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CHAPITRE VI

femme ne sera plus dans la vengeance, elle sera dans la discussion avec elle-même, dans le doute, par conséquent, sur la légitimité de son action, et elle n'y persévérera pas. Son seul droit, son seul devoir seront, le moment de l'exécution venu, de sauver celui qu'elle aime. Elle ne Taura pas plutôt livré qu'elle n'aura plus qu'une pensée : le reprendre. Elle pleurera, elle criera, elle menacera, elle maudira, elle pardonnera ».

Tout cela est parfait mais n'empêche pas qu'un moment plus tard la Î3alle tuait le prince : c'eût été aussi vrai, sinon plus. Dumas nous dit bien : <( Séverine est une valeur, une valeur exceptionnelle de nos jours. Je ne veux pas qu'elle meure ; je veux qu'elle vive, qu'elle soit heureuse comme elle le mérite, qu'elle serve d'exemple comme elle le doit » . Vous voulez, c'est bien vite dit ; mais à vous y prendre comme vous l'avez fait, il vous faut à vos ordres une providence qui ne soit point la Providence philosopliique de Malebranche, agissant conformément à des lois générales, tandis que la vôtre ressemble quelque peu au deiis ex machina.

Ce dénouement de la Princesse Georges est donc hybride. Celui de Britannica s, critiquable sans doute dans sa forme assez peu dramatique, est le point d'arrivée logique de tout le développement du caractère de Néron. Notons ici combien le poète dramatique est tenu de concilier les contradictoires : il faut, d'une part, qu'on sente le libre arbitre, qui seul donne à l'œuvre une véritable portée morale, et il faut d'autre part que le dénouement paraisse commandé par le mécanisme psychologique dont on nous montre le fonctionnement. Il y a là, semble-t-il, le sujet d'une bien intéressante étude, où l'on verrait, selon les poètes et selon les œuvres, tantôt le déterminisme et tantôt la liberté prendre le dessus, au préjudice de la beauté de l'œuvre ; pour le poète dramatique, l'antinomie kantienne s'impose, et il est obligé de tenir l'invraisemblable gageure d'en donner comme une incarnation vivante sur la

l'art et la curiosité

scène. En présence d'un tel problème, qui ne sent combien secondaire est la place du sujet ? il faut qu'il y en ait un, mais quel qu'il soit, tout le sérieux de l'œuvre sera dans ce grand duel entre deux principes métaphysiques.

Plus mesquin encore, semble-t-il, apparaît le rôle de ce qu'on appelle la couleur locale, et cependant cette question si mesquine donne lieu, elle aussi, à une sorte d'antinomie : du moment que vous représentez, sur la toile ou sur la scène, quelque chose qui s'est passé en un certain lieu et en un certain temps, ne parait-il pas absurde que votre œuvre ne rende ni le lieu, ni le temps ? Boileau lui-même n'a-t-il pas dit :

Conservez à chacun son propre caractère; Des siècles, des pays, étudiez les mœurs : Les climats font souvent les diverses humeurs.

Par contre, à propos du sujet, nous avons vu comment Fromentin le relie à la couleur locale, qu'il qualifie d'impasse, où l'art n'a qu'à s'arrêter, étant fini. Le jugement est peut-être un peu sommaire et vaut d'être discuté.

11 convient d'abord de distinguer la représentation du temps et du pays de l'artiste de celle des temps et des pays éloignés. Dans le premier cas, l'artiste peut arriver tout naturellement à la vérité locale, même intense, sans la chercher, par la reproduction naïve de ce qu'il a sous les yeux : ainsi ont fait les Maîtres hollandais, ainsi a fait l'auteur de la farce de Maître Pathelin. Dans ce cas peut se réaliser la théorie de la couleur locale formulée par Victor Hugo, en termes singulièrement sages et modérés, dans sa préface de Cromwell : « Ce n'est point, disait-il, à la surface du drame que doit être la couleur locale^ mais au fond, dans le cœur même de l'œuvre, d'où elle se répand au dehors d'elle-même, naturellement, également et, pour ainsi parler, dans tous les coins du drame, comme la sève qui monte de

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