‹ Etudes esthetiquesChapitre 144 sur 174 · Sensations d'Italie, pages 46 et · texte numérisé non relu

Sensations d'Italie, pages 46 et

l'art et la morale

nesque. Cet ensevelissement de tous ses poèmes, dont il n'avait pas d'autre copie et qu'il se sentait incapable d'écrire à nouveau, lui apparut comme l'ensevelissement du meilleur de sa gloire. Sept années et demie après la cérémonie funèbre, le cercueil de la femme de Rossetti fut déterré, et la main d'un ami retira le volume demeuré entre la joue amincie et les beaux cheveux : quelques mois plus tard, les Poèmes et les Ballades et sonnets obtenaient un succès éclatant. Mais Rossetti ne se consola jamais d'avoir commis ce qu'il appelait luimême son sacrilège. « Ne sourions pas trop de cette histoire, conclut Paul Rourget, car il y a de quoi pleurer. N'en pleurons pas, car il y a de quoi sourire. Il se rencontrera toujours dans l'artiste un enfant vaniteux qui fait des bulles de savon avec ses larmes pour montrer aux passants assemblés autour de lui toutes les couleurs du prisme ; — et cependant ce sont là de vraies larmes, versées par de vrais yeux sur de vraies soutfrances ^ ». Tout cela ne prouve pas grand'chose. Mais, en pareille matière, commQwi pi'ouvei^?

Les perpétuelles contradictions de l'homme fournissent matière à amplitîcations contradictoires ; mais il nous semble que Paul Rourget a bien vu, quand il nous montre le grand artiste grand par sa valeur morale tout en restant soumis aux infirmités de notre nature et en étant exposé à certaines tentations que nous épargne notre médiocrité. Quoi qu'il en soit, cette impossibilité de rien démontrer fait apparaître comme creuses et dépourvues de tout intérêt les discussions sur la moralité de l'art. Nous croyons cependant que tout n'est pas vain dans cette branche de l'esthétique, et nous allons essayer de serrer la question d'un peu plus près que nous ne l'avons fait jusqu'ici, eu envisageant plus particulièrement une forme spéciale de l'art, qui est en même temps la plus décriée, la forme dramatique.

i. Etudes et portraits. — Etudes anglaises. Sensations d'0)cford, pages 214-216.

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