Traduction de M. Henry Cocliin
Déjà dans cette scène avec le frère Laurent, la Juliette anglaise, tout en se montrant très vaillante, avait marqué sa propension aux images lugubres : « Ah ! plutôt que d'épouser Paris, ordonnez-moi de m'élancer des créneaux de cette tour que j'aperçois là bas, de voyager sur une roule infestée de voleurs, de m'enfoncer dans un bois rempli de serpents ; enchaînez-moi avec des ours rugissants; enfermez-moi la nuit dans un charnier funèbre, ensevelie sous des ossements qui s'entre- choquent avec un bruit lugubre, sous des débris infects, des crânes jaunis et décharnés ; ou dites-moi de descendre dans une fosse récente, en compagnie du mort et sous le même linceul ».
L^ART ET LA CURIOSITÉ
tion radicale des deux génies avec une intensité qu'afiPaiblirait tout commentaire.
Revenons à l^œuvre dramatique de Victor Hugo. Aujourd'hui, la valeur historique de la couleur locale des poètes romantiques est généralement tenue en médiocre estime ; mais nous ne considérons pas ce côté de la question, et nous accepterons tout pour bon au point de vue de T histoire, nous bornant à noter nos impressions de spectateur sur la valeur esthétique de cette couleur locale. Nous prendrons cVailleurs pour sujet d'étude Marioîi de Lorme^ que nous avons jadis vu jouer bien des fois par Delaunay et Mounet-Sully, ces grands artistes ,et pour laquelle nous avons noté avec soin nos impressions. Les voici d'abord sans commentaire.
Le premier acte séduit dès l'abord, et non seulement cet etfet persiste aux représentations suivantes, mais le charme va toujours s'accentuant. Le deuxième acte, au contraire, est absolument ennuyeux ; le troisième est assez animé^ et onl'écoute avec plaisir, mais sans grand intérêt. Long et fatigant parait le quatrième acte; mais le cinquième est animé d'un grand souffle lyrique, qui s'empare puissamment de Tàme du spectateur.
Le premier acte, si charmant selon nous, est tout entier occupé par l'exposition du sujet. Didier aime Marion sans savoir qui elle est ; ses idées, son caractère, tout annonce que la vérité lui sera cruelle. Tel est le point de départ du drame psychologique que l'on pressent ; l'apparition de Saverny, l'un des anciens adorateurs de Marion, prépare d'ailleurs la crise qui va provoquer ce drame. Tout occupé à poser ses personnages, Hugo se montre très sobre en fait de couleur locale ; il a su cependant donner quelques touches discrètes, se reliant étroitement à l'action, et que l'on peut citer comme des modèles. Ainsi, le marquis de Saverny offre à Marion un livre qui a été fait pour elle, « la Guirlande d'amour, à Marion de Lorme », et qui, aperçu ensuite