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CHAPITRE VII

ci est quelque peu moindre dans la comédie que dans la vie réelle, par le fait même que le rire s'y adresse à des personnages fictifs et que nous n'y sommes pas moins invités à y rire de nous-mêmes, si nous voulons faire des applications, qu'à y rire d'autrui.

Nous savons bien que personne ne prend plus au sérieux le vieux cliché : Castigat ridendo mores ^ et cependant il nous est arrivé de nous appliquer à nous-même quelques effets de comédie et d'avoir essayé de nous débarrasser de certains défauts de caractère.

Quoi qu'il en soit, il nous semble que M. Bergson a passé, sans le voir, à côté du rire bienveillant. A vrai dire, la grande comédie de caractère ne nous fait pas rire : ni le Misanthrope, ni le Demi Monde ne provoque notre gaieté ; à leurs représentations nous sommes dominé par lïmpression de la beauté. Si Alceste ne nous émeut pas à la façon d'un héros de tragédie, c'est sans doute pour la raison qu'a vue M. Bergson : sa façon de dire toujours la vérité toute crue semble plutôt le fait d'un automate bien réglé que celui d'un homme rapprochant, dans chaque cas, les diverses considérations qui peuvent influer sur sa parole. Sa sincérité a un fonds très solide (et c'est ce qui fait que nous l'estimons tant)^ mais sur ce fonds solide il a édifié une attitude, et, pour cette raison, nous ne le prenons pas complètement au sérieux. Néanmoins, je le répète il ne me fait pas rire. Suis-je donc incapable de rire pour autre chose que des situations de vaudeville ? 11 me semble que non, et j'ajouterai que mon meilleur rire est provoqué par des personnes que j'aime, réelles ou imaginaires.

Prenons, par exemple, le Monde où l'on s'ennuie : la scène de la serre repose sans doute sur une situation de vaudeville^ mais qui est aussi bien une situation de tragédie, et en tout cas elle n'a rien de si drôle en soi que l'on puisse en rire pour elle-même, comme cela a lieu à l'occasion des Surprises du divorce^ par exemple, dont les personnages sont parfaitement indifférents. Ce dont

l'art et la morale

on s'amuse dans la pièce de Pailleron, c'est de voir ces charmants sous-préfet et sous-préfète bavarder sans le savoir en présence de l'adorable duchesse de Ré ville. Certes il n'y a pas ombre de malveillance dans le rire qu'ils soulèvent ainsi : il ne leur en arrivera aucun désagrément, car la duchesse est bien faite pour les comprendre et rire avec eux, et d'autre part ce dont nous rions, c'est bien moins des ridicules du monde où l'on s'ennuie que de nos charmants amis eux-mêmes. Que M. Berg-son creuse donc ce rire-là : c'est le meilleur de tous, bien que ne rentrant peut-être pas beaucoup dans sa théorie.

Nous ne croyons donc pas que l'émotion dramatique soit une preuve de cruauté, ni le rire une preuve de malveillance. Restent les anathèmes si fortement motivés par Bossuet, dans ses Maximes et Réflexions sur la comédie. Nous ne prétendons point reprendre la thèse de ce pauvre P. Gaffaro que foudroya comme on sait le grand évêque de Meaux^ et nous n'entreprendrons pas une discussion en forme des arguments de ce dernier. Nous voudrions seulement montrer comment ses anathèmes sont la conséquence nécessaire de sa conception de la vie chrétienne, à l'époque où il écrivit ses Maximes, et comment, si l'on adopte cette conception, on doit condamner mainte autre chose que le théâtre. C'est le point de vue auquel s'est placé M. Rébelliau dans son excellent petit volume sur Bossuet, publié dans la collection des grands écrivains français.

Laissant donc d'abord de côté ce qui concerne spécialement le théâtre, nous ferons ressortir quelques idées générales qui se dégagent et des Maximes et du Traité de la concupiscence, composés à peu près à la même époque. Rien de plus caractéristique que ce que Bossuet pense du mariage. Certes, il le proclame un grand sacrement, puisque Saint-Paul l'a appelé ainsi, et il le déclare « un bien et un grand bien » ; mais, dans

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