‹ Etudes esthetiquesChapitre 143 sur 174 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

rangement de certaines scènes ? Quand ces regards et ces sourires^ ces yeux et ces bouches, ces gestes et ces attitudes révèlent une délicatesse si souffrante et si passionnée^ aucune biographie, fût-elle autrement documentée que les informes esquisses de Yasari, ne ferait douter de Tâme qui s'est ainsi manifestée ^ ».

Tournez la page et lisez celle qui est consacrée à l'Eve, vraiment inoubliable, que Jésus vient tirer des Limbes : « .... Le Sauveur en la ressuscitant lui a rendu sa beauté première, mais non pas son âme d'alors, car ses yeux ne contempleraient pas ainsi le réveil de son fils Abel, si elle ne se souvenait pas de l'avoir tant pleuré, si elle ne songeait pas à Tautre, au coupable vers qui ce Sauveur ne se penchera jamais. Le ravissement d'une âme rachetée^ la mélancolie de l'irréparable regret, l'étonnement du bonheur après tant de larmes, le sérieux du repentir après tant de responsabilités semblent flotter avec l'ombre des cheveux dénoués sur ce visage délicat et triste... ».

Au contraire, Paul Bourget croit à la déchéance morale du Pérugin, à la fin de sa vie, lorsqu'il se trouve en présence de ses dernières fresques, en sa petite ville natale, Gittà délia Pieve. Il y aperçoit cette « lassitude, la pire, non pas celle de la main, qui demeure habile, mais l'autre, celle de l'esprit, celle du cœur qui ne peuvent plus, qui ne veulent plus créer et sentir » (p. 104).

Dans un autre ouvrage, il raconte la lamentable histoire des poèmes de Rossetti. L'illustre peintre n'avait point publié de vers lorsqu'il perdit sa jeune femme ; mais il en avait composés que, dans sa douleur, il voulut faire disparaître pour toujours, et, exigeant que le manuscrit en fût enseveli avec elle, il le plaça entre la chevelure et la joue de la morte déjà couchée dans son cercueil. Cependant Rossetti en arriva peu à peu, non pas à se consoler, mais à regretter sa résolution roma-

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