Fragments sur Vart et la philosophie, p. 435 et suiv
l'art et la nature
dont jouissait Tartiste. Si Ton tient compte des variations inévitables de réclairement d'une peinture, on reconnaîtra forcément que la conservation des rapports entre les valeurs subjectives, si elle n'est pas essentiellement contradictoire, du moins est bien souvent^ comme le croyait Jamin, un cas d'équilibre instable au premier chef et dont la poursuite serait tout à fait chimérique.
Il suffit d'ailleurs de considérer à quel point des peintres qui semblent aussi vrais les uns que les autres rendent les mêmes contrastes par des rapports absolument différents, pour comprendre qu'en présence d'un problème insoluble nous en acceptons franchement des solutions fausses et nous laissons suggérer des efiPets objectifs que nous ne voyons réellement pas. Il y aurait une étude bien intéressante à faire pour déterminer les lois auxquelles doivent être soumises ces altérations de la réalité pour rester esthétiquement vraies. La recherche de la vérité directe, c'est-à-dire de la conservation, non des rapports objectifs, mais des rapports entre les sensations, n'aurait de raison d'êire que pour l'établissement de trompe-l'œil ; mais alors il faudrait régler rigoureusement les détails de l'éclairage : de cette façon seulement on pourrait atteindre une reproduction réaliste^ mais on sortirait du domaine de l'art.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la lumière, abstraction faite de la couleur. Si nous introduisons celle-ci dans le problème, que de difficultés nouvelles, également impossibles à résoudre toutes à la fois, n'allons-nous pas voir apparaître? Tout le monde connaît le phénomène du contraste des couleurs ; mais ce phénomène ne se produit que d'une façon insignifiante sur un tableau, en raison de la faible intensité lumineuse. Il faut donc, comme l'ajustement fait remarquer Helmholtz*, reproduire objectivement les phénomènes sub-
i. Conférence snr l'optique et la peinture, reproduite à la suite des Principes scientifiques des beaux-arts de Brûeke, p. 207.