On peut y ajouter Quo vadis
2. Flaubert, dans la collection des Grands écrivains français, pp. 46 et suivantes.
l'art et la curiosité
mièrevue, on est singulièrement porté à condamner la mise en scène de toute civilisation étrangère, car comment espérer que Fartiste puisse fondre harmonieusement la peinture de cette civilisation avec celle des passions essentielles de l'homme? D'autre part, la représentation que nous nous faisons des siècles passés variant constamment, comment éviter qu'une reconstitution faite à un moment donné ne paraisse fausse au bout d'un certain temps, et que les causes mêmes du succès de l'œuvre à sa naissance n'en rendent dès lors inévitable la ruine plus ou moins prochaine ? Ne faut-il pas conclure de là, dans Timpossibilité de représenter des figures n'appartenant à aucun temps ni à aucun pays, que les seuls sujets à admettre doivent être empruntés au temps et au pays de l'artiste ? Conclure ainsi serait, croyonsnous^ tomber dans l'erreur.
L'histoire de l'art est là, d'abord, pour nous montrer que les plus grandes œuvres échappent à la règle qu'on prétendrait ainsi poser : si, par exemple, les tragiques grecs traitent des sujets nationaux^ ils les empruntent à une période en grande partie légendaire de leur histoire. Ce fait a d'ailleurs sa raison d'être, car les sujets contemporains exigent une couleur locale assez intense, la violation des innombrables conventions et coutumes de la civilisation au milieu de laquelle vivent les spectateurs ne pouvant manquer de les choquer horriblement. Chaque fait entraine dès lors à sa suite toute une série de conséquences accessoires dont on ne saurait faire abstraction, tandis que l'action se développe avec une grande liberté s'il s'agit d'un temps éloigné. Les sujets historico légendaires ont en outre l'avantage d'éveiller une foule d'images familières qui se font les complices du poète. Grâce à ce cortège d'images dès longtemps élaborées en nous, et grâce surtout à la généralité des personnages qu'ils permettent de mettre en scène, ces sujets seront sans doute toujours appelés à inspirer les plus hauts chefs-d'œuvre. 11 est vrai qu'un