièrement significative ; nulle invention, aucune scène qui tranche sur l'uniformité de cette existence des champs ou de la ville, plate, vulgaire, dénuée de recherches^ de passions, on pourrait dire de sentiments. Boire, fumer, danser et caresser des servantes, ce n'est pas ce qu'on peut appeler un incident bien rare ou bien attachant. Traire des vaches, les mener boire, charger un chariot de foin, ce n'est pas non plus un accident notable dans la vie agricole ^ ».
A l'opposé de cette esthétique des maîtres hollandais viennent se placer les peintres littérateurs, tels que Greuze, sur les tableaux duquel, telle la Fiancée du Village, son ami Diderot se plaisait, en ses Salons, à composer de jolis petits romans. Qui ne sent combien