‹ Etudes esthetiquesChapitre 40 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

fait ressortir la diversité des aspirations des divers artistes, depuis le grand hollandais qui n'a aimé que les misérables, jusqu'aux somptueux Vénitiens. Fromentin a bien dit que Rembrandt n'a vu que des laideurs physiques et des grandeurs morales^ et Alfred Tonnellé a remarqué justement qu'on pourrait composer avec ses œuvres un Evangile des pauvres : qu'on se reporte à ses descriptions pleines d'une sobre émotion de la Nativité, de Munich, et de Idi Femme adultère, de Londres. Nous rappellerons ici un petit tableau peut-être pas très authentique, mais dont l'inspiration est bien digne de Rembrandt.

Nous voulons parler du Tobie rendant la vue à son père qui figure dans la galerie d'Arenberg, à Bruxelles. Laissons de côté le fils, tout entier absorbé par ses fonctions médicales, et l'ange, un peu trop ému pour un messager céleste ; laissons même le père dont la tête ne manque pourtant pas de noblesse morale, et allons chercher dans l'ombre, où elle est à peine visible, sa pauvre vieille femme. Elle a laissé son rouet, et l'on entrevoit son dos tout ditForme et son profil perdu, annonçant la dernière caducité ; mais elle redresse sa pauvre tête vers son mari^ dont elle tient une main dans les siennes, et l'on sent, dans son imniobilité et son silence, toute une vie de tendre dévouement, résumée par ce serrement de main et ce regard qui a tant de peine à se redresser assez. C'est d'une sobriété incomparable, mais à contempler cette pauvre vieille on est peu à peu pénétré de l'émotion la plus profonde.

Nous nous sommes laissé aller à parler de cette petite toile qui nous a si fort impressionné, mais mieux vaut considérer un même sujet traité par deux écoles difPérentes. Taine a rapproché ainsi les repas du Christ dans Rembrandt et dans Yéronèse ^ ; à vrai dire, on pourrait, dans une certaine mesure, écarter d'une telle com-

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