CHAPITRE VII
lui aucun sens n'est particulièrement délicat, celui-ci ajoute : « en un mot, s'il n'est sensuel à quelque degré ». Et il reprend : a Nous usons du mot sensuel à dessein pour bien marquer qu'un véritable artiste veut jouir des couleurs, des lignes, des notes pour elles-mêmes, en tant que délectables aux sens ; et alors même, qu'il les emploie à exprimer les sentiments les plus sublimes, nous verrons qu'il ne les rend expressives qu'en exploitant la volupté physique qu'elles éveillent ^ ».
De tout cela nous ne nierons rien ; mais nous ajouterons que tout, ici-bas, est pour nous une embûche : quand nous ouvrons nos yeux à la lumière d'un beau jour, quand, altérés, nous buvons une eau fraîche, là aussi il y a plaisir des sens, là aussi il y a marche à l'immoralité. Quand nous nous livrons aux travaux de la pensée, ne marchons-nous pas à l'orgueil ? Et ainsi de suite nous pouvons suivre toutes les branches de l'activité humaine, et toujours nous trouverons un danger. Que le moraliste le signale, en cela il ne fait que son devoir ; mais il ne faut pas proscrire ce dont on ne doit que marquer les écueils et ne sent-on pas déjà l'exagération dans ces paroles de M. Brunetière : « Le grand acteur du paysage, c'est la lumière ou la couleur, c'est le plaisir purement sensuel, ou d'abord sensuel, qu'il nous procure ; et les mots eux-mêmes dont nous nous servons pour admirer, par exemple, une toile de Corot ne l'indiquent-ils pas, quand nous parlons de l'apaisement, de la fraîcheur, de la mélancolie qu'on y respire ? Tout cela n'est pas seulement sensible^ mais sensuel ».
Cette phrase que nous avions notée dès notre première lecture, nous la retrouvons relevée par un critique qui ne professe point une morale relâchée, le P. Sertillanges : « Assurément, dit-il, la pensée de l'auteur est au fond très juste ; mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que la forme en est abusive. Appeler sensuel