Traduction Artaud
l'art et la curiosité
dans la bouche de son héros, ces vers vraiment surprenants :
Jamais le dieu de Thrace^ au sortir des combats,
Quand aux pieds de Vénus il mit les armes bas,
A-t-il vu si soudain engager sa franchise
Qu'à ce divin objet la mienne se voit prise ?
Le foudre est-il si prompt que ces astres vainqueurs
Ont la gloire de l'être à foudroyer les cœurs ?
J'oppose à leur pouvoir un effort inutile :
Beaux yeux, contre vos coups je ne suis plus Achille,
Et celui qu'on a vu franchir tant de hasards
Est aujourd'hui vaincu d'un seul de vos regards.
Quant à Iphigénie, nos deux poètes ont cru devoir lui donner un héroïsme plus sûr de lui-même et exempt, dès l'abord, de toute faiblesse, ce que nous regrettons \ Racine, toutefois, lui a prêté des retours attendris sur l'existence qu'elle va quitter :
Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première. Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père ; C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom remercier les dieux, Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses. Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.
Si donc elle n'implore pas la pitié de son père pour éviter la mort, elle montre une sensibilité vraie, bien différente de Théroïque Iphigénie de Rotrou qui ne daigne témoigner que son dédain pour les procédés de son père et disserte sur « la première et dernière des lois », qui (( est la nécessité de mourir une fois », et sur l'outrage fait à sa mère dont il semble désavouer le fruit.
On voit avec quelle discrétion Racine touche à la tragédie antique pour l'adapter aux idées de ses contemporains ; mais on le sentira encore mieux en comparant à son œuvre, non plus celle d'un poète de
1. Ils ont du reste été poussés par Aristote à cette altération du caractère d'Iphigénie. Avec cette inaptitude, déjà constatée à comprendre les grands poètes qu'il commente, l'auteur de la Poétique juge Iphigénie gravement entachée d'inégalité, vu qu'à la fin de la pièce on ne saurait la reconnaitre pour celle qui a paru suppliante au commencement (chap. XV).