CHAPITRE VII
rent, un poison dangereux ; avec les années, ce virus s'est atténué ». C/esi là, selon nous, méconnaître la forte pensée de Tévêque de Meaux, dont les principes atteignent tout autre chose que nous ne savons quel poison passager; aussi croyons-nous M. Vacandard en profonde contradiction avec cette pensée quand il se hasarde à recommander des œuvres telles que la Fille de Roland et même le Monde où l'on s'ennuie. Certes l'amour peint dans la tragédie d'Henri de Bornier est chaste entre tous ; mais par là n'est-il pas particulièrement dangereux, et selon le Pascal des Pensées et selon le Bossuet des Maximes ^ ? Quant à la comédie de Pailleron, nous connaissons peu d'œuvres que frappent plus directement les anathèmes de Bossuet : outre que le rire en jaillit inépuisablement, l'amour y paraît plein de séduction, et la vieille marquise, à laquelle vont toutes les sympathies, en parle avec une indulgence pour ses faiblesses dont nous ne voudrions point endosser toute la responsabilité.
Nous savons bien que Sarcey a soutenu, lui aussi, que (( le venin d'une comédie (si venin il y a, ajoutait-il) perd singulièrement de sa force en vieillissant » ^ Mais l'application qu'il en fait est fort compromettante pour cette thèse : M. Vacandard est-il d'avis que le Chandelier de Musset est devenu une œuvre saine avec le temps? Nous comprenons fort bien que, en un moment d'épidémie morale, une œuvre puisse exercer une intluence délétère plus énergique, et c'est ainsi que le Cid a pu apparaître d'abord comme un encouragement au duel et encourir justement l'hostilité de Richelieu. Mais le culte des belles personnes, comme dit Bossuet, est de tous les temps ; aussi la virulence de son anathème contre la peinture des amours de Rodrigue et
1. (( Plus il apparaît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées » (n» 11 de ledition Brunschvicg).
Maximes, cliap. V.