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CHAPITRE VII

de Bossuet, encourage ensuite l'art du peintre : c'est là une heureuse inconséquence, due peut-être au sophisme tant de fois signalé par Frédéric Bastiat à propos de ce qu^on voit et ce qu'on ne voit pas ; mais, pour qui prétend philosopher, la position est intenaÎDle, et il faut opter de même dans les deux cas. Ajoutons que la vie pratique offre d'innombrables situations dangereuses qu'on ne saurait supprimer sans causer une profonde perturbation dans la société et entraver l'essor de la civilisation. Tout cela soulève les problèmes les plus graves, les plus dignes d'exercer le zèle des personnes soucieuses de réduire le mal en ce monde ; mais prétendre les résoudre d'un mot par une suppression est le propre d'un esprit simpliste qui ne saisit qu'un côté des questions.

Jusqu'ici, nous avons presque exclusivement pris la défense des arts contre leurs contempteurs : est-ce à dire que nous les considérions comme toujours bienfaisants ? nous ne pensons pas qu'on ait pu nous attribuer une telle pensée. L'art est un puissant suggestionneur, et il peut travailler au mal comme au bien ; mais est-il besoin d'ajouter que nous ne croyons pas à la nécessité d'une tendance morale déterminée nettement, d'un but moral poursuivi volontairement, pour que l'œuvre d'art soit bonne ? Ici encore qu'on nous permette de donner la parole au P. Sertillanges : « Hâtons-nous d'ajouter, dit-il, que pour l'artiste au cœur droit, à l'esprit élevé, cette orientation de l'art vers un but extérieur et supérieur à lui-même s'opère pour ainsi dire de soi. Toute œuvre noble a son utilité. L'artiste qui en a le sentiment y repose à bon droit sa conscience.

(( Dans le domaine du beau, comme dans celui du vrai, qui n'est pas contre la morale est pour elle. Tout lui est alliée tout lui est ami de ce qui tend à élever les âmes, car ses vrais ennemis en nous, ce sont les bas instincts, les préoccupations grossières ou banales. Quicon-

L^ART ET LA MORALË

que travaille à établir nos esprits dans des régions plus hautes ; quiconque nous rapproche de la nature, nous aide à mieux comprendre l'homme, la vie, l'histoire, la poésie des choses ; quiconque fait cela travaille pour la morale, parce que tout cela prépare son œuvre, parce que tout cela tend à Dieu » (p. 23 et 24) K

Au contraire, tout ce qui tend à abaisser est mauvais, et à ce sujet nous croyons que mainte personne, extrêmement sévère sur tout ce qui concerne les arts plastiques, la littérature et le théâtre, se montre déplorablement aveugle à l'égard de la musique. Gela nous parait la conséquence d'une double impuissance, d'une part à goûter les beautés supérieures, d'autre part à reconnaître les suggestions sourdes mais puissantes de la musique. Autant celles-ci peuvent être nobles, autant elles peuvent être avilissantes. « Les mélodies canailles ou voluptueuses, a dit un musicien, ont une action déplorable sur l'organisme ; elles éteignent une à une les lueurs intellectuelles pour livrer l'homme aux sens, autrement dit aux bêtes » ^

Que dirons- nous, d'autre part, de ces images en relief, pour ne pas dire ces statues, dont on décore aujourd'hui nos églises ? La mièvrerie et la fadeur du dessin ne sont dépassées que par le mauvais goût du coloris. Tels sont du moins trop souvent les moulages qu'on substitue à des ouvrages anciens qui, sans doute, étaient généralement loin d'être des chefs-d'œuvre^ maisqu'ani-

1. Nous pourrions aussi faire ressortir la puissance d'unification des âmes dont jouit Temotion esthétique, mais il nous suffira de renvoyer aux belles pages écrites sur ce sujet par M. Séailles dans son Essai SU7' le génie dans Vart (2^ éd. p. 273-278). D'autre part, nous citerons les principes restrictifs dans une sage mesure que professe le chef actuel de l'école positiviste : « La science doit tout voir, puisqu'elle sert de base à la modification effective des choses ; mais l'art ne doit pas tout exprimer... Il a le droit de choisir et, tout en se mouvant dans des limites étendues, il doit choisir de manière à produire d'heureuses modifications cérébrales » (Pierre Laffite, Le Faust de Gœthe, p. 47).

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