‹ Etudes esthetiquesChapitre 131 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

par Didier, lui donne occasion de montrer son mépris pour cette femme. Ce petit livre n'est donc point un liorsd'œuvre, et, d'autre part, son titre est bien dans le goût du temps: la Guirlande de Marion fait penser à la Guirlande de Julie^ cette fameuse galanterie de Montausier; mais, pour goûter la scène dramatique à laquelle il donne lieu, point n'est besoin de connaître Tadmirable Julie.

Le deuxième acte nous montre simplement un duel entre Didier et Saverny, suivi de Farrestation du premier, le second ayant fait le mort pour échapper à cet accident ; on a appris d'ailleurs que le duel est interdit sous peine de pendaison. On voit donc se nouer une action secondaire, qui pourra se rattacher au drame psychologique, mais qui, pour llnstant, ne lui fait faire aucun pas : c'est donc un acte à peu près vide. Mais le poète a pu y donner libre carrière à une de ses idées de prédilection : « Ce que l'histoire oublie ou dédaigne, a-t-i] dit, dans une note à la préface de Cromwell, les détails de costumes, de mœurs, de physionomies, le dessous des événements, la vie en un mot, appartiennent au drame ». Eh bien ! il nous peint la vie de garnison sous Louis XIII ; il nous montre les officiers du régiment de Blois attablés à la porte d'un cabaret et nous fait assister à leur instructive conversation. Nous apprenons ainsi que, en 1638, les aiguillettes et les boutons ne sont plus de mode et ont été supplantés par les nœuds et les rubans, et qu'on porte orange avec des faveurs bleues. A la même époque, Corneille succède à Garnier, comme les grands chapeaux de feutre aux mortiers de velours. Est-il besoin d'aller chercher plus loin la cause de Tennui que distille cet acte, et, en présence de toute cette érudition, comment ne pas songer au non erat his locus de Voltaire ?

Au troisième acte, on voit se développer longuement Faction secondaire nouée au deuxième acte ; mais un événement capital s'y produit : Didier apprend que

l'art et la curiosité

range était un démon, que Marie est Marion ; le poète ne nous montre d'ailleurs que fort peu de suites psychologiques de cette découverte. Le défaut essentiel de cet acte ne saurait être mis à la charge de la couleur locale : il tient au développement exagéré de Taction secondaire, qui devient un véritable drame d'aventures. Signalons cependant un détail de mœurs d'assez fâcheux effet : le vieux marquis de Nangis, accablé par la mort de son neveu Saverny, erre dans son parc, mais avec une mise en scène bien propre à tuer toute émotion : (( Neuf gardes vêtus de deuil, la hallebarde sur l'épaule droite et le mousquet sur l'épaule gauche, le suivent sur trois rangs à quelque distance, s^arrêtant quand il s'arrête et marchant quand il marche ».

Nous voici arrivés à ce quatrième acte, qui, dans les pièces bien faites, contient les scènes les plus importantes ; mais ici il ne sert qu'à faire obtenir par Marion la grâce de Didier. Or cette grâce ne nous intéresse qu'à un titre secondaire, entant qu'elle influera sur le drame psychologique; cest dire qu'elle n'était aucunement propre à remplir tout un acte. Ajoutez à cela que, pendant ce temps, Marion ignore que Didier a découvert son secret, en sorte qu'elle est constamment en retard sur les pensées des spectateurs. Où est donc l'intérêt de cet acte? il faut qu'il soit (ou bien il n'est pas) dans la peinture de Louis XIII et de Richelieu, invisible mais présent. Prenons pour exacte cette peinture : cela ne la rend pas moins étrangère à Faction, et nous pouvons assurer qu'elle nous a toujours profondément ennuyé et fatigué. Quand Marion glisse dans son corsage la grâce de Didier pour empêcher le roi de la reprendre, nous songeons à Mlle de Hauteford, de même qu'au premier acte nous pensions à Julie d'Angennes, mais cette grâce nous laisse fort indifférent, car elle ne se rattache qu'à l'action secondaire.

Voilà donc trois actes à peu près vides, dont deux sont dus aux peintures de mœurs et un au goût pour le

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