CHAPITRE II
Une propriété de notre vision permet d'éluder cet obstacle : deux touches colorées de faible étendue étant juxtaposées, il se produit, pour un observateur placé à une distance suffisante, un mélange optique de ces deux couleurs, mélange provoquant la sensation de la couleur résultante, sans que rien atténue la clarté.
M. Paul Signac a consacré une brochure fort intéressante, que nous avons déjà citée \ à l'étude de ce procédé de la touche divisée. C'est à Turner que paraît appartenir l'honneur d'avoir le premier appliqué systématiquement ce procédé ^ Delacroix et les impressionnistes y ont eu recours après lui, et ces derniers en ont tiré parfois de merveilleux etïets. Certaines toiles de Claude Monet nous ont particulièrement frappé à ce point de vue. On a notamment de lui une vue des rochers de Port-Damon, à Belle-Isle, d'un admirable effet à la distance voulue. Ces rochers, d'un gris mordoré, sont peints au moyen de larges touches jaunes et roses, avec un peu de vert dans la lumière, les ombres étant d'un bleu franc. x\vec moins d'outrance on retrouve le même procédé dans une exquise vue de l'église de Varengeville et dans des peupliers sur le bord de l'Epte, pour ne citer que quelques toiles dont nous avons un souvenir particulièrement précis. Renoir, bien qu'affichant moins cette division de la touche, y a cependant recours, et, dans sa Femme au chat, la couleur grise de ce dernier est obtenue par la juxtaposition de beaucoup de bleu et de jaune et d'un peu de rouge.