Journal des Débats du 25 juin
CFIAPITRE VI
hélas ! si je me réveiile avant l'heure au milieu d'exhalaisons infectes, de gémissements comme ceux de la mandragore qu^on déracine, voix étranges qu'un mortel ne peut entendre sans être frappé de démence. 0 mon Dieu ! entourée de ces épouvantables terreurs, j'en deviendrai folle ; mes mains insensées joueront avec les squelettes de mes ancêtres ! j'arracherai de son linceul le cadavre sanglant de Tybalt et dans mon aveugle frénésie, transformant en massue l'un des ossements de mes pères, je m'en servirai pour me briser le crâne. Oh ! il me semble voir l'ombre de Tybalt; il cherche Roméo dont la fatale épée a percé sa poitrine. Arrête, Tybalt, arrête ! Je viens, Roméo ! je bois à toi » \
Ecoutons maintenant la Juliette italienne. Quand le frère Laurent lui propose, en termes obscurs, la poudre qui doit l'endormir, elle croit qu'il s'agit de la soustraire par la mort à l'hymen qu'on veut lui imposer : « Mon père, donnez-moi en toute sûreté le poison, dit-elle, et jamais personne autre que moi ne le saura » ; à quoi le vieux prêtre répond : « Ce n'est pas du poison que je te donnerai ma fille, car ce serait péché de te laisser mourir si jeune et si belle ». Puis il lui expose son projet et ajoute : u Mais, dis-moi, n'auras-tu point peur du cadavre de Tebaldo, ton cousin, qui fut enseveli naguère? » — La jeune fille toute joyeuse déjà s'écria : « Père, si par telle voie je devais parvenir jusqu'à Roméo, sans crainte j'oserais traverser l'enfer ! - »
Du rapprochement des deux textes ressort l'opposi-