‹ Etudes esthetiquesChapitre 123 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sa fille, et, si Clytemnestre avait consenti à me donner sa fille en mariage, j'aurais pu l'accorder aux Grecs, si notre arrivée jusqu'à Troie en eût dépendu ». Il est difficile d'être moins galant ; mais, quand Achille voit l'héroïsme de la jeune vierge qui refuse son appui et veut se dévouer pour la Grèce, il lui témoigne son admiration : « Fille d^Agamemnon^ lui dit-il^ les dieux auraient fait mon bonheur si j'avais pu être ton époux, mais je félicite la Grèce de ce que tu fais pour elle, et toi-même de Thoimeur de la Grèce, car ton noble langage a été digne de la patrie... J'ai conçu un désir plus vif de devenir ton époux quand j'ai connu ton caractère, car tu as le cœur généreux ».

Cette noblesse du caractère d'Iphigénie est d'ailleurs étrangère à toute fausse grandeur, car au premier moment elle se laisse dominer par la crainte de la mort et implore son père : « Ne me fais pas mourir avant le temps, car il est doux de voir la lumière; ne me force pas à visiter la région souterraine. La première, je t'appelai du nom de père, et tu m'appelas ta fille ; la première, livrant mon corps à tes genoux, je te donnai et je reçus de toi de tendres caresses ^ ».

Les deux poètes français ont dû forcément écarter certains détails de mœurs trop étrangers aux nôtres, tels que l'étonnement d'Achille lorsque Clytemnestre lui adresse la parole ; mais ils auraient pu conserver son caractère au héros grec : le goût du jour ne le leur a pas permis, et tous deux ont peint un Achille amoureux. A ce fait brut s'arrête, d'ailleurs, la ressemblance, car Racine assure le sérieux et la dignité aux paroles d'Achille, fiancé à l'avance à la fille d'Agamemnon, tandis que Rotrou, suivant servilement Euripide au point de vue de la trame de sa tragédie, fait rencontrer pour la première fois Achille et Iphigénie et met alors,

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