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Chapitre ti

la conservation des rapports entre les intensités lumineuses. Ce qu'il s'agit en effet d'obtenir, c'est la conservation des effets produits sur notre sensibilité et non celle des excitants extérieurs. Or, si l'on admet l'exactitude de la loi logarithmique de Fechner, lorsque l'excitant croit en progression géométrique, la sensation croit en progression arithmétique : en d'autres termes si l'excitant est multiplié successivement par 2, 4, 8, 16, la sensation croîtra, chaque fois, d'une quantité constante ; il en résulte que les rapports entre les sensations vont diminuant avec l'intensité absolue de l'excitant. Dès lors, le peintre, qui réduit forcément les intensités lumineuses^ doit, pour conserver les rapports entre les sensations, réduire considérablement les rapports entre ces intensités ^

Cette loi psycho-physique a été, il est vrai, fort contestée et cela à deux points de vue. On a dit souvent que l'observation ne la confirme pas, et d'autre part on a critiqué son principe même. En ce qui concerne le premier point, nous citerons, parmi les contradicteurs, le D' Charpentier qui, dans son livre si intéressant sur la Lumière et les Couleurs, déclare formellement que la loi psycho-physique est fausse, à l'égard de la vue ; mais, si l'on se reporte à la figure de la page 328 de ce livre, on voit que, après avoir crû d'abord trop lentement, la courbe des sensations ne tarde pas à suivre très approximativement la loi de Fechner, en sorte que, pour une discussion ne visant pas à une précision mathématique, nous pouvons accepter celle-ci.

Mais il est contre elle une objection autrement profonde : quelle que puisse être la précision des vérifications, celles-ci reposent sur une définition de l'intensité

1. Donnons un exemple: si deux corps présentent des intensités lumineuses 100 et 1.000 et si l'on représente la première par une intensité 10 sur un dessin, ce n'est pas par 100 qu'il faudra représenter la seconde, mais par 31 à 32, afin d'obtenir une sensation lumineuse qui soit une fois et demie la première, comme pour les corps représentés.

l'art et la nature

d'une sensation et cette définition est entacliée d'arbitraire. Partant en effet du seuil de la sensation, c'està-dire de la sensation produite par le plus petit excitant qui soit perçu^ on admet l'égalité des accroissements successifs de la sensation résultant des augmentations les plus petites de l'excitant qui occasionnent une différence perceptible de la sensation, en sorte que le échelon de la sensation est mesuré par le nombre ?i. Au point de vue de la psycho-physique, on est libre de définir ainsi Tintensité d'une sensation ; mais, à titre d'appréciation de l'effet esthétique des diverses excitations, il reste douteux que cette mesure soit satisfaisante.

Les discussions de cet ordre ne sauraient être closes d'une façon péremptoire ; mais il y a des faits qui montrent la portée sérieuse de ce mode de mesure et qui prouvent qu'on ne saurait s'en tenir à la solution simpliste de Jamin. Pour s'en convaincre, il suffît de comparer les oppositions plus accentuées qui se manifestent pendant le crépuscule et au clair de lune: alors, comme le fait remarquer M. Charpentier, les objets clairs font une impression frappante, parce que, les comparant aux objets plus sombres, nous trouvons réellement entre les sensations que nous procurent les uns et les autres une différence bien plus accusée que pendant le jour. Il n^est dès lors pas surprenant que, dans son zèle à reproduire aussi fidèlement que possible les rapports entre les intensités lumineuses, Decamps soit peu nature, selon Fexpression d'Eugène Fromentin \

Les photographies, surtout instantanées et obtenues sans recours à des procédés trop habiles^ semblent bien témoigner dan,s le même sens, car, d'une part, l'action chimique doit être pi^oportionnelle à l'intensité lumineuse, et, d'autre part, les oppositions entre les ombres et les lumières y paraissent généralement exagérées ;

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