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CHAPITRE VII

au moule, il trouverait en Ruskin un ennemi irréductible si la brique n'existait pas : tout le monde sait qu'elle est moulée et ne lui accorde que le crédit qu'elle mérite.

(( En faisant retour sur les souvenirs des œuvres de l'architecture qui nous ont le plus agréablement impressionnés, nous verrons qu'en général ils se répartissent en deux grandes classes : l'une, caractérisée par une valeur et une délicatesse excessives, à laquelle nous recourons avec un sentiment d'affectueuse admiration; l'autre par une majesté sévère et, dans bien des cas, mystérieuse, dont nous nous souvenons avec un respect toujours égal, pareil à celui que nous ressentons en présence et sous l'effet de quelque grande puissance spirituelle ». Ruskin étudie en détail ce qui répond, en architecture, à l'expression de la force ; mais sa pensée dominante se résume en cette phrase : « La majesté relative des édifices dépend du poids et de la vigueur de leur masse, bien plus que d'aucun autre attribut de leur dessin, masse de toute sorte, de volume, de lumière, d'ombre, de couleur, non pas d'une simple quantité de celles-ci, mais de leur ampleur ; non de lumière brisée, d'ombre éparse ou de poids divisé, mais de pierre solide, de grand jour, d'ombre profonde » (p. 168).

Telle est l'importance attachée à ce principe qu'il proclame bien haut que souvent peu importe la gaucherie et la banalité des moyens qui donnent le poids et l'ombre : « Obtenez seulement l'ombre et la simplicité, et toutes choses bonnes suivront à leur heure et en leur lieu ».

Malgré l'affinité de la force des œuvres d'art avec celle de la Nature, Ruskin rattache surtout la majesté des premières à une sympathie pour les efforts et les douleurs de la vie humaine, tandis que ce qu'il fait dériver avant tout de Timitation de la Nature, c'est la beauté, et dans la Nature ce qu'il choisit avant tout, c'est l'apparence extérieure de la nature organique. Il faut bien reconnaître que c'est là restreindre quelque peu

L ART ET LA MORALE

Tétude de la Lampe de beauté. Si d'ailleurs cette critique de rornementation est pleine d'applications ingénieuses et heureuses à la fois^ la subtilité s'y glisse parfois : de ce que l'objet imité doit être suffisamment familier découle la condamnation de la grecque^ inspirée des cristallisations du bismuth, métal rare.

Les lieux propres à la décoration donnent l'occasion à Ruskin d'affirmer sa haine des agitations de la vie moderne : il approuve l'ornementation des ponls et des façades des maisons à Florence et surtout à Venise, mais il la condamne à Londres, et, quant aux magasins et aux gares de chemins de fer, lieux fréquentés par des gens qui, étant pressés, sont, pour un temps, malheureux, on doit leur interdire la beauté. C'est pousser jusqu'au paradoxe un principe qui ne doit être appliqué qu'avec une grande discrétion.

Les créations de l'architecture étant faites de substance inerte, leur dignité et leur charme dépendent de l'expression profonde de vie intellectuelle consacrée à leur production ; aussi la Lampe de vie est-elle encore plus contraire que celle de vérité au travail à la machine ; mais les hommes peuvent se transformer en machines et ravaler leur labeur au même niveau que le travail mécanique. L'essentiel est, non pas l'habileté de l'ouvrier, mais le fait qu'il s'adonne de cœur à ce qu'il fait^ qu'il travaille avec joie. Au portail Nord de la cathédrale de Rouen, il y a 280 animaux, tous différents ; ils ne s'élèvent guère au-dessus de la banalité courante d'un bon travail ornemental; mais il y a dans leurs traits une preuve de réflexion et de fantaisie qui n'est pas commune de nos jours. Au contraire, à l'église de Notre-Dame de Bon Secours^ voisine de Rouen, construite dans le style gothique par un architecte moderne^ s'il y a beaucoup de détails dessinés avec goût^ par un homme ayant étudié de près les travaux d'autrefois, tout est mort comme les feuilles en décembre, et il n'y a pas sur la façade une seule touche tendre, une

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