CHAPITRE VI
connaissons déjà V essentiel de ce que le roman met sous nos yeux, les détails nouveaux qu'il nous apporte nous amusent et nous occupent sans nous distraire, et ils se mêlent à notre émotion comme un léger surcroît d'intérêt et comme un ornement de l'ouvrage ; mais ils ne nous empêclient pas de nous livrer au roman lui- même ou au poème. C'est le cas d'Homère pour les Grecs, les Romains et nous ; c'est le cas des Martyrs pour nous \ Ce n'est pas le cas de Salarmiib ô , (i\m wows révèle un monde sur lequel nous n'avons aucune notion. Dès que nous l'avons ouvert, nous ne songeons qu'à apprendre Carthage ; et Salammbô, Matho et Narr Havas, en tant que personnages de roman ou de drame, nous sont indifférents... »
Il nous faut abréger la citation et en arriver de suite à ce que M. Faguet dit du roman historique où «l'historique » n'est plus que le cadre et le fond du tableau: « Autant vaudrait tout simplement analyser les âmes du monde contemporain. Mieux vaudrait, parce que, comme pour les âmes contemporaines de la nôtre nous avons le contrôle en nos mains, l'auteur peut nous les peindre dans un détail diligent, pénétrant et curieux, dont nous sommes juges, tandis que pour les âmes des temps anciens, ce contrôle nous manquant, ce sont les sentiments les plus généraux seulement et dans leur généralité seulement que l'auteur peut nous présenter et nous peindre. Mais enfin c'est une manière encore de traiter le roman historique, et je n'ai pas besoin de faire remarquer que c'est, à peu de chose près, la manière dont nos tragiques et Shakespeare lui-même ont traité la tragédie... » ^
Si telle est la manière de nos tragiques et de Shakespeare, elle n'est sans doute pas à dédaigner, et elle vaut bien qu'on l'examine avec quelque soin. A pre-